Interventions

Débat sur l’impact de la crise sur la jeunesse

Depuis le début de la crise sanitaire, un million de personnes supplémentaires ont basculé dans la pauvreté, et les jeunes viennent jour après jour grossir les rangs de ces nouveaux pauvres. Pour les étudiants, la déshumanisation des cours à distance ajoute à la détresse, tandis qu’ils doivent faire face à des services de santé universitaire aux abois. La chaîne des banques alimentaires destinées aux jeunes et aux étudiants n’a de cesse de s’allonger, et les promesses du Gouvernement se suivent mais ne se tiennent toujours pas.

Tout en l’aggravant, la crise n’a fait que mettre en lumière une précarité étudiante présente depuis bien trop longtemps. Le budget moyen par étudiant ne cesse de baisser depuis dix ans, et cette année, il passe sous le seuil des 10 000 euros. Ce sont 20 % des étudiants qui vivent sous le seuil de pauvreté, et 46 % qui travaillent habituellement à côté de leurs études.

Malnutrition, détresse psychologique, décrochage scolaire : sans nul doute, la crise sanitaire aura des effets au long cours sur les jeunes. Pour commencer, je voudrais demander au Gouvernement de les écouter et de les considérer, plutôt que d’accompagner un mouvement de haine qui, ces derniers temps, s’est propagé à l’encontre d’un syndicat étudiant et de sa présidente qui agissent pourtant en faveur des jeunes.

Au coeur de la précarité de la jeunesse, le mal-logement tient une place de premier plan. Le logement, c’est le premier poste de dépenses d’un étudiant : il représente 69 % de son budget. Alors que les loyers des étudiants ne cessent d’augmenter, le Gouvernement impose une réforme de casse des APL – aides personnalisées au logement. En janvier, le calcul des APL a été modifié : elles sont désormais calculées en temps réel, c’est-à-dire en se basant non plus sur les revenus de l’avant-dernière année, mais sur ceux des douze derniers mois, avec une actualisation trimestrielle. De nombreux jeunes, étudiants ou en contrats d’alternance, sont pénalisés par ce mode de calcul. Cette réforme n’est pas qu’un ajustement comptable : elle a des effets sur le réel, sur la vie de milliers de jeunes qui ont du mal à joindre les deux bouts.

La pétition lancée par l’une d’entre eux, Clémentine Béguier, a permis de recueillir des témoignages éloquents qui laissent entrevoir la grande précarité dans laquelle cette réforme laissera certains jeunes. Elle souhaite d’ailleurs pouvoir remettre cette pétition à Mme Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du logement, et j’espère que vous pourrez, madame la secrétaire d’État chargée de la jeunesse et de l’engagement, plaider en sa faveur. Certains jeunes ont perdu une part importante – voire l’intégralité – de leur aide, d’autres ont même dû quitter leur logement. Avec cette réforme, vous réalisez des économies sur le dos des plus pauvres et des plus vulnérables.

Dans son rapport annuel sur l’état du mal-logement en France, la Fondation Abbé Pierre dénonce les attaques incessantes que vous menez depuis le début du quinquennat contre les APL : coupe de 5 euros par mois en 2017, désindexation régulière par rapport à l’inflation depuis 2018, réduction du loyer de solidarité, suppression de l’APL accession. Depuis 2017, le Gouvernement aurait économisé 10 milliards d’euros sur les APL. Le groupe communiste et de nombreux étudiants exigent le retrait de la réforme et la revalorisation des APL pour l’ensemble des allocataires.

L’amélioration de la condition des jeunes et des étudiants passe également par le développement d’une offre de logements adaptée. Le nombre de logements accessibles aux étudiants reste encore inférieur aux besoins, notamment en région parisienne, d’autant que la population étudiante croît plus vite que le parc des CROUS, les centres régionaux des oeuvres universitaires et scolaires. Le pourcentage d’étudiants boursiers bénéficiant d’un logement social ne progresse pas : entre 2013 et 2017, seuls 40 000 logements destinés aux étudiants ont été construits. Le Gouvernement a décidé de lancer un nouveau plan quinquennal de 60 000 logements étudiants, mais compte tenu des besoins révélés par la crise, il est indispensable d’achever ce plan dans les meilleurs délais et de poursuivre cet effort dans la durée. C’est le sens de l’une des propositions formulées par ma collègue Marie-George Buffet à l’issue des travaux de la commission d’enquête précitée sur les enfants et la jeunesse face au covid-19, dont elle était la rapporteure. Nous avons également inscrit cette mesure dans la proposition de loi relative au logement et à la solidarité envers les étudiants, qui vise à mettre en adéquation le nombre de places en logement universitaire et le nombre d’étudiants boursiers, garantissant ainsi un meilleur accès à l’enseignement supérieur. Il faut d’urgence un plan d’1,5 milliard d’euros pour financer une augmentation immédiate des bourses et des aides au logement.

Nous vous demandons d’être à la hauteur, de considérer les jeunes et de les écouter humblement, car ils ont des revendications, des revendications sérieuses. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. – Mme Sylvie Tolmont applaudit aussi.)

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Elsa
Faucillon

Députée des Hauts-de-Seine (1ère circonscription)

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