Interventions

Evaluation et contrôle du Gouvernement

Débat sur la réforme des retraites et la pénébilité

Questions aux invités

Je vous remercie, mesdames et monsieur, de vos interventions sur ce sujet extrêmement important à nos yeux. Je voudrais d’abord vous poser une question simple et directe concernant le recours au dispositif d’invalidité dans vos secteurs respectifs. Comment appréhendez-vous ce dispositif, son usage et ses conséquences, au vu des expériences que vous avez connues ou observées autour de vous ?

Ma deuxième question, plus vaste, concerne l’équilibre entre prévention, réparation et compensation. Il est évident que d’importants efforts doivent être réalisés pour traiter le mal à source et s’attaquer aux maladies que l’on peut éliminer ; la prévention en la matière est décisive. Je partage les propos tenus il y a quelques instants : au-delà de la nécessité de changer de système, il y a sans doute beaucoup de choses à faire évoluer dans le ou les systèmes existants. Il faut mieux respecter le travail, mettre fin à la course à la rentabilité et à la concurrence permanente de tous contre tous, et abandonner l’idée d’une intervention bénéfique du marché dans ce domaine. Il faut aussi, comme cela vient d’être dit, mieux respecter les différents métiers. Ne faut-il pas imaginer, dans certains endroits, de donner davantage de pouvoir aux travailleurs pour agir sur leurs gestes, sur leur travail et sur l’organisation de celui-ci ?

Je crois aussi que la compensation est nécessaire et qu’il faut se garder de ne parler que de prévention dans le but d’éviter ce sujet. Cela me conduit à ma question suivante : dans une perspective de compensation, comment croyez-vous que l’on puisse objectiver les situations, afin d’établir des droits collectifs ? Je crains en effet que, sans ces derniers, il n’y ait pas de droits individuels.

Mme la présidente

La parole est à M. André Bouchut, représentant de la Confédération paysanne

Aujourd’hui, dans le secteur agricole, la reconnaissance de l’invalidité est très compliquée ; c’est un véritable parcours du combattant. Les médecins généralistes acceptent très difficilement de s’engager dans ce type de démarche, tout comme les médecins de la MSA qui sont censés nous suivre. D’abord, il existe dans nos métiers une sorte d’omerta : il est difficile de reconnaître que l’on souffre d’une maladie, que l’on ne va pas bien, que l’on rencontre des difficultés ou que l’on a une charge de travail trop lourde. Lorsqu’un agriculteur, incité ou aidé par d’autres, accepte finalement d’entrer dans la démarche, il se heurte souvent à un certain manque d’intérêt de la part du médecin ou de l’assurance maladie. Il me semble que l’Assemblée nationale doit se saisir de cette question : comment faire pour que la médecine regarde les choses en face lorsqu’un paysan ou une paysanne déclare qu’il ou elle ne va pas bien ? N’étant pas député, je ne sais pas comment vous pouvez appréhender le sujet, mais il conviendrait que vous vous en saisissiez.

S’agissant de l’amélioration des gestes, il est vrai que nous courons sans cesse et ne prenons sans doute pas assez le temps de nous former. Sans doute faudrait-il s’interroger sur la façon de corréler les différentes aides de la politique agricole commune (PAC) à une obligation de formation, d’anticipation et d’amélioration des métiers. Nous sommes souvent dans la fuite en avant, reproduisant la façon de travailler de la génération précédente. Je n’ai pas de réponse totalement aboutie à ce sujet, mais sans doute y a-t-il là aussi un travail à réaliser.

S’agissant des droits collectifs, enfin, il convient d’aborder la question par type de métier, en se fondant sur les grandes catégories définies par les Otex. Sans doute faut-il réunir autour d’une table les représentants des métiers – l’élevage laitier, l’élevage bovin allaitant, le maraîchage par exemple –, dans la mesure où une part importante des risques et des maladies professionnels est liée au type de métier exercé. On pourrait imaginer, par exemple, qu’un agriculteur ayant été maraîcher pendant trente ans puisse bénéficier d’une retraite anticipée de six mois, un an, voire deux ans. C’est dans cette direction qu’il faut travailler car, en se basant sur des comptes pénibilité, on risque d’aboutir à des comptes d’apothicaire ingérables. Le secteur agricole est capable de travailler en ce sens, grâce aux Otex.

Mme la présidente

La parole est à Mme Anne Lauseign présidente du collectif national La Force invisible des aides à domicile

Je n’ai pas grand-chose à ajouter à ce qu’a dit M. Bouchut. Le constat est identique dans le secteur de l’aide à domicile. L’amélioration des gestes professionnels devrait être obligatoire dans notre métier. En effet, on a vite fait de se blesser et de réaliser certains gestes en prenant de mauvaises habitudes, qu’il est ensuite difficile de perdre. Au-delà d’être obligatoires, les formations devraient être continues.

S’agissant des droits collectifs, il serait souhaitable que notre métier, couvert par plusieurs conventions collectives, soit rassemblé sous une convention unique reconnaissant la pénibilité dont souffrent toutes les auxiliaires de vie, quel que soit leur statut juridique.

Mme la présidente

La parole est à Mme Catherine Delgoulet. professeure au Conservatoire national des arts et métiers, titulaire de la chaire d’ergonomie.

On constate dans de nombreux métiers, notamment pénibles, que la question des gestes professionnels est souvent déconsidérée : on estime qu’un savoir-faire, qu’il s’agisse de tenir une pelle ou de réaliser un soin, est un attribut personnel, une qualité individuelle. De ce fait, on ne forme pas – ou peu, ou mal. La question de la formation, ainsi que celle de la construction du geste professionnel et celle de l’évolution de celui-ci au fur et à mesure que l’on progresse en âge et en expérience, me semblent fondamentales. Elles posent la question de la transmission et du temps dont on dispose pour l’assurer. Aujourd’hui, dans de nombreuses situations, ce temps n’existe pas ; celles et ceux qui acceptent d’endosser le statut de tuteur et d’accompagnant des novices, qu’ils soient jeunes ou plus âgés, le font en empiétant sur le temps de travail, au détriment d’autres tâches. Or ces temps sont précieux. Ils permettent de construire l’avenir des savoir-faire professionnels et d’aboutir au geste efficient : celui grâce auquel on peut atteindre les objectifs de performance, mais aussi préserver sa santé et la construire.

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Pierre
Dharreville

Député des Bouches-du-Rhône (13ème circonscription)

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