Interventions

Débat sur la souveraineté économique, écologique et sanitaire face à la crise du Covid 19 de la France

Filière automobile

Je souhaite vous interroger au sujet de la défense de notre souveraineté industrielle, notamment s’agissant de notre filière automobile, en vous posant des questions déterminantes pour la France – en particulier pour la Normandie et la Seine-Maritime, comme les usines Renault de Cléon et Sandouville et l’usine Renault Alpine de Dieppe en sont l’illustration.

Madame la secrétaire d’État, savez-vous quel est le pourcentage de véhicules particuliers que le groupe Renault fabrique en France ? Il est de 17 % aujourd’hui, alors qu’il était de 54 % en 2004. Savez-vous que la Clio, dont les 132 000 exemplaires vendus en font le véhicule Renault le plus vendu en France et dans les pays limitrophes, arrive par camions entiers depuis la Turquie notamment, où le centre de production tourne à 130 % alors même que toute la production a été stoppée en France il y a un an ? Savez-vous que les ingénieurs de Renault ont travaillé sur le projet EV3, une toute petite voiture électrique, ultralégère, dédiée aux courtes distances, qui présente un coefficient de pénétration dans l’air inégalé, donc une faible consommation et, de fait, une petite batterie, ce qui la rend deux fois moins chère que la Zoé ? Si on le décidait, cette voiture pourrait être produite sur un site français, à Flins par exemple : la production d’un seul tiers des 100 000 exemplaires de ce véhicule y garantirait plus de 1 000 emplois.

En matière de véhicule faiblement émetteur de CO2, mais plus autonome et permettant donc de plus longs parcours, il n’y a actuellement rien de mieux que l’hybride. Savez-vous que Renault développe trois projets de ce type, une Clio hybride qui sera produite en Turquie, une Captur hybride rechargeable et une Mégane, qui seront toutes deux produites en Espagne ? Savez-vous qu’au-delà du seul moteur, la voiture électrique représente un nombre important d’emplois, notamment dans l’électronique de puissance ?

Seulement, aujourd’hui, c’est l’Asie – la Corée et la Chine en particulier – qui domine ce marché. Pouvez-vous nous dire dans quelle escarcelle, en définitive, tomberont les millions d’euros que coûtera la prime pour l’achat d’un véhicule peu gourmand en CO2 que le ministère s’apprête à annoncer ?

En quoi le plan à venir sera-t-il souverain ? Alors que l’emploi dans la filière automobile est fragile, que prévoyez-vous pour vous assurer qu’en contrepartie de l’argent public versé, des emplois seront créés en France ? L’État, actionnaire de Renault, va-t-il exiger le rééquilibrage de la fabrication au bénéfice de notre souveraineté industrielle nationale ? (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, SOC et FI.)

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État. Comme vous l’avez très bien dit, depuis bien avant 2008, l’industrie automobile a beaucoup délocalisé pour faire face à une compétition mondiale effrénée et parce que nos concitoyens ne sont pas prêts – ils n’en ont d’ailleurs pas nécessairement le budget – à payer une voiture 1 000 euros de plus. En effet, à modèle équivalent, le coût de production d’une voiture en France est supérieur d’environ 1 000 euros à celui d’une production non pas en Chine ou dans un pays lointain, mais chez nos voisins, au Portugal ou en Espagne.

Pour ce qui est de la chaîne logistique, la Turquie présente plus de difficultés, et ce serait d’ailleurs un argument en faveur d’une relocalisation.

Vous avez raison, il faut lutter contre cette évolution, mais avec de véritables armes. Or, au cours des derniers jours, nous avons créé un plan d’urgence soumis à certaines conditions s’agissant des enjeux écologiques et énergétiques. Les contreparties du plan de soutien sont très claires : la transition écologique, la protection des compétences – notamment en matière de recherche et développement, un élément extrêmement important pour maintenir des productions géographiquement proches – et l’accompagnement de la sous-traitance à leur transformation, tant en investissements qu’en fonds propres. En effet, seule cette transformation en usine du futur permettra d’assurer la productivité supplémentaire, nécessaire pour justifier le maintien de la production en France. Or, pour cela, il faut investir dans des robots, des cobots, des machines à fabrication additive et à commande numérique. Tout cela nécessite beaucoup d’argent, à un moment où les entreprises en manquent.

Ce sera donc donnant-donnant : chacun apportera sa pierre à l’édifice, mais nous devrons accompagner la transformation de notre flotte automobile. C’est tout l’enjeu de la partie du plan qui concerne les contreparties. Nous allons regarder quelles parties des différents modèles sont produites en France : il n’est pas impossible que cela inspire nos décisions.

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Sébastien
Jumel

Député de Seine-Maritime (6ème circonscription)

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