Interventions

Débat sur les politiques de la France au Sahel

L’opération Barkhane n’obtient que des succès ponctuels. Malgré huit années de guerre, les violences et les pertes humaines n’ont pas reculé, bien au contraire. Face à ce constat, il paraît évident qu’un simple ajustement du dispositif n’est pas suffisant : la France doit préparer son départ du Sahel.

Il ne doit pas s’agir d’un départ brutal, qui serait à la fois déstabilisateur et contreproductif pour toute la région. Il faut commencer à discuter, de façon multilatérale, d’un agenda de retrait des forces armées, visant à mettre un terme à cette opération.

Ce retrait ne doit naturellement pas signifier l’abandon nos alliés africains dans cette guerre contre le terrorisme, bien au contraire. Il sera nécessaire de soutenir dans le temps la force conjointe du G5 Sahel par du renseignement, par des aides logistiques, par des missions de formation, comme le fait la force Takuba. Je l’ai déjà dit, il faut aussi que la France soutienne des politiques de long terme et permette aux peuples de s’exprimer et de choisir leur destin, au lieu de soutenir de simples objectifs militaires.

La question du développement doit ainsi devenir un élément central de la politique française dans la région. La France doit prioriser son aide au développement pour refonder les services publics locaux, tout en aidant les États à prélever leurs impôts, de façon à ce qu’ils recouvrent durablement leur pleine souveraineté territoriale.

Pour ce faire, il est indispensable de déployer des moyens efficaces de lutte contre les flux financiers illicites qui nourrissent le terrorisme et contre l’évasion fiscale des entreprises, qui mine les budgets nationaux. Monsieur le ministre, comment associer davantage les différents acteurs, en renforçant la coordination, pour permettre une complémentarité entre l’armée, la diplomatie et les acteurs de l’aide au développement, en lien avec les Nations unies ? Comment faire pour que la France ne s’incarne pas seulement dans le registre militaire ? (Mme Laurence Dumont applaudit.)

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Yves Le Drian, ministre. Je crois vous avoir déjà donné des éléments de réponse sur les questions essentielles de la gouvernance et du développement à long terme. J’ai également précisé que les quatre piliers du sommet de Pau sont indissociables, et indiqué que l’accent doit désormais être mis sur les deux derniers piliers, à savoir la gouvernance et la restauration de l’État dans son territoire.

S’agissant du développement, nous sommes attachés à favoriser l’action de la coalition internationale, c’est-à-dire de l’ensemble des partenaires. Rappelons par exemple que c’est la ministre des affaires étrangères de l’Espagne qui préside actuellement l’assemblée générale de l’Alliance Sahel. Beaucoup d’autres acteurs y sont associés, notamment la Banque mondiale, pour faire en sorte que le
développement soit au rendez-vous.

Le sujet principal que nous devons traiter, c’est la dimension territoriale du développement, c’est de faire en sorte de ne pas additionner des projets séparés les uns des autres – tel organisme, tel pays, faisant telle chose dans telle partie du territoire –, mais d’identifier des zones pilotes, pour coordonner l’action de développement avec les partenaires locaux.

Certes, telles ne sont pas les habitudes des acteurs du développement, car chacun veut apposer son drapeau et sa signature. Nous agissons essentiellement, surtout depuis la réunion de l’alliance pour le Sahel qui s’est tenue il y a quinze jours, pour mettre en place, sur les territoires pilotes identifiés, une coordination avec les acteurs locaux, qui deviennent les coordinateurs européens. Tel est l’engagement que nous prenons.

Il faudra néanmoins le vérifier sur place, car les habitudes prises sont susceptibles de le contrarier, quand bien même il y a beaucoup d’argent disponible, beaucoup de possibilités, beaucoup de projets. Il faut désormais passer à la phase de réalisation et avoir une rapidité d’exécution, en particulier dans les régions situées dans des zones de conflictualité majeures, notamment la zone des trois frontières.

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André
Chassaigne

Président de groupe
Député du Puy-de-Dôme (5ème circonscription)

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