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Loi de financement de la Sécurité sociale - Lect déf

Le budget de la sécurité sociale pour 2021 aurait pu être l’occasion d’un virage politique majeur dans un contexte de crise sanitaire sans précédent. C’était l’occasion de rompre avec les politiques néolibérales et austéritaires des trente dernières années, qui ont abîmé l’hôpital public et le personnel soignant. C’était l’occasion d’afficher une grande ambition pour le service public hospitalier. C’était l’occasion d’inventer de nouvelles solidarités pour celles et ceux qui subissent de plein fouet la crise économique.

Hélas, dans les faits, c’est le budget des occasions manquées. Rattrapé par les circonstances, incapable d’anticiper la deuxième vague, le Gouvernement se contente de parer au plus pressé pour limiter les dégâts sanitaires et sociaux de la pandémie de covid-19. Preuve de cette improvisation, les prévisions budgétaires ont été retouchées à trois reprises lors de la discussion de ce texte au sein des deux chambres du Parlement.

Entre vos annonces et la réalité vécue sur le terrain par le personnel soignant, le décalage n’aura jamais été aussi grand. Vous promettez des revalorisations pour l’ensemble des agents hospitaliers dans le cadre du Ségur de la santé, mais elles sont aussi insuffisantes que partielles. Selon la Fédération hospitalière de France – FHF –, 55 000 agents hospitaliers – principalement des personnels exerçant dans le secteur médico-social et social – sont ainsi exclus des augmentations salariales.

Vous annoncez par ailleurs 15 000 recrutements pour l’hôpital public, mais quand on y regarde de plus près, il s’agit pour moitié de recrutements faits sur des postes vacants et pour moitié de véritables créations de postes. À quand un grand plan de formation et d’embauche ? Il faudrait procéder dès maintenant à 40 000 embauches supplémentaires pour couvrir les besoins dans les services et ensuite programmer un plan massif d’embauches…

On peut faire le même constat en ce qui concerne les lits d’hospitalisation. Vous promettez la création de 4 000 lits à la demande, mais vous en avez fermé 7 600 depuis le début du quinquennat, et l’hôpital a perdu 100 000 lits en trente ans. Le pire, c’est que les suppressions de lits d’hospitalisation continuent dans les hôpitaux pendant la crise sanitaire. Comme le révèle une enquête du site d’information Bastamag, 200 lits viennent d’être supprimés à Caen, 80 lits à l’hôpital psychiatrique du Rouvray,75 lits au centre hospitalier Le Vinatier à Lyon. Désormais, les soignants craignent que les fermetures de services décidées pour libérer du temps et des lits le temps de l’épidémie ne soient définitives. C’est ça, la réalité du terrain, monsieur le ministre !

Enfin, vous annoncez que 7 000 soignants ont été formés à la réanimation depuis le début de la crise, mais derrière ce chiffre se cachent des formations express de quelques jours, superficielles et insuffisantes. Selon les professionnels, les techniques de réanimation exigent au minimum deux à trois mois de formation pour que les personnels concernés soient opérationnels et un an pour qu’ils soient complètement autonomes. Vous vous arrangez avec les chiffres pour dresser un portrait flatteur de votre action face à la crise sanitaire, ce qui continue d’alimenter la défiance de nos concitoyens. En fait, la lutte contre l’épidémie s’est faite au prix de déprogrammations massives des soins dans les hôpitaux, notamment en matière de traitement du cancer ou des pathologies cardiovasculaires.

Ce budget ne prépare pas l’avenir, alors que la crise sanitaire va produire des effets dans la durée. Les reports de soins vont avoir pour effet une détérioration de la santé de tous nos citoyens. L’impact psychologique des deux confinements sur la population met déjà sous tension les services de suivi psychologique et psychiatrique. Il conviendrait dès aujourd’hui de prévoir les moyens à mettre en œuvre en cas de troisième vague, et de planifier les besoins dans chaque territoire en matière de formation et de personnels.

La crise économique fait exploser la pauvreté et les demandes de RSA, ainsi que l’aide alimentaire. La politique du médicament souffre d’une absence de stratégie publique alors que les pénuries se multiplient. L’enjeu de la perte d’autonomie est, quant à lui, sous-estimé comme le montre cette branche « autonomie » mal financée, qui ressemble de plus en plus à une mesure d’affichage.

La sécurité sociale ne pourrait faire face à tous ces enjeux qu’en disposant des ressources financières nécessaires. Or, vous continuez d’assécher ses recettes par la pérennisation de multiples exonérations de cotisations et vous faites porter le fardeau de la dette covid à la CADES sans engager de réflexion sur l’élargissement du financement de la protection sociale.

Vous préférez lancer un groupe de travail destiné à trouver des solutions pour rétablir les comptes sociaux sans toucher aux recettes. Il faut donc s’attendre à de nouvelles coupes sombres dans les dépenses publiques.

Pour toutes ces raisons, le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera contre ce PLFSS. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI. – Mme Gisèle Biémouret applaudit aussi.)

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