Je vous le confirme, monsieur le ministre : on ne lâche rien ! Nous avons au moins cela en commun.
L’annonce du plan d’investissements Rearm Europe par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a conduit les industriels du secteur automobile à envisager la réorientation de leur production vers les besoins de défense comme une solution à la crise industrielle que nous traversons.
Au niveau européen, le PDG de Volkswagen a annoncé que le groupe pourrait étudier les possibilités dans le domaine militaire. En France, le groupe Europlasma s’est porté candidat à l’acquisition de la Fonderie de Bretagne, sous-traitant de Renault, en cessation de paiements. Ce virage permettrait de préserver 240 emplois, soit plus de 80 % de l’effectif actuel.
Europlasma – dont le principal actionnaire est Alpha Blue Ocean, entité condamnée par l’Autorité des marchés financiers (AMF) – s’est imposé comme un acteur majeur dans la reprise de sites sidérurgiques en difficulté. Cela ne nous rassure pas toujours.
En effet, le groupe peine à tenir ses engagements en matière d’investissements, de sorte que les suppressions de postes continuent sur plusieurs sites, en dépit du soutien de l’État et des collectivités territoriales.
Vous m’autoriserez à évoquer le cas de Renault Sandouville, non loin du Havre, où nous étions récemment ensemble. Il y a tout juste un an, Bruno Le Maire annonçait 550 recrutements en CDI et CDD ; il y a quelques jours était soudain annoncée la suppression de 323 postes d’intérimaires. Vous comprendrez que la succession en yoyo de telles annonces officielles pose problème. Mettez-vous à la place des travailleurs des sites industriels : leur motivation a besoin d’un moteur – puisque nous parlons d’automobile. Sur place, la situation est d’autant plus difficile que Renault use et abuse déjà de l’intérim : près d’un tiers des travailleurs de l’usine de Sandouville ont des contrats précaires. Ces emplois ne devraient pas être de simples variables d’ajustement au service de la maximisation de la rentabilité. Quand je me rends sur ce site avec mes camarades, nous expliquons qu’il faut embaucher – et on ne lâche rien !
En tout état de cause, rien ne justifie une diminution des effectifs à Renault Sandouville : la production des trois versions du futur fourgon 100 % électrique conçu par la coentreprise Flexis – nous en avons parlé au Havre, souvenez-vous, monsieur le ministre – a été confirmée et devrait assurer la pérennité du site ; le commissaire européen Séjourné a annoncé des mesures positives et concrètes pour soutenir le secteur automobile dans sa transition vers l’électrique. Nous attendons de l’État qu’il tienne parole et respecte ses engagements.
À l’heure où les autorités françaises et européennes annoncent le basculement vers une économie de guerre, est-ce ainsi que votre gouvernement prétend défendre les salariés automobiles contre la logique prédatrice des fonds d’investissement ?
Face à cette crise industrielle, l’État ne devrait-il pas conditionner le versement des aides dont ce secteur a besoin au maintien de l’emploi et de la production dans nos territoires ? Nous avons déjà discuté tout à l’heure des façons d’encourager financièrement l’industrie automobile.
Je terminerai en évoquant le verdissement des flottes des entreprises. Avez-vous pris des dispositions, vos collègues de Bercy et vous-même, pour que les services publics et les entreprises publiques puissent inclure des conditions spécifiques dans leurs appels d’offres ? Les services publics français seront-ils autorisés, voire encouragés, à verdir leur flotte en soutenant l’industrie française ou du moins européenne – puisqu’il faut tenir compte de le réglementation européenne sur les marchés publics ? En effet, on a longtemps imposé aux collectivités et aux services publics de choisir le « mieux-disant », c’est-à-dire en fait le moins cher.
Evaluation et contrôle du Gouvernement
Débat sur le devenir de la filière automobile
Publié le 27 mars 2025
Jean-Paul
Lecoq
Député
de
Seine-Maritime (8ème circonscription)