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Evaluation et contrôle du Gouvernement

Questions sur le financement de la recherche vaccinale contre le Covid-19

Les Big Pharmas ont touché beaucoup d’aides publiques, y compris dans notre pays – je pense au CIR, mais pas seulement –, et l’on peut s’interroger sur l’efficacité des crédits qui ont été ainsi alloués, un peu à l’aveugle, sans vérifier leur efficacité. L’exemple de Sanofi a été évoqué, avec 300 postes de chercheurs supprimés dans notre pays cette année, mais cela fait suite à des suppressions antérieures dans le domaine de la recherche, et pas simplement de la production.

Nous sommes dans un système où ces grandes entreprises se sont parfois déchargées de leurs responsabilités et de leurs risques sur des entreprises dites start-up, ce qui correspond à une financiarisation de la recherche plutôt inquiétante du point de vue des enjeux auxquels nous devons faire face. Peut-on s’en remettre à cette chaîne telle qu’elle est organisée ?

Je souligne également la nécessité d’investir massivement dans le secteur public. Les chiffres ont été donnés tout à l’heure : un retard important a été pris au cours des dernières années en raison du sous-financement de la recherche publique. J’en veux pour preuve le cas de Bruno Canard, chercheur à l’université Aix-Marseille, qui travaillait sur les virus à ARN, dont font partie les coronavirus, et dont les recherches n’ont pu aboutir faute de pouvoir être approfondies. En 2014, le CNRS avait alerté – en vain – le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation sur la nécessité de renforcer la recherche dans ce domaine.

Aujourd’hui, un réinvestissement massif dans la recherche fondamentale est indispensable, à des fins d’anticipation, dans le cadre de programmes de long terme. Quelles sont vos intentions en la matière ? Quels leviers pourraient être actionnés pour favoriser la recherche en biologie et en santé en associant toute la chaîne de la recherche et du médicament ? Nous ne pouvons plus nous contenter de financements sur appels à projets : nous devons revoir la politique de recherche en santé. Une impulsion publique serait sans doute utile pour lancer une nouvelle dynamique, par exemple sur les vaccins à ARN messager, qui pourraient faire l’objet d’un dispositif public particulier, ou sur les biotechnologies, dont vous venez de parler, pour lesquelles les outils existants mériteraient d’être mobilisés avec plus de force.

Mme la présidente.

La parole est à Mme la ministre.

Mme Frédérique Vidal, ministre.

Je partage une grande partie de vos propos, monsieur Dharréville, à commencer par l’idée selon laquelle la France doit réinvestir massivement dans la recherche. Nous devons toutefois garder à l’esprit qu’il est impossible de savoir a priori quel sujet sera crucial à l’avenir. C’est la raison pour laquelle il importe de soutenir massivement l’ensemble des domaines de la recherche académique. Tel est précisément l’objectif de la loi de programmation de la recherche.

Ce texte vise un second objectif : définir les grandes priorités, en lien avec le programme d’investissements d’avenir, notamment pour la recherche en santé – comme nous l’avons fait avec le programme prioritaire de recherche antibiorésistance ou avec l’initiative sur les maladies infectieuses émergentes. De même, avec le programme PREZODE, il s’agit de réfléchir à l’impact de l’activité humaine sur les zones naturelles et sauvages et à son rôle éventuel dans les zoonoses. Ces programmes de recherche seront développés pendant une période de dix ans à partir de cette année. C’est ainsi que nous pourrons retrouver notre capacité à rayonner à l’échelle internationale dans le domaine des thérapies, des biothérapies et des vaccins. Ces programmes de recherche fixent des objectifs à atteindre, mais en aucun cas les moyens pour les atteindre, ceux-ci relevant de la responsabilité des chercheurs. Seuls les chercheurs savent quelles pistes doivent être explorées et quelles solutions sont porteuses d’innovation.

Quant à l’État, son rôle doit être d’accompagner les laboratoires académiques qui le souhaitent dans la création de spin-off destinées à tester et valider leurs concepts. Nous financerons ces spin-off grâce aux dispositifs de soutien à l’innovation, en particulier les concours i-Lab et i-PhD. Une fois que ces spin-off auront « dérisqué », nous demanderons aux entreprises de prendre leurs responsabilités et de faire le dernier pas en investissant dans la recherche et développement. C’est en maintenant cette chaîne, plus exactement en la recréant, que nous pourrons de nouveau rivaliser avec les meilleurs au monde – car nos chercheurs font partie des meilleurs au monde.

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André
Chassaigne

Président de groupe
Député du Puy-de-Dôme (5ème circonscription)

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