Interventions

Débat consacré à l’Europe

S’il est encore difficile de tirer les conclusions définitives de la crise que nous traversons, je crois néanmoins, à ce stade, pouvoir formuler deux observations.

La première concerne notre pays : avant tout, cette crise aura révélé l’état réel de la puissance publique. Chacun a désormais pu constater que les politiques libérales appliquées sans discontinuer depuis vingt ans ont eu des effets délétères sur nos services publics et nos capacités d’action ; à force d’austérité budgétaire, de privatisations, de désindustrialisation, les gouvernements successifs ont mis en lambeaux la France du Conseil national de la Résistance, et l’État providence qu’elle impliquait. Nos concitoyens en font quotidiennement l’amère expérience !

Ma deuxième observation concerne l’Union européenne, qui, elle aussi, a sévèrement échoué à amortir cette crise. Ce n’est pas étonnant : depuis la ratification du traité de Maastricht, nous n’avons cessé de dénoncer cette Europe où les peuples, la solidarité, sont aux abonnés absents, où les traités font la part belle à une concurrence exacerbée. Depuis Maastricht, nous protestons contre la philosophie ultralibérale qui consiste à prétendre que moins l’État agit, mieux on se porte !

C’est cette absurde philosophie, hélas, qui anime l’Union européenne telle que nous la connaissons aujourd’hui ; dès lors qu’elle est amenée à faire autre chose que concrétiser les principes de l’ordolibéralisme, elle succombe sous le poids de ses propres turpitudes. (M. Jean-Luc Mélenchon applaudit.) J’en veux pour preuve deux initiatives récentes où elle se trouvait à la man ?uvre : le plan de relance et le plan de vaccination.

Commençons par évoquer cette relance qui, contrairement à ce que l’on a affiché, constitue indéniablement une défaite pour la France. Les pays frugaux ont beaucoup obtenu : la baisse de leur contribution au budget de l’Union, celle du montant total des subventions, et surtout l’obligation de réaliser des réformes structurelles pour bénéficier des crédits européens.

Concrètement, cela signifie que le plan de relance français est au mieux sous-dimensionné, au pire un plan d’austérité budgétaire déguisé ! Quelques chiffres : contributeur net au budget européen, la France devra rembourser 40 milliards d’euros ; sur les 60 milliards restants du plan, 30 milliards étaient déjà provisionnés.

Nous recevrons donc 30 milliards pour compenser la perte de 230 milliards, 10 % de notre produit intérieur brut – PIB. (M. Jean-Paul Dufrègne applaudit.)

C’est insensé ! Mais le pire reste à venir. La Commission européenne échange actuellement avec les États membres au sujet des conditions exigées pour bénéficier du plan de relance européen. Cela nous a valu de découvrir qu’elle estimait l’économie allemande trop peu libéralisée pour mériter ces crédits. Qu’en sera-t-il de l’économie française ? Faudra-t-il une réforme des retraites que la majorité des Français refuse ? Un rabougrissement de l’assurance chômage ? Des privatisations à tous crins ? Tout cela, chers collègues, se fera avec le consentement de votre majorité. Les oripeaux du bon berger ne dissimuleront pas longtemps les technocrates bruxellois, ces loups de l’austérité budgétaire. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.)

Venons-en au plan de vaccination. De l’aveu même de la présidente de la Commission, la campagne a très mal débuté. La France en constitue un bel exemple.

Signature tardive des contrats, mauvaise coordination des livraisons : la politique sanitaire européenne est aujourd’hui raillée dans le monde entier, et ses dysfonctionnements obligent les États membres à recourir à d’autres moyens. Ainsi, pour éradiquer le covid-19, l’Allemagne en arrive à fermer ses frontières et à se quereller avec Bruxelles, qui ne comprend pas pourquoi cette mesure, pourtant essentielle au contrôle d’une épidémie, a pu être prise sans son accord. La Hongrie se fait livrer des vaccins chinois ; l’Angleterre, cette insolente qui a osé quitter le navire, se trouve très en avance sur nous, au point que son parlement débattra bientôt d’une reprise de la vie normale.

Inutile de poursuivre cet inventaire à la Prévert : l’Union européenne rédige aujourd’hui la chronique de son échec, si ce n’est celle d’une mort annoncée. De toute évidence, la crise aura permis aux peuples européens de la voir telle qu’elle est, loin des fables européistes que l’on nous raconte à longueur de temps. Sauf les financiers que vous défendez, personne ne veut plus de cette Union-là ! Si rien n’est fait pour sortir de ce qu’Alain Supiot appelle joliment « un sommeil dogmatique », provoquer un électrochoc démocratique, social, écologique et économique, renverser la table ; si, pour paraphraser le général de Gaulle, vous continuez à sauter comme des cabris en répétant « L’Europe, l’Europe, l’Europe ! », alors je suis persuadé que le coronavirus emportera plus que des vies humaines. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.)

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André
Chassaigne

Président de groupe
Député du Puy-de-Dôme (5ème circonscription)

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