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Evaluation et contrôle du Gouvernement

Débat sur la « feuille de route de l’influence de la diplomatie française »

Cette feuille de route est jolie, mais elle est totalement vide de sens. Une simple lecture attentive conduit à relever deux éléments qui invalident l’intérêt même de cette démarche : à la toute première page, dans l’avant-propos, figure une citation de M. Le Drian selon laquelle « Il n’y a plus de soft power, il n’y a plus que du hard » ; à la page 63, il est précisé que « l’adaptation du réseau passe aussi par la pleine prise en compte des enjeux économiques » et que « la diplomatie économique est, en effet, l’un des piliers de la politique diplomatique française. »

Entrons davantage dans le détail de ce document : les lignes de force qu’il énumère renvoient à une hypocrisie absolue.

La première porte sur la défense d’un « nouvel humanisme ». Entre les prisonniers politiques sahraouis ou palestiniens et les travailleurs quasi-esclaves au Qatar que vous refusez de soutenir et les multinationales que vous autorisez à faire ce qu’elles veulent en Afrique, il y a de quoi s’interroger. Votre « nouvel humanisme », c’est ce que nous appelons du néolibéralisme cynique.

La deuxième ligne de force invoque les droits humains. Lorsque l’on voit les efforts déployés par la diplomatie française pour amoindrir la force du processus EWIPA – Explosive Weapons in Populated Areas – qui vise à limiter l’usage des armes explosives en zones peuplées, on se rend compte à quel point le décalage entre vos ambitions et la réalité du terrain est inquiétant.

Il en va de même pour la défense de la laïcité, page 39. Je me suis demandé si cela avait à voir avec votre soutien sans faille aux théocraties du Golfe qui financent le djihadisme ou bien avec la mise en place de partenariats privilégiés d’HEC au Qatar ou de Sorbonne Université à Abu Dhabi. Les vrais défenseurs de la laïcité apprécieront !

Après les lignes de force, viennent les priorités stratégiques. Là encore, nous n’en sommes plus à une contradiction près. La première est « la langue française au service du plurilinguisme ». On a du mal à croire que la bataille de la francophonie puisse être encore livrée, compte tenu des noms choisis pour certaines initiatives diplomatiques : « One Planet Summit », « Choose France », « French Tech », « Team France Invest » et j’en passe.

À la page 58, on apprend aussi que l’influence française passe par un partenariat noué avec les Émirats arabes unis autour de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (ALIPH). Pardonnez-moi, mais en lisant cela, j’ai failli m’étouffer ! Comment le vendeur d’armes et le canonnier peuvent-ils faire croire qu’ils se préoccupent du patrimoine au Yémen, entre autres, alors qu’ils contribuent à détruire, affamer et assoiffer cet État et son peuple depuis près de six ans ? Un tel cynisme dépasse l’entendement !

La seule boussole de la diplomatie française, c’est son portefeuille. Vous bâclez la définition des vrais enjeux et vous occultez les vrais besoins. Rien n’est dit des piliers sur lesquels doit reposer l’influence de notre pays, piliers que les députés communistes ont défendus depuis le début de la législature – cela fait cinq ans, monsieur le ministre, que vous m’entendez les rappeler.

Il s’agit d’assurer le respect absolu du droit international, de mettre fin aux accords économiques dévastateurs pour les pays du Sud, d’utiliser l’influence française pour contribuer à réformer et démocratiser les Nations unies, notamment en favorisant les États africains, d’accroître notre réelle influence culturelle, artistique, scientifique, éducative autour du développement de coopérations sincères – notre pays a joué ce rôle par le passé et c’est sans doute ainsi qu’il a gagné la plus grande influence dans le monde. Il s’agit aussi – combien de fois ne l’a-t-on pas répété dans cet hémicycle – de lever les brevets sur les vaccins contre le covid afin que la France participe à l’amélioration de la santé mondiale, d’orienter l’aide publique au développement vers la construction de services fiscaux, base de la souveraineté étatique et outil indispensable pour permettre à chaque pays du Sud de lutter contre les flux financiers illicites, l’évasion fiscale, et faire en sorte que les entreprises multinationales paient leurs impôts à leur juste valeur afin de nourrir le développement économique.

Le programme électoral que défend Fabien Roussel promeut une véritable influence, destinée à faire vivre la liberté et les droits humains, et non pas à laisser prospérer notre complexe industrialo-militaire – auquel nous pourrions confier d’autres productions utiles à notre pays – au détriment de la crédibilité de nos diplomates en poste à l’étranger. Ces derniers ont joué un rôle extraordinaire à l’occasion de nombreux moments critiques, notamment pendant la pandémie, et je vous demande, monsieur le ministre, de bien vouloir leur transmettre, ainsi qu’à tous vos services, les salutations du groupe communiste.

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Jean-Paul
Lecoq

Député de Seine-Maritime (8ème circonscription)

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