Interventions

Projet de loi autorisant le mécanisme européen de stabilité

. le président. La parole est à M. Roland Muzeau, pour le groupe GDR. (Protestations sur les bancs du groupe UMP.)
M. Roland Muzeau. Les députés du front de gauche voteront contre le projet de loi autorisant la ratification du mécanisme européen de stabilité. Si ce texte visait à mettre en place un fonds d’assistance aux États en difficulté au nom d’une véritable solidarité européenne, nous aurions pu y être favorables, mais le mécanisme que vous nous proposez n’est pas un simple organe de « coopération intergouvernementale » ; c’est une machine de guerre contre les peuples.
Ce mécanisme a en effet pour objectif premier d’instaurer des normes renforcées de discipline budgétaire. Il ne s’agit pas de fournir une aide aux États qui en ont besoin, mais de préserver les intérêts financiers des banques et des créanciers et de mettre en place des plans d’assistance au système bancaire, en sacrifiant les populations sur l’autel du profit. Nous en avons l’exemple dramatique en Grèce.
Vous vous félicitez du nouveau plan de sauvetage intervenu la nuit dernière, mais ce plan ne règle rien et n’ouvre aucune perspective nouvelle pour l’avenir du pays.
Vous vous félicitez que le gouvernement grec ait accepté les contreparties fixées par la BCE, la Commission et le FMI. Ces contreparties sont pourtant scandaleuses. Le plan adopté par le gouvernement grec, samedi dernier, se traduira en effet par de nouvelles coupes dans les pensions, une nouvelle baisse de 22 % du salaire minimum – désormais fixé à 580 euros mensuels, et moins encore pour les jeunes –, le blocage total des salaires pour une durée indéterminée et la suppression de milliers d’emplois publics et privés. En échange d’aides qui bénéficient exclusivement au secteur bancaire, le peuple grec va devoir faire face à des programmes d’austérité implacables, dont les effets seront dramatiques et qui annihilent toute perspective de croissance.
Avec le mécanisme européen de stabilité, vous ne proposez rien d’autre que ce que nous voyons aujourd’hui à l’œuvre en Grèce. Ce mécanisme sera en effet soumis au contrôle technocratique d’un collège de gouverneurs et imposera aussi, vous le savez, le secret sur les mécanismes de décision. Aucun compte ne pourra être demandé par le Gouvernement ou le Parlement. Quel parlementaire peut être prêt à un tel renoncement ?
Ce mécanisme européen est en outre intimement lié à l’adoption programmée du futur traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union européenne, traité qui doit être approuvé par le Conseil européen la semaine prochaine. Selon ce texte, en effet, un État ne pourra recevoir d’aide au titre du MES s’il n’a pas préalablement ratifié le traité Sarkozy-Merkel. Or que prévoit ce texte ? La systématisation des contrôles budgétaires exercés sur les États, au mépris de leur souveraineté budgétaire, et la sanction de ceux qui ne se conformeront pas à la règle d’or et au diktat des marchés, via la saisine de la Cour de justice.
M. Richard Mallié. C’est quand même eux qui ont dépensé l’argent, ce n’est pas nous !
M. Roland Muzeau. Ce texte franchit un pas de plus dans l’inacceptable, dans le dessaisissement démocratique des citoyens et des peuples, en violation manifeste et délibérée des principes de souveraineté budgétaire et de séparation des pouvoirs.
Nous considérons qu’il est inconstitutionnel et, en conséquence, saisirons le Conseil constitutionnel. Il demande aux parlementaires d’abdiquer leur rôle d’élus du peuple pour confier les clefs de la politique économique à Bruxelles, qui veut imposer partout en Europe, sous la pression des marchés, le règne de l’austérité (Exclamations et claquements de pupitre sur les bancs du groupe UMP.) Nous ne pouvons accepter cette mise sous tutelle, cette abdication, et de voir ainsi piétiner les principes démocratiques les plus élémentaires.
Avec ces traités, vous voulez asphyxier l’Europe. Nous voulons au contraire lui redonner du souffle. Les peuples européens ne veulent pas de la purge sociale que vous tentez de leur imposer, ni sacrifier leur avenir pour le seul bénéfice des détenteurs de capitaux. Aucune fatalité ne pèse sur l’austérité. L’Europe des peuples n’a pas besoin d’un pacte de stabilité, mais d’un pacte de solidarité et de croissance fondé sur la relance de la consommation intérieure, l’investissement, le soutien aux filières industrielles, des protections ciblées pour contrecarrer les délocalisations et le dumping social et fiscal. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)
Cela ne peut se faire sans reconsidérer l’architecture des institutions européennes et le rôle de la BCE, dont l’indépendance et la politique monétariste ont eu et continuent d’avoir des conséquences ruineuses sur la croissance du continent.
M. le président. Veuillez conclure, monsieur Muzeau.
M. Roland Muzeau. En voulant imposer aujourd’hui le mécanisme européen de stabilité, vous bafouez une fois de plus le non des Français au traité constitutionnel de 2005. Nous refusons ce nouveau coup de force, comme nous nous opposons aux logiques qui sont en train de broyer le peuple grec et qui, demain, broieront peut-être l’ensemble des Européens.
M. le président. C’est terminé, monsieur Muzeau !
M. Roland Muzeau. Avec leur candidat, Jean-Luc Mélenchon (Vives exclamations sur les bancs du groupe UMP),…
M. Richard Mallié. Ce n’est pas un meeting !
M. Roland Muzeau. …les députés du Front de gauche, communistes, républicains, citoyens et du parti de gauche lancent un appel à tous les parlementaires, en particulier à ceux de gauche.
M. le président. Vous avez épuisé votre temps de parole !
M. Roland Muzeau. N’acceptez pas ce coup de force contre notre démocratie. Un seul vote s’impose pour rendre possible, demain, une autre politique et rendre crédible l’idée même d’une renégociation européenne. Le seul vote efficace, c’est le rejet de ce traité. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

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Roland
Muzeau

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