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PLF pour 2022

Avec un budget initial incomplet, et à l’issue d’une discussion inédite, le Parlement a navigué à vue, suspendu aux amendements gouvernementaux.

Les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine s’opposeront à ce dernier budget du quinquennat, qui confirme la politique économique à l’œuvre depuis cinq ans : une politique en faveur des riches et des grandes entreprises. Quoi que vous en disiez, cette politique a appauvri nombre de nos concitoyens, en dégradant leur pouvoir d’achat. Les profits à court terme étant incompatibles avec le développement durable, vous assurez le service minimum en matière de transition écologique.

En préambule, il semble essentiel de rappeler les conditions désastreuses d’examen de ce projet de loi de finances (PLF) : de très nombreux amendements gouvernementaux, parfois déposés quelques minutes avant d’être discutés ; des chiffrages contestables, ajustés à de nombreuses reprises ; des dispositions centrales introduites sous forme d’amendements, comme le bouclier énergétique ou le plan France 2030.

Je revois la ministre déléguée chargée de l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, se vanter de faire voter à l’Assemblée l’amendement le plus cher de la Ve République ! Tout ceci est affligeant et confirme votre mépris pour la démocratie parlementaire – qui s’affiche de plus en plus au grand jour – ainsi qu’une impréparation politique patente.

Ce budget, j’y insiste, s’inscrit dans la politique économique menée depuis cinq ans en faveur des plus riches : après les cadeaux fiscaux qu’ils ont reçus en début de quinquennat, aucune mesure de solidarité ne leur a été demandée durant la période inédite que nous traversons. Les occasions ont pourtant été nombreuses ; nous n’avons pas cessé de vous faire des propositions, mais vous êtes restés figés dans des idées et des dogmes largement démentis depuis, comme le montrent les trois rapports de France Stratégie.

Ensuite, vous poursuivez la politique naïve qui consiste à déverser l’argent public sur les grandes entreprises à travers des subventions, des crédits d’impôt ou des réductions de cotisations, en espérant obtenir un quelconque effet sur l’activité et l’emploi. Là encore, la réalité ne cesse de vous démentir : le ruissellement n’a pas eu lieu.

Après un bref interlude durant lequel vous avez levé les dogmes budgétaires que vous aviez vous-mêmes fixés, ce budget prend des airs de retour aux sources visant à préparer la suite. Le cantonnement de la dette liée à la covid-19, décidé dans une visée idéologique, est le plus grand non-sens économique de l’histoire : en refusant d’affecter des ressources au remboursement de cette dette, vous ne faites que créer davantage de déficit en transférant des ressources courantes de l’État au remboursement de ladite dette. Il me semble que c’est une erreur.

Je conclurai en évoquant le pouvoir d’achat. Ce dernier est au cœur de la communication du Gouvernement, qui tente de se raccrocher aux branches à l’approche des échéances électorales après avoir largement contribué à sa dégradation. Nous ne pourrons distribuer ad vitam æternam les primes, chèques et autres indemnités déjà accordés. Je ne conteste pas leur bien-fondé, mais ces artifices de court terme ont surtout le mérite de vous éviter d’aborder la question de fond : celle des salaires. Pour que les gens puissent vivre décemment, pour que « le travail paye » – pour reprendre des termes que vous aimez à répéter –, il faut envisager une hausse des salaires. Le Gouvernement dispose d’au moins deux outils pour agir en ce sens : le SMIC et le point d’indice. Pourtant, malgré vos grandes déclarations, vous vous refusez toujours à utiliser ces leviers.

Dans ces conditions, vous ne pouvez vous arroger le titre de « majorité du pouvoir d’achat ».

Dans la tête de tous, vous resterez, à juste titre, la majorité des riches et des aisés ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. – M. Alain David applaudit également.) Ce dernier budget, loin des apparences que vous souhaitez lui donner, constitue la dernière pierre à votre ouvrage.

Un dernier mot : comme l’a souligné tout à l’heure notre collègue Christine Pires Beaune, d’après un rapport de l’Institut des politiques publiques (IPP), « dans le contexte du mécanisme de coefficient correcteur, appliqué dans le cadre de la réforme de la taxe d’habitation, [les] résultats impliquent des transferts ancrés sur le long terme et dynamiques, de communes en moyenne moins peuplées et à plus faible revenu, vers des communes en moyenne plus urbaines où le pouvoir d’achat des résidents est plus important ». Ce n’est pas acceptable et cela confirme que la solidarité inversée, ça vous connaît !

Bien entendu, nous nous opposerons au PLF pour 2022. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. – Mme Christine Pires Beaune applaudit également.)

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Jean-Paul
Dufrègne

Député de l' Allier (1ère circonscription)

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