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Dénonciation du coup d’état militaire du 1er février 2021 en Birmanie

Cela fait un peu plus d’un an maintenant que le régime militaire birman a perpétré son coup d’État. Celui-ci doit être analysé au regard de la situation très fragile de la démocratie birmane et des concessions majeures faites par les démocrates birmans eux-mêmes à l’armée, afin d’instaurer un régime plus ouvert, dans le cadre de la Constitution de 2008.

Dans ce contexte les députés communistes, alliés des forces progressistes birmanes, redoute depuis l’origine la survenue d’un tel coup d’État : en effet le rapport de force entre les démocrates et l’armée était tellement en défaveur des premiers et la mainmise de l’armée si prégnante sur l’État et sur l’économie qu’à la moindre vexation l’armée était déjà en ordre de bataille pour en finir avec la démocratie.

La bascule a eu lieu à l’occasion des élections de novembre 2020, où les forces de l’opposition ont obtenu près de 80 % des sièges au Parlement : l’armée a ressenti ce score comme un véritable camouflet qu’il fallait punir ; le 1er février 2021, elle a donc détruit le système démocratique. Depuis, l’armée a tué plus de 1 500 manifestants, en a arrêté près de 10 000, les soumettant à la torture et aux mauvais traitements. Cette répression a conduit près de 500 000 Birmans à se réfugier, dans des conditions extrêmement précaires, dans les pays limitrophes. Je partage ce qu’a exposé ma collègue Clémentine Autain concernant les Rohingyas, qui font eux aussi partie des victimes de ce régime. J’espère d’ailleurs que la France soutiendra devant la Cour pénale internationale les plaintes contre toutes les exactions commises par la junte.

Face à de tels événements, les députés communistes tiennent à exprimer tout leur soutien aux mouvements qui se sont battus pour la démocratie. Le peuple birman aura tout essayé avant que certains en soient réduits à prendre les armes : désobéissance civile des citoyens, actions de désobéissance des fonctionnaires, manifestations pacifiques, blocages, grèves, ville morte, tout aura été tenté pour restaurer la démocratie.

Les députés communistes soutiennent également la Confédération syndicale du Myanmar, dont les militants ont payé un lourd tribut. Rappelons que les syndicalistes birmans ont travaillé avec des syndicats du monde entier, au premier rang desquels la Confédération syndicale internationale, la Confédération européenne des syndicats et, en France, la CGT, lesquels ont tous dénoncé le licenciement arbitraire de près de 300 000 travailleurs après le coup d’État, et demandé officiellement la reconnaissance du gouvernement d’unité nationale. Ces licenciements avaient pour objectif d’évincer toute opposition au sein de l’appareil d’État, d’abord au sein de la sécurité intérieure, mais aussi dans les écoles, les hôpitaux et j’en passe…

Si elle contrôle la justice, la société et les institutions politiques, l’armée birmane tient aussi l’économie, secteur dans lequel la lutte a été beaucoup plus lente à se structurer : le capital a suivi le mouvement populaire en traînant des pieds ! Les députés communistes saluent tout de même, tout en critiquant sa lenteur, la décision prise… hier, par l’Union européenne, de placer l’entreprise qui permet le financement de la junte, la MOGE – Myanmar Oil and Gas Enterprise –, sous sanction en gelant ses fonds et en lui limitant l’accès à certaines ressources financières. Cela intervient un mois après que les entreprises Total et Chevron se sont données six mois pour quitter définitivement la Birmanie. Total partira donc d’ici juillet 2022, soit dix-huit mois après le putsch. Cela nous semble bien trop long, mais c’est déjà ça. Ces départs contribueront à assécher les financements de la junte putschiste.

Cette proposition de résolution tombe donc à point. Mais, si les députés communistes la soutiennent, ils regrettent qu’elle n’appelle pas à la reconnaissance du gouvernement d’unité nationale, le GUN. L’exécutif français semble avoir tranché la question puisque Jean-Yves Le Drian a dit qu’il reconnaissait les États, pas les gouvernements. Je regrette toutefois que ce dernier ne se souvienne pas que c’est ce qu’il a pourtant fait au Venezuela. Et ce qui a été possible là-bas doit l’être en Birmanie. La situation extrême l’exige.

Toujours est-il que notre parlement se serait honoré à pousser notre gouvernement à la reconnaissance du gouvernement d’unité nationale pour saper la légitimité politique de la junte birmane. Il n’est pas trop tard, et peut-être le membre du Gouvernement ici présent apportera-t-il des informations à ce sujet. Je rappelle que l’objectif du GUN est de construire une union fédérale démocratique, dans laquelle toutes les ethnies seront reconnues. C’est un projet qu’il aurait fallu soutenir bien plus fermement.

Cela étant, vous l’aurez compris, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues : nous voterons pour cette résolution, que nous avons cosignée, mais en regrettant que manque l’ambition politique qui ferait du Parlement l’aiguillon capable de pousser notre gouvernement à reconnaître le gouvernement d’unité nationale. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe laREM. – M. Jean-Louis Bourlanges, président de la commission des affaires étrangères et M. Alain David applaudissent également.)

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Jean-Paul
Lecoq

Député de Seine-Maritime (8ème circonscription)

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