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Stratégie nationale de prévention sur le chemsex (PPR)

La proposition de résolution que nous examinons cet après-midi est une initiative bienvenue et surtout très attendue. Bien évidemment, je le dis d’emblée, le groupe de la Gauche démocrate et républicaine la soutiendra. Je remercie notre collègue Brigitte Liso de s’être saisie de ce sujet sensible qui porte sur l’intimité, sur la pratique de la sexualité et sur la consommation de drogues.
Apparu en France il y a une quinzaine d’années, le chemsex fait souvent les gros titres des pages « faits divers » de la presse, et des événements récents impliquant des personnalités ont davantage encore marqué l’opinion publique. En s’emparant de ce sujet, les médias ont souvent abordé le chemsex sous l’angle de la morale et du procès d’intention, alors qu’il s’agit avant tout d’une addiction qui doit être traitée comme telle, compte tenu de ses effets dévastateurs sur la santé mentale et physique et des dangers découlant des conduites à risques qu’elle engendre.
Cette pratique est aujourd’hui très difficile à quantifier car outre son problème de définition, elle est surtout sous-diagnostiquée et plus encore sous-déclarée, sachant qu’à la réticence de faire part de sa consommation s’ajoute la honte de décrire le contexte dans lequel celle-ci s’inscrit. En 2022, le professeur Amine Benyamina a rendu un rapport fourni sur le sujet au ministre de la santé, alertant sur la nécessité d’élaborer et d’appliquer rapidement un plan de santé publique, et formulant vingt et une recommandations, toutes largement partagées par le corps médical et par la communauté scientifique.
Toutefois, l’instabilité politique, le manque d’argent et le désintérêt pour le sujet ont eu raison de ce travail. Je le regrette : en agissant, nous aurions probablement pu éviter des drames et dissuader les nouveaux consommateurs.
En tout état de cause, le phénomène n’est pas marginal. D’après les associations et les professionnels de santé, il tend même à se développer : entre 100 000 et 200 000 personnes pratiqueraient le chemsex en France. Ces chiffres incluant des personnes de toutes orientations sexuelles, on ne peut cantonner ce fléau à une partie de la société. Le chemsex est là et il va gagner du terrain si nous ne faisons rien.
La consommation des substances psychoactives spécifiques à cette pratique engendre par leur nature même des addictions, une altération voire une disparition du consentement, ainsi que des effets délétères multiples et rapides sur la santé physique et mentale.
Il s’agit donc bien d’une question de santé publique. Outre des addictions, le chemsex peut entraîner divers troubles psychocomportementaux tels que des crises de paranoïa, de panique, d’hallucinations, de délire ou de dépression. Par leurs effets, les produits conduisent à un relâchement des mesures de protection, ce qui accroît le risque de contracter une infection sexuellement transmissible comme le VIH ou une hépatite.
C’est d’autant plus dramatique que les scientifiques qualifient les substances utilisées d’entactogènes, c’est-à-dire qu’elles altèrent le consentement de l’usager, qui aura plus tendance à accepter des pratiques à risque. Comme dans toute addiction, les consommateurs se retrouvent pris dans un tourbillon, quand bien même ils pensent maîtriser la situation. L’isolement social, l’incapacité à se rendre au travail, la paranoïa et le besoin de produits coûteux bouleversent le quotidien et créent une situation dont il est très difficile de se sortir seul.
Le chemsex n’est pas le problème d’une minorité désignée comme telle, mais un véritable enjeu de santé publique. L’État doit donc s’emparer pleinement du sujet, sans stigmatiser quiconque. Souvenons-nous de la lutte contre le sida ! À son apparition, la maladie a été considérée comme une épidémie des marges et la communauté homosexuelle a été stigmatisée ; par la suite, il a été démontré qu’une transmission hétérosexuelle se développait simultanément.
Il y a donc urgence à briser le tabou qui entoure le chemsex, afin de mieux prévenir les risques. La proposition de résolution appelle les pouvoirs publics à construire une politique nationale permettant de lutter efficacement contre les dangers sanitaires et sociétaux ainsi que contre les risques individuels de cette pratique. Tout cela étant indispensable, mon groupe votera en faveur de ce texte. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP, SOC et EcoS, ainsi que sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)

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