Interventions

Débat consacré au suivi de la crise sanitaire

Un an a passé, et un peu plus. Un an que nous sommes aux prises avec ce virus qui secoue l’humanité tout autour de la planète. Un an que nous sommes empêchés de nous toucher, de nous embrasser, de nous retrouver, de nous projeter. Un an que nous vivons au ralenti dans une forme de repli. Un an que nous voyons partir autour de nous des êtres chers. Une épreuve majeure dans l’histoire du genre humain.
Pour personne, l’heure n’est à fanfaronner. Nous sommes toutes et tous rappelés à cette vertu si essentielle et si peu usitée qu’est l’humilité. En revanche, nous avons le devoir de débattre et de confronter les points de vue, car ce sont bien des choix politiques qui sont à l’ ?uvre. Les temps de crise, au moins autant que les temps ordinaires – si tant est que nous en ayons eu beaucoup dans notre histoire récente –, appellent des choix qui s’inscrivent dans des visions du monde. Or, les choix qui se déploient sous nos yeux – ou plutôt qui, bien souvent, nous pleuvent dessus – demeurent bien souvent dans l’ordre néolibéral. Pour des raisons pratiques, la puissance publique a été profondément affaiblie. Pour des raisons idéologiques, le Gouvernement croit au marché, le foisonnement du marché est en quelque sorte son grand rêve, et c’est cela qu’il nomme liberté.

Cette orientation continue de nous placer dans une situation de fragilité accrue. C’est le cas dans la gestion du vaccin où, en réalité, nous sommes toujours soumis aux fabricants par le biais de contrats d’achat dont les termes sont tenus secrets. Alors que la victoire sur la pandémie exigeait un effort de production mondiale, une mise en commun des progrès et le renoncement aux profits sur la pandémie, nous sommes restés dans ce moule capitaliste, au lieu de travailler à ce que la puissance publique prenne la main au nom de l’intérêt général.

Oui, nous aurions pu, ici et ailleurs, produire plus de doses pour notre bénéfice commun, et plus rapidement, mais ce choix n’a pas été fait. On a même entendu dire, ces derniers jours, que nous avions désormais assez de doses – j’espère que ce n’est pas cela que vous êtes venu nous expliquer ! L’enjeu, nous le connaissons : ne pas créer de précédent et en rester à cette organisation du monde où quelques grands groupent se mènent la guerre et sont plus puissants que des États, et où nous sommes réduits à passer ou à ne pas passer les plats.

Cette situation appelle à changer l’ordre des choses. La crise est venue confirmer, s’il le fallait, que c’est une urgente nécessité, et nous aurions pu nous en saisir pour cela. En attendant, elle se prolonge.

Il faut saluer l’ensemble des femmes et des hommes mobilisés au quotidien dans de nombreux endroits de notre pays, mais que dire de la situation des hôpitaux, qui étaient déjà dans une crise profonde avant la survenue du virus. Si vous avez dû lâcher du lest à propos de mesures de rattrapage partiel à l’occasion du Ségur, notre capacité hospitalière n’a pas été renforcée depuis un an. Vous nous annoncez des chiffres qui sont des constructions théoriques mais, en réalité, vous adoptez des logiques de vases communicants fondées principalement, au stade où nous en sommes, sur des déprogrammations. Les mesures suffisantes n’ont pas été prises pour former les infirmières à la réanimation et pour ouvrir des lits pérennes. Qui plus est, certains hôpitaux ont continué à fermer des lits d’hospitalisation et la déclinaison des annonces de recrutement semble tarder à faire sentir ses effets.

Il eût fallu une gestion moins présidentialisée et moins verticale, plus transparente. Il eût fallu rechercher, non pas l’obéissance, mais plutôt l’adhésion, ce que vous avez tardé à faire. Il eût fallu, dans la mesure du possible, s’efforcer de mieux préserver des essentiels, même réduits et adaptés, et construire avec les forces vives les ressorts qui nous sont indispensables.

Notre société continue de ployer sous les inégalités et une crise économique et sociale majeure pointe son nez, qui touche particulièrement – mais pas exclusivement – les jeunes, pour lesquels on attend des mesures appropriées. Nous demandons que le plan de relance fasse l’objet d’un véritable suivi national et local, pour qu’il permette réellement la bifurcation écologique et sociale dont nous avons besoin. Notre société se bat, mais elle souffre. Nous savons que la situation est d’une grande complexité et d’une profonde gravité, et qu’à chaque étape, il faut se réviser et s’adapter. Nous appelons à renforcer et à étoffer notre stratégie de prévention avec les tests et la vaccination de proximité, et à renforcer nos outils publics, y compris numériques, pour mieux faire face.

S’il s’est trouvé ou s’il se trouve dans cet hémicycle des gens pour vous dire que vous avez presque tout bien fait, pour notre part, sans esprit de boutique, nous ne le pensons pas. Vous avez fait des choix politiques. C’est pour nous un devoir impérieux et une responsabilité éminente, tout simplement, que de les discuter et de vous dire qu’il est temps de changer de cap, de nous hisser à la hauteur du défi qui nous est lancé, de nous laisser interroger par la situation et d’entrer dans une nouvelle ère pour l’humanité. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, SOC et FI.)

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Pierre
Dharreville

Député des Bouches-du-Rhône (13ème circonscription)

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