Interventions

Evaluation et contrôle du Gouvernement

Débat sur le thème : « Financement et performance de la formation professionnelle : quelle efficacité de la dépense publique ? »

Pour commencer, poser en ces termes la question de l’efficacité de la dépense publique en matière de formation professionnelle laisse entendre que celle-ci serait inefficace. Ce discours, qu’on entend dans certains milieux patronaux, aurait besoin, au moins, d’être démontré par les solistes de cette petite musique qui, au-delà de leur rhétorique, ne fournissent aucune étude ni documentation sérieuse pour étayer leur propos. Il est vrai que la formation professionnelle, comme tous les droits conquis par les travailleurs, continue de déranger. Elle est en effet un droit, qui, comme tout droit dans un État de droit, doit être garanti et financé.
Ainsi, quand on évoque la formation des étudiants, la formation continue, la formation en alternance ou de la formation qualifiante, de quoi parlons-nous ? Est-il seulement question de satisfaire les besoins des entreprises en compétences et en main-d’œuvre pour assurer leur compétitivité sur le marché ? Non. En régime capitaliste, s’il ne s’agissait que de cela, l’État n’aurait rien à faire dans ce champ –⁠ ou si peu –, et l’argent public non plus.
La formation professionnelle s’adresse aux citoyens de notre République. Tous peuvent y prétendre, qu’ils soient étudiants, demandeurs d’emploi, salariés ou même chefs d’entreprise. Son objectif est que chacun, en y accédant, puisse acquérir ou mettre à jour des savoir-faire, des compétences, des aptitudes, voire de simples connaissances, afin d’exercer un métier puis de progresser et de monter en compétences tout au long de sa carrière. C’est en cela que la formation professionnelle sert aussi les entreprises. Il ne faut pas inverser l’ordre des choses sous peine de créer le désordre en instillant confusion et suspicion et, à la fin, en créant de fausses solutions.
Tout le monde peut avoir recours à la formation professionnelle : les salariés pour faire de nouvelles expériences et acquérir de nouvelles compétences, les personnes en reconversion professionnelle ou les personnes au chômage. Or, en posant la question de son efficacité, qu’interrogeons-nous réellement ? Son coût versus ses bénéfices ; et si la personne ayant bénéficié de la formation a réellement trouvé un emploi et gagné des compétences.
Le marché du travail change, notamment sous l’impulsion des nouvelles technologies, et il faut que les travailleurs acquièrent de nouvelles compétences. La façon de travailler peut évoluer sur un même poste ! On ne peut pas remettre en cause l’utilité d’une telle formation. Parallèlement, une entreprise ne peut exister que si elle a du personnel qualifié pour produire ou réaliser les services demandés. Du personnel qualifié, c’est du personnel qui se forme. Lorsqu’une personne développe des problèmes physiques ou une maladie qui l’empêchent d’exercer son métier, ne faudrait-il pas qu’elle puisse suivre une formation professionnelle, afin de se former à un métier plus adapté à ses nouvelles conditions physiques ? De même, faut-il que nous ayons les mêmes appétences professionnelles à 18 et à 50 ans ? Pourquoi ne pas avoir la possibilité de choisir de changer de carrière ? Voilà autant d’éléments qui montrent l’utilité de la formation professionnelle, peu importe l’âge.
J’en viens maintenant à la question de la dépense versus la rentabilité, puisque c’est à cela que vous réduisez votre approche. Lorsqu’une personne est en recherche d’emploi et qu’elle suit une formation, ce n’est pas un coût, mais un investissement pour la société. Sur un groupe de dix personnes, il suffit d’une insertion professionnelle réussie pour que la dépense publique soit compensée et que les recettes publiques soient durablement accrues. Le seuil minimal d’équilibre pour les dépenses publiques est donc de 10 % –⁠ sachant qu’actuellement, les taux d’accès à l’emploi après formation oscillent entre 30 et 80 % selon les formations. En fin de compte, cette dépense publique est donc plutôt efficace !
Pour reprendre les termes de votre titre douteux, je rappelle que la réindustrialisation, les reconversions de plusieurs filières économiques majeures et la transition écologique imposent un investissement massif dans la formation initiale comme dans la formation continue. Ceux qui ne l’ont pas compris ou qui, pour des raisons sectaires ou idéologiques, refusent de l’admettre, continueront à servir le déclin et le « c’était mieux avant », plutôt que le « ce sera bien mieux demain ». Le sujet est là : non pas dans la polémique ou la démolition, mais dans la consolidation de la formation professionnelle.

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