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Débat sur le thème : La France face à la révolution des NBIC : quelle place dans le match Etats-Unis/Chine

Nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives : ces quatre mots provoquent autant d’inquiétudes qu’ils n’ouvrent de portes sur l’avenir.

Aux yeux des députés communistes, la question de la course au progrès pose un problème de fond : d’ambitieuses entreprises privées jouent aux apprentis sorciers et imposent aux peuples les conséquences de leurs trouvailles. Or ces trouvailles sont parfois dangereuses, et leurs conséquences ne peuvent jamais être connues à l’avance.

L’élaboration de ces nouvelles technologies n’est pas motivée par la recherche du bien de l’humanité ou la préservation de la vie sur terre, mais par l’espoir qu’elles rapportent gros aux premières entreprises qui seront en mesure de déposer des brevets.

Ce caractère antidémocratique de la recherche fondamentale est extrêmement grave. Depuis des années, en France comme dans le reste du monde, la recherche publique se désinvestit de la recherche fondamentale, laissant ce champ aux entreprises privées qui s’y adonnent sans se préoccuper de réflexion éthique, visant non pas le bien commun mais de substantiels bénéfices.

Au passage, je note une contradiction chez ceux qui, à droite, prônent le conservatisme en matière de bioéthique : d’un côté, ils soutiennent la liberté du marché et sa main invisible, mais de l’autre, ils s’étonnent que des entrepreneurs-apprentis sorciers ne se donnent aucune limite et ne prêtent aucun intérêt aux conséquences possibles de leurs découvertes.

J’espère donc que ce débat permettra à certains d’accepter l’idée que, dans un marché totalement libéralisé, tout peut survenir. C’est d’ailleurs précisément pour cette raison que les communistes exigent une régulation forte du marché, doublée d’un système de validation démocratique. C’est seulement à ce prix que les débats relatifs à la bioéthique pourront se tenir honnêtement.

Une telle validation est fondamentale : de nombreux citoyens s’offusquent de l’imposition de nouvelles technologies invasives dans leur quotidien, tels que la 5G ou les compteurs Linky, alors même que l’on ne connaît pas la nocivité des ondes dont elles sont la source, ni d’un éventuel « effet cocktail » dû à une exposition à long terme et cumulée avec d’autres réseaux sans fil comme le wifi. Comment peut-on prétendre que de tels choix ne doivent pas faire l’objet d’un référendum ?

Le progrès technique doit faire partie des enjeux démocratiques de demain. La robotisation pour limiter la pénibilité au travail, oui, mais la robotisation pour supprimer des emplois et pour mieux contrôler les citoyens, non !

À ce propos, à quoi serviront les NBIC ? Seuls les naïfs peuvent croire qu’elles sont destinées à améliorer le sort de l’humain, car ces technologies servent avant tout à contrôler les citoyens. Par exemple, pour faire accepter la 5G, qui permet de réduire la latence des réseaux internet, on prétend qu’elle permettra d’accéder immédiatement à des vidéos sur des dispositifs mobiles – c’est ce que vous faites miroiter à la jeunesse de France après l’avoir achetée avec des téléphones –, mais sa véritable raison d’être est de faire fonctionner à grande échelle des caméras de reconnaissance faciale et de recueillir, d’envoyer et de traiter des données presque en temps réel, ce qui n’est pas possible avec la 4G. Sur cette question, nous aurions dû donner la parole au peuple et le laisser trancher, mais vous ne le voulez pas.

Le principe de précaution est systématiquement ringardisé. La formulation même du thème de notre débat – « La France face à la révolution des NBIC : quelle place dans le match États-Unis-Chine ? » – porte à croire que nous sommes dans une confrontation permanente. Sommes-nous obligés de nous lancer dans une course folle vers le précipice ? Sommes-nous contraints de le faire parce que nos voisins, si puissants soient-ils, courent aussi ? Ne pourrions-nous pas, en France ou à l’échelle de l’Union européenne, créer une troisième voie, celle d’une technologie améliorée au service de l’humain et d’un progrès qui servirait à autre chose qu’à contrôler les populations et augmenter le profit des grandes entreprises ? C’est cela, le sujet de notre débat, et non pas de commenter un match.

Et s’il s’agit vraiment d’un match, plutôt que d’occuper la place des spectateurs ou des joueurs, soyons les arbitres ! Réinvestissons massivement la diplomatie mondiale en affirmant notre vision du monde, des valeurs démocratiques fermes, et ne faisons pas du capitalisme néolibéral, qui nous mène tout droit dans le mur, notre seul et unique maître. Plutôt que de laisser régner les obsédés de la technologie, soyons un espace démocratique au sein duquel sont effectués des choix éclairés. Engageons une troisième voie démocratique, tournée résolument vers l’avenir.

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Jean-Paul
Lecoq

Député de Seine-Maritime (8ème circonscription)

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