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Evaluation et contrôle du Gouvernement

Débat sur la stratégie de l’UE pour la décarbonation de l’électricité et l’efficacité énergégique à horizon 2050

QUESTION

Comme l’ont suggéré mes collègues Duvergé et Kerbarh, débattre de la stratégie de décarbonation de l’électricité en Europe, c’est s’interroger sur le rôle de l’un des piliers de l’Union européenne, et pas des moindres : l’Allemagne. Or le super-ministre allemand de l’économie et de la transition écologique – excusez du peu – a confirmé l’objectif d’un mix énergétique porté à 80 % d’énergies renouvelables en 2030, c’est-à-dire demain. En même temps, l’intermittence impliquant l’éolien et le solaire, déjà très développés en Allemagne, conduit ce pays à recourir massivement aux centrales à gaz et au lignite, qui assure aujourd’hui 25 % de sa production électrique. Ainsi, l’Allemagne est devenue la plus grande soufflerie de CO2 à l’échelle du continent européen. Un exemple : le 25 janvier dernier, l’organisation non gouvernementale (ONG) Electricity Map notait un rejet horaire de 418 grammes en Allemagne, contre 104 grammes en France, et ce mouvement va s’accroître avec la fermeture des derniers réacteurs nucléaires en Allemagne et la prédominance accrue du lignite, ce charbon primaire très polluant.

Si l’orientation du gouvernement allemand, qui va des libéraux de droite aux Verts libéraux, relève bien évidemment du choix souverain des électeurs de ce pays, n’y a-t-il pas là une imposture – ou, en termes plus choisis, une contradiction majeure – qui compromettra lourdement les engagements européens et, d’une certaine façon, taillera en pièces notre système électrique et son outil, EDF, à l’échelle du territoire national ? En disant cela, je vous interroge aussi, bien évidemment, sur la maîtrise de notre indépendance nationale. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

Mme la présidente.

La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Les émissions de gaz à effet de serre par habitant sont certes plus importantes en Allemagne qu’en France, avec, en 2019,10,1 tonnes de CO2 par habitant en Allemagne, contre 6,8 en France, ce qui s’explique, d’une part, par un secteur industriel plus important outre-Rhin et, d’autre part, par le fait que le mix énergétique français est décarboné à 90 %, alors que l’Allemagne dépend encore largement du gaz et du charbon pour sa production d’électricité.

M. Jean-Paul Lecoq.

Et ça va durer !

Mme Bérangère Abba, secrétaire d’État.

Cela dit, l’Allemagne a tout de même pris des engagements. Les émissions du secteur électrique allemand ont sensiblement baissé au cours des dernières décennies. L’intensité carbone du mix électrique a ainsi été divisée par plus de deux entre 1991 et 2020 – c’est suffisamment notable pour être signalé. Le nouveau gouvernement allemand a dévoilé, au début de 2022, un programme climatique particulièrement ambitieux, puisque son objectif est de diminuer de 65 % les émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990 et d’atteindre la neutralité carbone dès 2045.

Pour ce faire, il s’appuiera sur une transformation en profondeur de son système électrique avec l’annonce notamment d’une sortie du charbon dès 2030, sous réserve…

M. Jean-Paul Lecoq.
« Sous réserve » : c’est n’importe quoi !

Mme Bérangère Abba, secrétaire d’État.

…effectivement, que la sécurité d’approvisionnement soit garantie. On peut relever cette réserve, mais je pense que vous auriez la même exigence de la part du Gouvernement français. Nous devons garantir, en cas de pic, cette autonomie et cette sécurité d’approvisionnement.

Le gouvernement allemand ne remet pas non plus en cause l’objectif de sortie du nucléaire à la fin de 2022. Nous avons donc toujours cet équilibre à construire, mais les termes en sont respectés. Il sera rendu possible principalement par un développement massif des énergies renouvelables, qui doivent représenter 80 % du mix électrique en 2030. Des mesures très concrètes ont été annoncées pour renforcer le développement des ENR, comme une hausse du volume des appels d’offres, une loi sur l’éolien terrestre, un paquet solaire. Certes, le gouvernement allemand a également annoncé le développement de nouvelles centrales à gaz, à titre transitoire, mais nous devons avoir confiance dans sa capacité à atteindre l’équilibre que j’évoquais.

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Hubert
Wulfranc

Député de Seine-Maritime (3ème circonscription)

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