Faciliter l’exercice en France des médecins diplômés au Royaume-Uni ayant débuté leurs études avant le Brexit
Publié le 16 février 2026On ne saurait nier que le Brexit a rendu plus complexes les conditions d’études et d’exercice de certains médecins européens au Royaume-Uni. En effet, ils doivent désormais obtenir un visa de travail et passer des tests d’anglais. Ces démarches sont souvent effectuées avec l’appui d’un avocat, ce qui peut se révéler onéreux. S’y ajoutent les démarches de reconnaissance professionnelle, également devenues plus complexes et assez coûteuses.
Que les conséquences du Brexit poussent certains de ces médecins à venir ou à revenir en France est sans aucun doute fort probable. Eu égard à la pénurie de soignants dans notre pays, il s’agit d’une bonne chose. Cette proposition de loi est utile, car elle favorise le retour en France.
Ne nous leurrons pas pour autant : elle ne nous exonère pas, loin de là, de construire urgemment des réponses aux besoins criants en matière d’accès aux soins sur l’ensemble du territoire. Rappelons qu’en 2024, 87 % du territoire français est classé comme un désert médical ; 6 millions de Français n’ont pas de médecin traitant et sont donc particulièrement exposés à une rupture de soins ou, pire, à un renoncement aux soins. Lutter efficacement contre les déserts médicaux nécessite de soutenir au préalable notre système hospitalier et ses personnels soignants et non soignants.
Il y va notamment d’une décision politique forte, attendue par une majorité d’entre nous, plébiscitée par la Fédération hospitalière de France (FHF), et qui consiste à mettre en œuvre une loi de programmation pluriannuelle adossée à des objectifs de santé publique clairs et ambitieux.
Il faut également donner les moyens financiers et humains à la formation des futurs soignants et garantir un plus juste équilibre territorial : 24 départements ne disposent actuellement d’aucune première année d’études de santé, alors même que 50 % des médecins généralistes formés exercent à moins de 85 kilomètres de leur lieu de naissance.
Face à ces constats, il serait tout à fait opportun que la proposition de loi transpartisane de lutte contre les déserts médicaux, adoptée par notre assemblée le 7 mai 2025, poursuive enfin sa navette parlementaire.
Par ailleurs, dans ce cas précis de lutte contre les déserts médicaux, il est étonnant que les auteurs de la proposition de loi aient semblé découvrir la situation déplorable des Padhue à travers le cas des médecins exerçant au Royaume-Uni. Pour mémoire, au 1er janvier 2025, un peu plus de 19 000 médecins à diplôme hors Union européenne étaient inscrits au tableau de l’Ordre des médecins, contre moins de 8 000 en 2010, soit une augmentation de 141 % sur la période.
Malgré l’apport indéniable de ces médecins, le système de santé français ne leur reconnaît toujours pas les compétences qu’ils mettent pourtant quotidiennement au service de la population et de nos hôpitaux. Ainsi, selon la Fédération hospitalière de France (FHF), en 2023, près de 7 000 Padhue travaillaient avec un statut précaire, celui de faisant fonction d’internes ou de stagiaire associé, et étaient sous-rémunérés.
De surcroît, malgré de récentes évolutions législatives, ces médecins continuent de subir des évaluations extrêmement sélectives, souvent injustifiées au vu de leurs diplômes et de leur expérience, et peu en phase avec nos besoins de soignants.
Les aberrations professionnelles et administratives que subissent les praticiens à diplôme hors Union européenne (Padhue) ne peuvent plus durer. Il serait irresponsable de continuer à accepter ces conditions d’exercice indignes pour certains, et de laisser perdurer cette situation pour tous les autres, alors que nous leur devons une grande part de la stabilité de notre système de soins.
L’examen de ce texte a au moins permis de rappeler cette exigence et de faire adopter en commission une demande de rapport sur le sujet. Les députés du groupe GDR soutiendront donc cette proposition de loi, qui devrait permettre la régularisation d’une centaine de Padhue. Toutefois, nous y insistons : pour constituer un geste politique juste, elle doit rapidement entraîner une réforme globale de l’accueil, de l’accompagnement et de la régularisation de tous les Padhue.