Interventions

Prorogation de l’état d’urgence sanitaire

Le président Chassaigne, qui est toujours de bon conseil pour l’ensemble des membres de son groupe, me rappelait qu’en 1852, la transformation du bois de Boulogne a mené à la création d’un jardin d’acclimatation, à l’initiative d’une société savante. Il s’agissait à l’époque de faire en sorte que les animaux exotiques s’habituent à vivre cloîtrés, au fur et à mesure.

J’utilise cette métaphore parce que nous avons le sentiment qu’en gravant la privation des libertés dans le marbre des règles de la démocratie parlementaire, en mettant sous cloche de manière pérenne la capacité des parlementaires, des organisations syndicales et même des citoyens à discuter des décisions que vous prenez solitairement, dans la confidence du conseil de défense, vous courez le risque d’abîmer durablement nos libertés fondamentales et la démocratie. Vous prenez surtout le risque de créer les conditions d’une non-adhésion, pourtant nécessaire dans la relation de confiance dont nous avons besoin si nous voulons lutter efficacement contre la crise sanitaire à laquelle nous sommes confrontés. Voilà le premier motif expliquant notre rejet de votre volonté de perpétuer l’état d’urgence.

La deuxième raison de notre opposition, c’est que nous avons formulé depuis le début de cette crise des propositions concrètes, constructives, s’appuyant sur l’expertise des acteurs de terrain et sur l’intelligence des élus locaux, pour faire en sorte d’être plus efficaces dans la lutte contre le virus. Mais, à chaque étape, vous vous êtes enfermés, là encore, dans la turpitude sinon de vos mensonges, ce qui serait sévère, en tout cas de la contre-vérité. Ce fut le cas s’agissant des tests ou des masques.

Aujourd’hui, alors que les acteurs de terrain sont prêts à soutenir une campagne de vaccination, pour prendre en charge les plus fragiles, pour être aux côtés de nos aînés, vous masquez l’insuffisance des doses, vous refusez les propositions que nous formulons pour nous réapproprier l’appareil productif. Je pense notamment à celles concernant Sanofi, afin de doter la France d’une souveraineté en matière de production vaccinale – comme si, à vos yeux, la seule manière de lutter contre ce satané virus, c’était la privation des libertés, le couvercle qu’il convient de mettre sur la tête des Français !

En outre, avec vos arrière-pensées, vous avez l’intention, non pas pour les jours heureux mais pour les lendemains qui pleurent, de faire payer le coût de la crise toujours aux mêmes, à ceux qui ont été les premiers de corvée, les premiers de cordée. Je pense ainsi à vos velléités de revenir sur l’assurance chômage, sur le mauvais projet de réforme des retraites, et j’en passe…

Tout cela nous conduit à penser que l’efficacité ne sera pas au rendez-vous et à continuer de formuler des propositions pour un État qui prend soin, un État qui protège, un État qui décide de réarmer son hôpital public. Aujourd’hui encore, nous avons reçu des témoignages d’hôpitaux qui subissent la crise, où les agents sont touchés eux-mêmes par le covid-19, où les soutiens en ressources humaines, en moyens matériels, où tout ce qui permettrait aux services de santé d’être armés pour faire face au virus, manquent. Vous ne répondez pas à toutes ces attentes, persuadés qu’on décide seul, qu’on peut avoir raison seul. Le Président de la République est enfermé dans cette certitude. Je suis très inquiet de voir la colère monter dans les territoires, à l’égard de votre manière verticale, technocratique, abusivement désincarnée, de gérer la crise.

J’ajoute une phrase à l’intention de mes collègues d’outre-mer. Vous allez, dans quelque temps, proposer un texte sur la différenciation, pour éparpiller la République façon puzzle et mettre en place des compétences à géométrie variable pour les collectivités territoriales.

Pourtant, dans le même temps, vous refusez de prendre en considération les spécificités territoriales, celles de l’outre-mer défendues à l’instant par Gabriel Serville, ou en appliquant le couvre-feu de manière identique dans une commune de quelques dizaines d’habitants – comme celle des Ifs, dans ma circonscription –, qu’en plein cœur de la métropole de Lyon où le métro est ouvert, où les trains et les bus sont bondés. Les gens ne comprennent pas cette conception technocratique, désincarnée, déshumanisée – je sais que le mot ne vous fait pas plaisir – de la gestion de la crise. C’est pourquoi le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera contre la prolongation de l’état d’urgence. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

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Sébastien
Jumel

Député de Seine-Maritime (6ème circonscription)

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