Interventions

Evaluation et contrôle du Gouvernement

Débat sur la « feuille de route de l’influence de la diplomatie française »

QUESTION

Monsieur le ministre, ma question vous surprendra peut-être, mais je n’en ai pas fait secret. La diplomatie s’évalue aussi selon les relations que les dirigeants politiques entretiennent avec ceux des multinationales, surtout quand on place l’économie au centre de sa politique extérieure. Or ces relations sont parfois très étroites.

Ma question concerne l’offre d’achat de la multinationale Mediterranean Shipping Company (MSC) au groupe Bolloré Africa Logistics. Bolloré dispose en Afrique d’un empire logistique – ce point n’est plus à démontrer. MSC va racheter Bolloré Africa Logistics, qui détient des milliards d’euros de concessions portuaires et ferroviaires en Afrique de l’Ouest. Comme Bolloré Africa Logistics est surtout un concessionnaire, on est en droit de se demander ce qu’il vend réellement à MSC. En effet, nous savons ce que sont des concessions : dans beaucoup de contrats, la puissance concédante est propriétaire des biens dont elle concède l’exploitation, par exemple un port ou une ligne ferroviaire.

Ainsi, le contrat relatif à l’exploitation de la ligne ferroviaire reliant Abidjan à Ouagadougou, au Burkina Faso, stipule que le concessionnaire doit gérer et exploiter lui-même le service concédé, conformément à la convention de concession, sous peine de déchéance de celle-ci.

Bolloré vend-il donc des biens concédés ? Il s’agit d’une multinationale française : dans quelle mesure suivez-vous ces sujets ? Vous pourriez me répondre rapidement que cela relève du droit privé et ne vous regarde donc pas. Certes, mais vous pouvez aussi répondre qu’il s’agit d’une multinationale française, qui exerce une importante responsabilité en Afrique, en matière de logistique ainsi que pour les liens qui nous unissent aux pays concernés. Or les forces vives des pays en question se demandent ce qu’il y a à vendre, parce qu’elles considèrent que leurs États sont propriétaires des biens concernés.

Il s’agit donc de répondre à des questions. M. Ahoua Don Mello, ancien ministre ivoirien, incite à les poser et affirme qu’il faut se battre pour que ces concessions ne passent pas d’une multinationale à une autre, mais reviennent aux États.

Mme la présidente.
La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Yves Le Drian, ministre.

Vous avez quelque peu anticipé ma réponse.

M. Jean-Paul Lecoq.

Au bout de cinq ans, je commence à vous connaître !

M. Jean-Yves Le Drian, ministre.

Moi aussi ! Dans les fonctions que j’occupe, je ne peux pas faire de commentaires sur des négociations entre entreprises privées, encore moins dans le cas que vous évoquez, puisque des procédures judiciaires sont en cours. J’ajoute qu’il s’agit de concessions que des États ont délivrées à des partenaires qu’ils ont choisis en toute souveraineté. Le ministère de l’Europe et des affaires étrangères n’a pas à intervenir dans ce type de négociations.

Toutefois, votre question concerne aussi l’importance des infrastructures de qualité en Afrique, lesquelles seront le grand sujet de demain.

M. Jean-Paul Lecoq.

Il est extraordinaire !

M. Jean-Yves Le Drian, ministre.

Faute d’infrastructures, moins de 15 % des pays africains entretiennent des relations commerciales entre eux ; les projets d’intégration élaborés par la zone de libre-échange continentale africaine, la ZLECAF, dont les États africains ont décidé la réalisation le 1er janvier dernier, ne pourront pas être menés à bien, faute de moyens de commercer à l’intérieur de l’Afrique. Le commerce est possible avec l’extérieur, mais pas à l’intérieur.

Ce point constitue l’un des enjeux du sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine (UE-UA), qui aura lieu à Bruxelles dans quelques jours. Il s’agit de mobiliser des financements européens pour construire des infrastructures de qualité en Afrique, et répondre ainsi à une demande forte des Africains.

Les besoins sont colossaux : la Banque africaine de développement considère qu’il faudrait 170 milliards de dollars par an pour y satisfaire. C’est un enjeu majeur et votre question m’a offert l’occasion d’évoquer ce défi que nous devons relever avec les Africains.

Imprimer cet article

Jean-Paul
Lecoq

Député de Seine-Maritime (8ème circonscription)

A la Une

Thématiques :

Affaires économiques Lois Finances Développement durable Affaires sociales Défense nationale Affaires étrangères Culture et éducation Voir toutes les thématiques