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Débat sur la loi de programmation militaire et ses conséquences pour l’indépendance de la France

Au-delà de la loi de programmation militaire, qui propose les budgets militaires de 2019 à 2025, c’est la question de l’armée et des militaires qui se pose. Pourquoi œuvrent-ils ? Quelle mission la nation leur confie-t-elle ?

L’indépendance française commence par des militaires qui disposent d’un équipement de base et d’une solde dûment payée – rien que cela, ce fut très compliqué à obtenir ces dernières années ! Concernant l’équipement de base, notre dépendance vis-à-vis d’autres États en matière de munitions et de fusils d’assaut est choquante. Comment ferons-nous si une crise éclate, et que nos militaires connaissent une pénurie de munitions ?

Depuis 2020, les crises qui créent des ruptures d’approvisionnement ne sont pas seulement militaires ; elles peuvent aussi être sanitaires, mixtes ou numériques. Comment pouvons-nous assurer notre souveraineté militaire, si nous ne sommes pas souverains dans notre capacité à gérer nos données numériques ? Comment faire, si nous n’avons pas d’industrie souveraine dans ces domaines fondamentaux ? Comment faire, à terme, si nos programmes capacitaires sont pris en charge par l’Union européenne, et que notre souveraineté industrielle est éparpillée au sein d’une Union incapable de parler d’une seule voix pour définir ses priorités stratégiques et diplomatiques ?

Somme toute, la seule industrie militaire qui soit quasiment à 100 % française est celle de la dissuasion nucléaire. À l’heure où l’arme atomique est remise en question au niveau mondial, où le traité sur l’interdiction des armes nucléaires est entré en vigueur, et où le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires a du mal à avancer, la France n’a-t-elle pas un train de retard ? N’est-il pas temps d’en finir avec un armement qui utilise près de 15 % du budget total de la loi de programmation militaire, et qui est sans effet ?

Il faut s’interroger sur l’utilité de l’armement nucléaire, pour lequel la France aura dépensé pas moins de 14,5 millions d’euros par jour entre 2019 et 2025. De quel droit quelques puissances s’arrogent-elles la possibilité de détruire et de dominer le monde ? Ne devrions-nous pas investir pour maintenir une industrie de défense crédible dans des armements qui serviraient à défendre le territoire français ? Les compétences techniques dans le domaine du nucléaire, et les moyens financiers qui lui sont consacrés, pourraient plutôt être mis à la disposition de la recherche, par exemple, pour développer la fusion nucléaire civile.

Pour les députés communistes, l’armée ne doit pas être déployée de manière systématique pour protéger nos intérêts géostratégiques et économiques, comme au Sahel, ou pour protéger nos secrets d’État, comme en Libye. Elle doit servir à protéger les Français : c’est ce qu’attendent les militaires. Les gouvernements lancent l’armée dans des guerres depuis les décolonisations ; ce n’est plus acceptable, ni pour les autres peuples, ni pour le peuple français, ni pour les militaires qui perdent trop de camarades sans comprendre les véritables objectifs de leur action. Or, comment protège-t-on les Français ? En surveillant nos frontières maritimes et terrestres. Que dire, également, des moyens du renseignement, autre gage de souveraineté ?

Notre appartenance à l’OTAN est également problématique pour notre souveraineté. Elle nous oblige à déployer nos militaires sur des théâtres d’opérations, qui ne sont pas forcément ceux que souhaite le peuple français. En sortant de l’OTAN, nous aurions davantage de moyens pour protéger notre territoire. Nous possédons le deuxième plus grand espace maritime du monde – nous avons de quoi faire ! Pourtant, en comparaison avec ce que nous dépensons pour l’arme nucléaire, nous n’avons rien pour protéger les eaux françaises contre la piraterie, la pêche illégale ou les dégradations environnementales. Il en est de même pour nos frontières terrestres : les militaires qui défendent la frontière en Guyane, par exemple, et qui luttent contre l’orpaillage illégal, pourraient bénéficier d’importants moyens supplémentaires.

Les députés communistes ont dénoncé votre loi de programmation, parce qu’elle ne répondait pas assez bien aux véritables besoins des soldats, et qu’elle collait trop aux exigences de l’OTAN. Il est grand temps de remettre les choses en place, et de se poser les véritables questions de souveraineté, qu’elle soit militaire ou civile. C’est à ce prix que nous pourrions nous définir comme une grande puissance.

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Jean-Paul
Lecoq

Député de Seine-Maritime (8ème circonscription)

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