Interventions

Reconnaître et prendre en charge les complications à long terme de la covid-19

Depuis un an, l’humanité subit une crise sanitaire sans précédent. Cette situation appelle partout une mobilisation majuscule. Si cet événement nous a placés face à de nombreuses inconnues, force est de constater que la puissance publique a peiné à se hisser à la hauteur. Elle a d’autant plus été à la peine qu’elle a été profondément affaiblie par des décennies de politiques néolibérales. Situation de l’hôpital, stocks de masques, campagne de tests et stratégies vaccinales en sont des manifestations préoccupantes.

En préambule, je voudrais insister sur deux points : le sentiment de révolte tout d’abord que peut provoquer l’existence de profits sur la pandémie : si je m’en fais l’écho, c’est parce qu’au-delà de leur caractère insupportable au plan de l’éthique, ces profits se feront toujours au détriment de la prise en charge. Le sentiment d’abandon ensuite qui peut exister notamment chez celles et ceux qui ont subi les assauts prolongés du virus, auquel s’ajoute une réelle difficulté à se faire entendre. Tout cela renforce, à mes yeux, la nécessité d’agir pour que les médicaments et vaccins soient résolument placés dans l’ordre des biens communs de l’humanité, pour ne pas ajouter des inégalités aux inégalités.

En effet, nous sommes inégaux devant le virus covid-19 : certains de ceux qui le contractent éprouvent des symptômes lourds alors que d’autres n’en ressentent aucun ; certains en subissent les effets dans la durée tandis que d’autres n’en gardent aucune séquelle. Pendant un temps, ces symptômes durables, qui peuvent être invalidants et perturbants, sont restés dans l’ombre. Ils appellent pourtant une véritable reconnaissance, une prise en charge et un accompagnement effectifs, comme y insistait Caroline Fiat, il y a quelques instants.

Physiologiques et psychologiques, ces complications persistantes renvoient à un constat : plus de 30 % des malades ont encore des symptômes après six semaines, voire après plusieurs mois. Hier, l’OMS s’est penchée sur la question et selon la responsable de la riposte au covid-19, « il faut mieux comprendre la cause pour que nous puissions améliorer la prévention, la gestion et les façons de la soigner ».

Sans attendre, des médecins et des chercheurs mettent d’ores et déjà en commun leurs connaissances. Ces recherches sont essentielles à une meilleure appréhension de ces pathologies et au développement de réponses pharmaceutiques. D’ailleurs, la HAS recommande de financer des travaux de recherche pour répondre aux nombreuses questions scientifiques qui demeurent sur ces symptômes et la façon de les traiter. Notre pays compte de nombreux chercheurs de haut niveau. Ils ont été malmenés depuis des années, sommés de se plier à des systèmes d’évaluation et de financement complètement décalés par rapport à leurs pratiques et aux enjeux. Et nous ne sommes pas sortis de cette logique, que la loi de programmation pluriannuelle pour la recherche vient encore renforcer. Je signale au passage que, d’après le Conseil économique, social et environnemental, la recherche aurait nécessité un budget de 6 milliards d’euros pour l’année 2021. La recherche en France est en grande souffrance, mais comment ne pas être rassurés par les missi dominici de Mme la ministre qui vont mettre hors d’état de nuire les agents du complot politique qui s’y joue, peut-être même jusque dans nos laboratoires de biomédecine ? LOL ! (Sourires.)

Pour ce qui est du suivi des patients, la HAS a recommandé, la semaine dernière, « une approche personnalisée coordonnée par le médecin traitant et une place centrale pour la rééducation, notamment respiratoire ». Ces recommandations impliquent bien sûr d’outiller les médecins traitants pour l’accompagnement de ces patients, mais aussi de reconnaître le covid long comme une affection de longue durée afin de permettre une prise en charge intégrale et de ne pas en faire, là encore, un nouveau terrain d’inégalités.

Enfin, s’agissant de la reconnaissance en tant que maladie professionnelle, le périmètre déterminé par le tableau est restreint et il a fait l’objet de nombreuses critiques. Lorsque les effets de la maladie s’installent dans la durée alors que, du fait de son poste de travail, la personne a été particulièrement exposée, il faudrait que la reconnaissance soit établie. Cela demande une volonté politique, jusqu’ici embryonnaire. Christian Hutin et Régis Juanico ont formulé une proposition concrète, qui sera débattue en séance demain.

En définitive, si l’on peut partager les belles intentions de cette résolution, et même vous en savoir gré, on s’interroge sur ses raisons politiques. Nous sommes persuadés qu’elle est née d’un souci sincère, mais cela ne suffit pas à justifier votre démarche. Un désaccord avec le Gouvernement ? Un désir d’affichage ? On ne sait que penser et l’on se demande s’il ne s’agit pas d’une pétition de principe et d’une politique de la bonne conscience.

Le Gouvernement a les moyens d’agir, ou en tout cas il devrait se les donner. Nous retiendrons avec mansuétude que le sujet est, pour la majorité aussi, sur la table ; il y sera encore après le vote de cette résolution. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. – M. Christian Hutin et Mme Justine Benin applaudissent également.)

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Pierre
Dharreville

Député des Bouches-du-Rhône (13ème circonscription)

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