Interventions

Débat sur la politique de lutte contre la pauvreté

Je recueille dans ma circonscription des témoignages similaires à ceux qui sont documentés par les associations de solidarité. Ils disent le besoin d’aide pour se nourrir, parfois pour la première fois ; on y parle de survie plutôt que de vie ; ils attestent de la souffrance et de la honte ressenties parce que l’on a du mal à nourrir ses enfants. Ils sont révélateurs d’une pauvreté ancrée dans notre pays mais aussi d’une nouvelle pauvreté qui augmente.

Les associations le disent et nous le constatons : avec 1 million de personnes supplémentaires en situation de pauvreté, d’autres publics apparaissent. Parmi ces nouvelles personnes que les associations de solidarité voient plusieurs fois par semaine on compte beaucoup d’étudiants, des jeunes, des mères de famille monoparentale ou encore des retraités.

Lorsque j’évoque le million de personnes qui ont basculé dans la pauvreté, je ne compte pas les centaines de milliers de travailleurs qui viennent de subir des plans de licenciement. Les 763 plans sociaux comptabilisés depuis mars sont d’ailleurs souvent le fait d’entreprises qui bénéficient d’argent public – et pas qu’un peu. Michelin a récemment annoncé la suppression de 2 300 postes en France. Nous le savons, notamment en Picardie, d’où je viens : des vagues de suicides se profilent – il y a le triste exemple de ce qui s’est passé chez Whirlpool ou Goodyear.

Depuis le début de la crise, le nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire a augmenté de 30 %, celui des demandeurs du RSA de 10 %, et beaucoup de travailleurs précaires basculent dans la pauvreté.

Face à cela le Gouvernement continue d’appliquer sa théorie du ruissellement, considérant qu’il ne faut pas investir un « pognon de dingue » dans les politiques sociales et que la lutte contre les inégalités ne doit jamais s’attaquer à la captation, à la spoliation des richesses par le capital, sous-entendant ainsi que les politiques sociales rendraient les pauvres plus paresseux ou plus assistés. Ce sous-entendu, il faut le dire clairement, ne repose sur aucun fondement solide. Aucune étude n’accrédite l’idée que l’accès à des prestations sociales dignes aurait pour conséquence la baisse du nombre d’actifs ou l’augmentation du nombre de personnes en recherche d’emploi. Il s’avère au contraire qu’elles ont plutôt un effet encourageant.

La paupérisation de notre société constitue donc un frein au développement, y compris économique. La réduction de la compétitivité à la question du coût du travail, que l’on fait baisser en rognant sur les droits sociaux, est une stratégie de pays pauvre. Or nous ne sommes pas un pays pauvre. Alors, pour des raisons tant humaines qu’économiques, il faut éradiquer la pauvreté. Ce ne sont pas les miettes du plan de relance qui permettront d’atteindre cet objectif, monsieur le ministre.

Oui, il est urgent de revaloriser les minima sociaux et d’abandonner définitivement votre réforme du chômage. Il ne s’agit là que d’une base pour amorcer la nécessaire bifurcation écologique et sociale tournée vers le bien vivre, qui a suscité l’espoir lors du premier confinement. Qualité des liens, sens dans nos vies, dans nos productions et dans nos créations, pouvoir partagé et planète protégée : pour atteindre ces objectifs, il est nécessaire d’investir dans la recherche publique, de construire des logements sociaux de qualité et de lancer une politique ambitieuse de création d’emplois publics dans les secteurs de l’éducation, de la petite enfance et des seniors.

Comme d’autres, je veux insister sur les besoins particuliers de la jeunesse, qui a particulièrement pâti des effets dévastateurs de cette crise, comme l’a démontré ma collègue Marie-George Buffet dans son rapport. Les moins de 30 ans représentent près de la moitié des personnes en situation de pauvreté, les 18-25 ans sont en première ligne et n’ont pas accès au RSA. C’est pourquoi, avec des associations, nous soutenons la demande d’ouverture du RSA à cette tranche d’âge.

Nous nous joignons aussi à la demande des syndicats étudiants qui souhaitent que la bourse étudiante soit prolongée de dix à douze mois et que le ticket mis en place pour les boursiers, à hauteur d’1 euro, leur permette de faire deux repas par jour et non un seul comme c’est prévu actuellement.

Alors oui, il faut financer ces mesures en s’attaquant, en urgence, à l’évasion fiscale. Je dis bien s’attaquer et non discutailler ou négocier pour récupérer quelques millions : seuls les ultra-riches ont droit à ces politesses, jamais les plus modestes.

Vos choix fiscaux depuis le début du mandat ont encore aggravé les inégalités, vous avez fait gagner de l’argent aux plus riches du pays.

Il est encore tant d’être utile à ceux qui en ont besoin, en rétablissant l’ISF, l’impôt de solidarité sur la fortune, et même en instaurant un ISF climatique.

Éradiquer la pauvreté n’est pas un objectif illusoire, mais cela demande une coriace volonté politique. Ce soir, nous avons chacun évoqué les chiffres de la pauvreté ; s’ils sont évidemment utiles pour quantifier et pour analyser, « on ne pleure pas devant des chiffres », comme le disait l’abbé Pierre, nous pleurons derrière des cercueils. On ne vous demande pas des larmes, mais simplement d’assumer vos responsabilités. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI. – M. Hervé Berville applaudit également.)

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Elsa
Faucillon

Députée des Hauts-de-Seine (1ère circonscription)

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