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Débat sur les mesures de relance

Nous ne sommes pas là uniquement pour commenter le plan de relance : le débat porte plus largement sur les mesures de relance. Je vais donc vous parler des carences explicites de soutien au pouvoir d’achat des ménages. Déjà, dans le volet mesures d’urgence, seulement 1,5 milliard – portant notamment sur les primes – était destiné aux ménages, alors même que 20 % des familles s’appauvrissaient et qu’un million de personnes sont passées sous le seuil de pauvreté.

Parmi les mesures de relance, la question des salaires est totalement absente – comme elle l’a été depuis 2017. Nous considérons que le Gouvernement porte une lourde responsabilité dans les difficultés accumulées par nos concitoyens : vous avez rejeté systématiquement toute hausse significative du SMIC et vous vous êtes dérobés sur le sujet en convoquant une conférence sur les salaires avec les partenaires sociaux. Même le Ségur de la santé fait plus de mécontents que de satisfaits. Il en va de même pour les minima sociaux, dont la revalorisation est totalement absente de votre calendrier politique.

À tout cela s’ajoute la réforme de l’assurance-chômage, le refus d’une allocation autonomie pour les jeunes de 18 à 25 ans, et la remise à l’agenda d’un nivellement des retraites par le bas. Autant de fameuses réformes structurelles dont il faudra bien un jour décortiquer le fondement.

Ainsi, nous mesurons d’emblée que vos mesures de relance sont essentiellement tournées vers la reconstitution des marges bénéficiaires des grandes entreprises et des catégories aisées – Charles de Courson évoquait tout à l’heure la reconstitution de matelas. Au bout du compte, la question de la dette publique est en toile de fond. Charles de Courson – que je ne cesse décidément de citer, mais il faut dire qu’il a beaucoup parlé cet après-midi – nous disait que qu’elle représente 90 000 euros par ménage. Voilà ce que vous allez rechercher dans les poches des Français et dans les budgets des dépenses publiques ; c’est ce que vous nous annoncez.

Bien évidemment, je vous vois déjà soupirer ou sourire face à la caricature de l’action gouvernementale qui serait l’œuvre des députés communistes. Pourtant, nous observons bien une rupture totale de l’équilibre entre ceux qui réussissent et ceux qui s’enfoncent dans les difficultés au moment où vous voulez parler, mesdames et messieurs de la majorité, de relance.

J’ai été vite pour pouvoir vous poser une question et la commenter. Je vais précisément citer un certain nombre de mesures, à vous de trouver qui les propose : la revalorisation substantielle, à très court terme, du minimum vieillesse, du revenu de solidarité active (RSA) et de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et celle, immédiate, de l’aide personnalisée au logement (APL) et du fonds de solidarité logement (FSL) avec une contractualisation État-département ; l’ouverture immédiate de négociations avec les opérateurs du numérique pour mettre en place un forfait illimité en situation de crise et la création d’une tarification sociale, sur le modèle du chèque énergie ; l’instauration d’une allocation de ressources pour les jeunes de 18 à 25 ans ; le retour à une présence humaine systématique dans tous les points d’accueil du secteur public et donc, c’est sous-entendu, une politique d’embauche dans la fonction publique ; la mise en place d’un plan de rattrapage scolaire ; et l’automaticité, par exemple, de la complémentaire santé solidaire sans frais.

Qui peut écrire tout cela ? Des communistes ? Il ne serait pas étonnant que de telles propositions émanent des bancs de la gauche. Ce sont pourtant des propositions qu’on trouve sous la plume du rapport du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion (CNLE), qui est présidé par une député de la majorité et qui réunit des experts et des responsables associatifs parmi les plus éminents.

Je conclurai en disant simplement : messieurs les ministres, qu’attendez-vous pour transformer ces propositions en actes, afin d’accompagner les mesures de relance d’un véritable volet social ? Quand on constate que le Gouvernement n’a pas fourni un effort au niveau des autres pays européens, que manque-t-il ? C’est bien le volet social. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et SOC.)

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Jean-Paul
Dufrègne

Député de l' Allier (1ère circonscription)

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