Interventions

Questions sur le financement de la recherche vaccinale contre le Covid-19

Le constat est amer. À la différence des États-Unis avec les vaccins de Moderna et de Johnson & Johnson, à la différence de l’alliance États-Unis-Allemagne avec Pfizer-BioNTech, à la différence de la Chine avec Sinovac, à la différence de l’alliance Royaume-Uni-Suède avec AstraZeneca, et même à la différence de la Russie avec Sputnik V, la recherche biomédicale française, tant dans le secteur académique que dans l’industrie, n’a pas été en mesure de répondre à la situation d’urgence créée par la pandémie de covid-19.
Cet échec est à mettre sur le compte de plusieurs facteurs : baisse des financements publics en matière de recherche fondamentale, délégation au secteur industriel de la recherche pharmaceutique, absence de conditionnalités aux aides publiques versées aux laboratoires par le biais du CIR.

L’affaiblissement de la France en matière de recherche médicale appelle à une intervention massive de la puissance publique, garante d’une souveraineté sanitaire retrouvée. Cela implique évidemment d’augmenter significativement les financements publics dédiés à la recherche fondamentale réalisée par les organismes publics comme le CNRS – Centre national de la recherche scientifique – ou l’INSERM. Cela suppose parallèlement de construire les outils publics permettant la maîtrise publique de la chaîne de production en matière de vaccins et de traitements.

Notre groupe porte depuis plusieurs années l’idée d’un pôle public du médicament à l’échelle nationale et européenne, capable d’intervenir à la fois sur la recherche biomédicale et la production de traitements qui permettrait de ne plus être placé sous la dépendance des grands laboratoires pharmaceutiques en cas de pandémie et de pénuries. Nous avons encore en France des chercheurs de qualité et des savoir-faire industriels. Notre proposition pourrait être le moyen de mettre à profit toutes ces compétences.
Ma question est donc simple : quelles mesures le Gouvernement entend-il prendre pour retrouver une maîtrise publique dans le domaine de la recherche et de la production de traitements ?

Mme la présidente.

La parole est à Mme la ministre.

Mme Frédérique Vidal, ministre.

Vous avez raison, il y a un besoin massif de réinvestir dans la recherche en France et nous avons eu l’occasion d’en débattre pendant des heures. C’est la raison pour laquelle la loi de programmation de la recherche, le programme d’investissements d’avenir et France relance, qui s’étalent respectivement sur dix, cinq et deux ans, vont nous permettre dès l’année prochaine de réinvestir massivement dans la recherche française.

Il faut revaloriser les salaires, redonner de l’attractivité, redonner de la liberté et de la souplesse, remettre des moyens dans les laboratoires, remettre des moyens dans les filières d’avenir. Il faut mettre des moyens sur l’ensemble de la recherche parce que, comme je l’ai indiqué tout à l’heure, il est très difficile de savoir à l’avance quel type de connaissances permettra de générer un jour un vaccin. Vous le savez, c’est une priorité majeure de ce gouvernement et c’est l’une de mes priorités.

Dans le domaine de la santé, vous avez raison, nous avons identifié deux domaines clés dans lesquels nous avons besoin de réinvestir massivement, deux écosystèmes d’excellence où nous avons déjà tous les atouts pour réussir.

C’est d’abord la santé numérique, qui est probablement l’une des grandes questions de demain. Il nous faut bien sûr répondre à la crise d’aujourd’hui, mais aussi regarder l’avenir. C’est ainsi que le projet Paris Santé Campus voulu par le Président de la République permettra un accompagnement et un investissement massifs.

Ce sont ensuite les biothérapies : thérapies cellulaires, thérapies géniques…, la production aussi, pour faire de la France le lieu en Europe où seront réinventées et de nouveau produites les thérapies de demain. J’ai signé la semaine dernière le contrat stratégique de filière des industries de santé qui permettra de faire de la France ce leader européen en matière de bioproduction et de biothérapie.

Enfin, comme vous l’avez dit, il ne suffit pas de faire de la recherche, il faut également être capable de produire. C’est pourquoi le Gouvernement va mobiliser plus de 460 millions d’euros par le biais de Bpifrance pour soutenir toutes les entreprises afin qu’elles relocalisent les traitements existants ou qu’elles développent de nouvelles filières de thérapies innovantes.

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Pierre
Dharreville

Député des Bouches-du-Rhône (13ème circonscription)

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