Protection et souveraineté agricoles
Publié le 19 mai 2026En entamant l’examen de ce projet de loi – le dernier texte ayant directement trait aux enjeux agricoles que nous examinerons avant les échéances électorales de 2027 –, nous ne pouvons que dresser un constat inquiétant de la situation dans laquelle se trouve l’agriculture de notre pays. Inquiétant, d’abord, eu égard aux divisions, aux fractures de plus en plus profondes qui traversent le monde agricole. Inquiétant, aussi, après une décennie – évitons l’amnésie politique, madame la ministre – durant laquelle les gouvernements qui se sont succédé ont d’abord accompagné les politiques libérales imposées au secteur agricole, avant de redécouvrir sur le tard les vertus de la souveraineté alimentaire, tout en prenant soin d’en édulcorer la dimension démocratique et transformatrice. Mais le plus inquiétant dans la politique agricole menée sous la présidence d’Emmanuel Macron, c’est qu’elle a considérablement retardé l’accompagnement de tous les agriculteurs français vers une agriculture plus durable ; le plus inquiétant, c’est ce refus constant de doter à nouveau l’État et l’Union européenne de puissants outils d’intervention, de régulation et de gestion publique, outils structurels plus indispensables que jamais pour faire face aux immenses défis qui s’avancent vers nous.
Ces grands défis, ces grandes urgences agricoles devraient pourtant nous rassembler tous ici.
Défi alimentaire : la croissance sans précédent des importations agricoles et alimentaires au cours des dix dernières années, corollaire d’un taux d’auto-approvisionnement historiquement bas pour de nombreuses filières, entraîne une dégradation de la qualité de l’alimentation des Français.
Défi générationnel : avec la perte de 100 000 exploitations, ce sont un quart de nos fermes qui ont encore disparu ces dix dernières années, sans parler de la perspective que dessine le départ en retraite de près de 50 % des exploitants au cours des dix années à venir.
Défi économique : l’insuffisance chronique des revenus d’une majorité des agriculteurs et la volatilité sans précédent des prix d’achat des productions minent la pérennité des exploitations familiales. Voilà les principales contraintes qui entravent la profession et empêchent la transformation de nos systèmes de production !
Défi de l’adaptation aux conséquences du changement climatique et de la perte accélérée de la biodiversité : il faut faire face aux pressions croissantes qui s’exercent et vont s’exercer toujours plus sur nos agrosystèmes du fait des aléas climatiques et des nouvelles menaces sanitaires et environnementales.
Défi agronomique et agroécologique : nous devons trouver en peu de temps les conditions d’une agriculture du XXIe siècle productive, rémunératrice, saine et durable dans l’ensemble du territoire métropolitain comme dans les outre-mer. Il faut nous défaire des dépendances les plus coûteuses en matière d’intrants, de pesticides, de mécanisation et d’énergie, ainsi que de charges financières de plus en plus lourdes.
En tant que députés communistes, qui défendons depuis toujours un modèle d’exploitation familiale à taille humaine, basé sur un tissu dense de fermes présentes dans l’ensemble des territoires, nous estimons que la réponse à ces défis ne peut passer par une course sans fin à la compétitivité prix et par un alignement structurel sur la concurrence internationale, même par petites touches, même par petits pas législatifs, comme le prévoient malheureusement certains articles de ce texte. Nous refusons d’accompagner ce glissement vers des structures de plus en plus spécialisées, toujours plus grandes, toujours plus capitalistiques, caractérisées par une externalisation croissante du travail agricole. Cette fuite en avant n’est pas la réponse adéquate aux défis que nous venons de soulever.
Au contraire, nous sommes convaincus que c’est cette logique de mise en concurrence permanente des agricultures qui nourrit la baisse du nombre d’exploitations et la pression sur les prix d’achat, et finit par remettre en cause la qualité des productions comme la sécurité alimentaire des Français.
Nous abordons malgré tout l’examen de cette voiture-balai législative en étant, comme toujours, ouverts et constructifs vis-à-vis des mesures qui nous paraissent constituer des avancées. C’est le cas de l’amélioration du cadre des négociations commerciales, dans le prolongement des lois Egalim, de l’amélioration des Safer ou du renforcement du sourcing européen des produits proposés en restauration collective.
D’un autre côté, nous resterons extrêmement vigilants et déterminés à faire face aux mesures régressives que le texte pourrait comporter, notamment sur le plan environnemental. Sur ce point, je terminerai en citant l’exemple le plus inquiétant : ce sont les mesures que votre gouvernement tente d’imposer en matière de gestion de l’eau – notamment par le dépôt de nouveaux amendements en séance en vue de rétablir ce que les députés ont supprimé en commission. Toute tentative de passage en force pour contourner le cadre actuel de la gestion concertée de l’eau par bassin versant serait un contresens politique majeur. (M. Dominique Potier applaudit.) Si ces mesures devaient trouver ici une majorité, nous sommes convaincus qu’elles ne feraient que renforcer la défiance et les conflits d’usage dans les territoires (Même mouvement), alors même que nous avons plus que jamais besoin d’une gestion démocratique, partagée et multi-usages de la ressource en eau. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et EcoS. – M. Dominique Potier applaudit également.)