Interventions

Débat sur les séniors face à la crise sanitaire

Il est une idée, madame la ministre, que certains voudraient voir dominer : les actifs d’hier, donc les seniors d’aujourd’hui, auraient une dette vis-à-vis des jeunes – une dette, pesons bien le mot. Une récente tribune publiée à l’initiative de Mme Muriel Pénicaud, ancienne ministre du travail, et cosignée par Mme Françoise Nyssen, ancienne ministre de la culture, de nombreux présidents-directeurs généraux d’entreprises du CAC 40 et des responsables de clubs d’experts libéraux, vise à donner crédit à cette thèse.

Les retraités sont pourtant les principales victimes de la crise sanitaire, attaqués bien avant cette terrible séquence par le quasi-gel – quand ce n’est pas la diminution – de leurs pensions, qui a eu des conséquences sur leur pouvoir d’achat.

Les retraités ne sont donc pas des privilégiés, encore moins les allocataires de l’ASPA. Comme les jeunes de 16 à 25 ans, une majorité d’entre eux font partie du contingent des femmes et des hommes précarisés, largement oubliés des mesures de solidarité sonnantes et trébuchantes si nécessaires et malgré tout si insuffisantes ces derniers mois dans leur vie quotidienne.

La réponse que nous vous demandons d’apporter ce soir ne relève ni de la loi, ni des moyens, mais de la cohésion nationale. Vous désolidarisez-vous de toutes ces idées, qui ajouteraient aux ruptures sociales et économiques qui font rage dans le pays une rupture générationnelle ? Et comptez-vous inscrire à l’agenda gouvernemental l’indexation des pensions sur l’évolution des prix ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.

Mme Brigitte Bourguignon, ministre déléguée. Je partage vos sentiments, même si la précarité de nos aînés constitue un phénomène bien antérieur à ces trois dernières années. Nous avons augmenté le minimum vieillesse, autrement dit l’ASPA, ainsi que quelques autres allocations, dont j’ai parlé dans mon propos liminaire. Quel que soit notre positionnement politique, il faut nous pencher sérieusement sur le sujet. Pour ma part, je crois à la solidarité intergénérationnelle : aujourd’hui, les enfants s’interrogent au sujet de la prise en charge de leurs parents, les parents s’inquiètent de ce que leur dépendance coûtera peut-être un jour à leurs enfants. La véritable question que la société doit résoudre est donc celle du reste à charge dans les établissements qui accueillent les personnes âgées, du prix de la dépendance. On la rejette toujours à plus tard, mais c’est elle que nous devons traiter. On pose toujours le problème du grand âge comme s’il ne concernait que les personnes âgées, mais vous avez mis le doigt dessus : c’est en réalité un problème de solidarité entre les générations. Nous devons bâtir celle-ci, grâce à cette feuille de route, en vue d’une réelle politique du grand âge.

Les personnes âgées ne représentent pas un fardeau, mais une chance pour notre pays. Nous travaillerons donc à la fois sur la question du reste à charge, aujourd’hui exorbitant alors même que les prestations ne sont pas toujours à la hauteur, et sur tout ce qui permettra que les enfants n’aient pas à se faire de souci concernant la prise en charge de leurs parents – qui leur incombe parfois aujourd’hui. Cette situation dure depuis longtemps : nous l’évoquerons dans notre feuille de route.

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Hubert
Wulfranc

Député de Seine-Maritime (3ème circonscription)

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