Interventions

Débat sur la politique de l’emploi et la réfome de l’assurance chômage

QUESTION

Madame la ministre, que reste-t-il de la reconnaissance promise aux travailleuses et aux travailleurs de la première, mais aussi de la seconde ligne, celles et ceux que nous applaudissions pour avoir tenu le pays debout ? Lorsque beaucoup étaient cloîtrés à la maison, ils prenaient, eux, le risque de tenir les caisses des supermarchés, d’achalander les rayons, de donner des cours aux enfants, de conduire les bus, de livrer les marchandises, de fabriquer le pain.

Certains, dans votre majorité, faisaient mine de découvrir que les bas salaires étaient paradoxalement souvent réservés à celles et ceux dont l’activité était tout à fait essentielle au pays et à nos vies. Avec la passion des nouveaux convertis, des voix s’élevèrent, même dans la majorité, pour convenir qu’il faudrait bien trouver le moyen de reconnaître enfin l’utilité sociale de ces métiers.

Plus d’un an après, que voyons-nous ? Rien, à peu près. Parce que, disons-le, votre prime de 1 000 euros ne répond en rien aux besoins des salariés. Exceptionnelle, elle ne s’inscrit pas dans une reconnaissance durable de leur contribution. Optionnelle, elle dépend du bon vouloir des entreprises et risque de passer sous le nez du plus grand nombre. Défiscalisée et surtout exonérée de cotisations, elle ne contribue pas aux comptes sociaux, alors que le besoin est grand de s’assurer que la création de richesses contribue à les équilibrer.

Madame la ministre, il y a des tabous qu’il faudra bien lever un jour ou l’autre, au premier chef celui des salaires. Abandonnez-vous le dogme d’une économie de l’offre, qui fait du salaire un problème alors qu’il est la solution, y compris à tout ce que vous avez expliqué depuis tout à l’heure ? Convoquez les partenaires sociaux dans le cadre d’une conférence sociale pour relever significativement les bas salaires ; vous savez que c’est une des réponses et une solution aux problèmes dont nous débattons aujourd’hui.

Vous contribuerez à fiabiliser la possibilité d’une reprise tant attendue par l’ensemble des acteurs économiques, vous abonderez les comptes sociaux pour consolider les amortisseurs dont nous avons tant besoin et surtout, vous ferez œuvre de justice sociale. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)

M. le président.

La parole est à Mme la ministre.

Mme Élisabeth Borne, ministre.

Je peux vous assurer que la situation des travailleurs de la deuxième ligne est au cœur de nos préoccupations. Comme vous l’avez rappelé, ils ont été mis en lumière dans la crise : ce sont ces caissières, ces agents de nettoyage, ces éboueurs, auxquels on ne pensait pas forcément avant, dont la crise a montré à quel point ils étaient indispensables au fonctionnement de notre pays.

Je peux vous assurer que le chantier des travailleurs de la deuxième ligne me tient à cœur. C’est bien pour cela qu’il est inscrit à notre agenda social, arrêté dès juillet 2020. C’est un chantier ouvert avec les partenaires sociaux, sur lequel nous voulons avancer pour apporter une réponse structurelle à ces travailleurs. C’est tout le sens des travaux conduits depuis plusieurs mois par deux expertes, qui ont permis de dégager des critères pour identifier les travailleurs visés. Une quinzaine de branches plus particulièrement concernées par ces métiers ont été identifiées : l’activité du déchet, les transports routiers, la boucherie, etc. Notre objectif est désormais d’encourager dans ces branches la négociation d’accords permettant de mieux valoriser les salariés concernés selon plusieurs dimensions : la rémunération, la nature du contrat de travail, l’articulation entre vie privée et vie professionnelle, mais aussi l’accès à la formation et à des parcours professionnels attractifs.

Ce temps de négociation pouvant être long, le Gouvernement a souhaité répondre à l’impatience légitime de ces travailleurs : c’est le sens de la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat, exonérée de prélèvement social et fiscal dans la limite d’un plafond de 1 000 euros, qui a été annoncée par le Premier ministre lors de la conférence sociale du 15 mars dernier. Cette prime peut être portée à 2 000 euros si l’entreprise est couverte par un accord d’intéressement, ou si l’entreprise ou la branche se sont engagées dans des négociations pour valoriser les métiers des travailleurs de la deuxième ligne, ou si elles ont conclu un accord sur le sujet.

Je peux vous assurer qu’au-delà de la prime, dont j’invite les entreprises à se saisir, nous allons poursuivre le chantier de restructuration durable des conditions de travail de ces salariés.

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Jean-Paul
Lecoq

Député de Seine-Maritime (8ème circonscription)

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