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Diverses dispositions de vigilance sanitaire - Nlle lect

L’exécutif est complètement accro. Il faut vous désintoxiquer de l’état d’urgence et des mesures d’ordre public à discrétion, de tous ces outils exorbitants du droit commun (Mme Marie-George Buffet acquiesce), de ce régime d’exception. Retranchés derrière ces facilités, vous en oubliez que la démocratie ne relève pas du décorum, qu’elle n’est pas un gadget mais une nécessité. Vous êtes comme un enfant devant son jeu vidéo, mais il va falloir lâcher les manettes. Nous devons en finir au plus vite avec ces limitations des libertés fondamentales, avec cette surveillance, ce contrôle généralisé de tous par tous – d’autant qu’à chaque fois, vous y ajoutez une nouveauté, comme cette fois-ci le contrôle de l’état vaccinal par les directeurs et directrices d’école.

Certes, le Sénat a tenté – vaine entreprise – d’adoucir votre version en limitant au 28 février 2022 la prorogation des dispositifs d’exception. Vous avez, hier, en commission, balayé cette proposition d’un revers de main et rétabli la date du 31 juillet 2022. Après le vote d’une dizaine de textes relatifs à la gestion de la crise sanitaire, nous ne pouvons accepter qu’un tel régime d’exception soit prorogé, et ce en dépit des alertes lancées par un très grand nombre d’acteurs, des clivages, des tensions qu’il provoque, sans que vous ne sachiez préciser quels effets peuvent être attendus de ces dispositions, sans que ne soit mesuré leur rapport bénéfice-risque social.

En somme, de même que certains font les choses parce qu’ils les ont toujours faites, vous prenez ces mesures parce que vous les avez déjà prises. Au fond, pourquoi s’en priver, qui plus est en période électorale ? Pourquoi prendre le risque de débattre pendant cette période ? On le voit, le Parlement est un clou et l’exécutif continue à taper dessus avec l’assentiment de la majorité. Il y en a plus qu’assez de cette gestion verrouillée et verticale du pays, avec un président sûr de son fait et jaloux de son autorité, qui délivre ses sentences définitives.

C’est clairement un frein à la relance sociale, culturelle et démocratique, dont vous faites peu de cas, et le fond de l’air s’en ressent : cela commence à sentir dangereusement le renfermé. (Mme Marie-George Buffet applaudit.)

La pandémie a mis notre hôpital, notre système de santé et notre société à rude épreuve. Nous n’avons rien oublié de l’état de fragilité, si ce n’est de dénuement, dans lequel nous nous sommes trouvés au moment où le virus a surgi. Nous n’avons rien oublié de votre choix de suivre la même trajectoire, l’épreuve aggravant encore les fractures, les inégalités, l’affaiblissement des services publics et la domination des grandes multinationales.

Décidés que vous êtes à maintenir notre pays dans un état d’asphyxie démocratique, vous ne voulez rien changer à votre projet initial. Comment pourrions-nous vous délier les mains, encore et toujours ? La maison ne vous fait pas crédit.

Nous ne sommes pas encore sortis de la crise sanitaire et il ne faut pas relâcher notre vigilance, mais nous avons beaucoup appris. Tout en assumant toutes vos responsabilités publiques, vous devriez en tirer bénéfice et améliorer encore le niveau de conscience de façon à permettre à notre peuple de se mobiliser pleinement. Mais une fois de plus, vous choisissez le contrôle, l’infantilisation, le chantage. Il y avait pourtant d’autres voies pour convaincre que le vaccin est nécessaire.

Vous ne répondez pas à nos questions : jusqu’à quand le passe sanitaire ? Jusqu’à quand les suspensions des agents et des salariés, et dans quel but, pour quels objectifs ? Et j’ajoute : jusqu’à quand les profits hallucinants des grands labos ?

Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de lutte contre la pandémie que vous n’appréhendez pas. Vous ne dites rien, par exemple, au sujet de la promotion de la santé et de la prévention, de la lutte contre les inégalités territoriales et sociales, des traitements et de leur utilisation. Le confort que vous procure cette obstination à recourir aux ordonnances et aux privations de liberté vous empêche de mobiliser tous les moyens nécessaires et de rassembler notre peuple. Vous avez mangé trop d’ordonnances, et depuis longtemps : il faut donc maintenant arrêter.

Sans en être surpris, comment ne pas regretter que la majorité mette un point d’honneur à vous obéir, votant, seule, de telles dérogations, malgré l’incertitude de ce qui adviendra dans quelques mois ? À moins que les résultats extrêmement serrés du scrutin en première lecture et la mobilisation poussive des députés du groupe La République en marche ne soient le signe d’un malaise ? Si c’est le cas, le moment est venu de sortir des sentiers balisés.

J’observe au passage que votre précipitation forcenée ne permet pas à nos députés d’outre-mer d’être tous présents, alors qu’ils sont particulièrement affectés par la crise. Ils s’opposent unanimement à ce projet de loi. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.)

Nous refusons de signer un chèque en blanc à des spécialistes du chèque en bois. Nous refusons de banaliser ces atteintes à la démocratie et ces arrangements avec les libertés, a fortiori en cette période de grande explication nationale que représentent l’élection présidentielle et les législatives. Ressaisissez-vous, reprenez-vous, et reprenez votre projet ! (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI. – Mmes Lamia El Aaraje et Martine Wonner applaudissent également.)

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