Déclaration du gouvernement, suivie d’un débat, sur la situation au Proche et Moyen-Orient (art. 50-1)
Publié le 25 mars 2026Mes camarades et moi-même avons écouté attentivement la déclaration de M. le premier ministre. Nous devons nous incliner devant son formidable exploit : il a balayé la quasi-totalité des conséquences de ce qu’il appelle pudiquement une crise, sans en fustiger les causes.
Il est pourtant des responsables. Depuis plus de trois semaines, ce sont bien Israël et les États-Unis qui ont choisi de déclencher une nouvelle guerre au Moyen-Orient (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. – Mme Andrée Taurinya applaudit également) dans le cadre de l’opération dite Furie épique – un nom de code choisi pour esthétiser la violence de cette agression contre l’Iran, menée sans mandat du Conseil de sécurité, en piétinant le droit international, qui transforme des millions de femmes et d’hommes en dégâts collatéraux des délires de puissance de Benjamin Netanyahou et de Donald Trump. Il ne s’agit donc pas d’une crise, mais d’une attaque illégale.
La question posée aujourd’hui est simple : la France doit-elle s’aligner sur cette fuite en avant militaire ou tout faire – j’ai bien dit tout faire – pour mettre un terme à cette guerre illégale ? Nous avons invoqué la Charte des Nations unies pour condamner l’agression russe contre l’Ukraine, en rappelant que le paragraphe 4 de son article 2 interdit le recours à la force et que l’article 51 ne reconnaît la légitime défense qu’en cas d’attaque armée réelle et actuelle. Les mêmes principes imposent de condamner les frappes illégales des États-Unis et d’Israël, lancées au nom d’une menace nucléaire et régionale, dont l’« imminence » n’est nullement établie.
Au sein même de l’appareil américain, des voix s’élèvent pour les dénoncer : le directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme a ainsi démissionné en dénonçant une « guerre déclenchée sous la pression d’Israël », alors que « l’Iran ne représente aucune menace imminente » pour les États-Unis. La prétendue légitime défense préventive, brandie par une extrême droite internationalisée, n’a aucune base en droit positif. Nous le savons depuis la guerre en Irak de 2003. Ce fut alors l’honneur de la France de refuser cette guerre et d’en dénoncer le mensonge.
Renoncer au droit international ne peut être une option politique. La pire erreur serait de banaliser cette mise à distance du droit, d’accepter qu’il soit suspendu à chaque crise au motif que « la situation est exceptionnelle ». Au contraire, c’est précisément dans ces moments-là qu’il doit rester notre unique boussole.
Depuis des années, le peuple iranien subit une répression féroce : révoltes écrasées, arrestations de masse, tortures, exécutions. Le mouvement « Femme, vie, liberté » a montré le courage des Iraniennes qui se dressent contre l’oppression au péril de leur liberté. Mais quel service leur rend cette guerre ? Aucun. Les mouvements de résistance à la dictature des mollahs ne cessent de le répéter : le renversement du régime ne viendra pas d’une telle intervention extérieure. L’agression israélo-américaine offre, de fait, au régime des mollahs ce qu’il recherche : une occasion de se poser en rempart de la nation attaquée pour étouffer toute opposition au nom de la défense de la patrie. L’expérience le prouve : la guerre renforce les dictatures ou plonge les peuples dans le chaos pour des décennies.
Les peuples de la région sont entraînés dans cette folie militaire, le peuple libanais, plus particulièrement, pris en étau entre l’armée israélienne et le Hezbollah. Déjà plus d’un million – un million ! – de déplacés tentent d’échapper à la mort. La France a le devoir de condamner fermement ces attaques et d’envisager, enfin, des sanctions contre Israël ; sinon, ce gouvernement continuera de se croire autorisé à piétiner le droit international sans relâche. Dans le même temps, nous devons œuvrer à la démilitarisation du Hezbollah pour mettre un terme à la logique d’escalade et reposer clairement la question du mandat de la Finul.
Peuple iranien, peuple libanais, peuple syrien, peuple irakien, peuple palestinien, peuple israélien, peuples du Golfe : c’est toute une région qui est aspirée dans la logique d’embrasement de cette « furie épique ». La France a elle-même perdu un soldat, à qui mon groupe souhaite rendre un hommage appuyé.
« Épopée de la folie sanguinaire » serait un nom de code plus approprié pour désigner cette aventure militaire dont les États-Unis n’ont anticipé aucune des conséquences : ni le blocage du détroit d’Ormuz, ni les attaques iraniennes sur les pays voisins et leurs infrastructures stratégiques, ni la flambée des prix de l’énergie, ni les menaces sur l’économie mondiale. Là encore, les peuples paieront le prix de cette inconséquence stratégique.
Derrière cette impréparation politique sidérante et ces décisions erratiques, se profile un conflit régional incontrôlable, auquel les effets cumulatifs, les alignements de blocs et les répercussions durables qu’il provoque donnent des allures de troisième guerre mondiale. Et, comme si cela ne suffisait pas, le président Trump fait désormais pression sur l’Otan et sur l’Europe pour nous entraîner dans ce bourbier. Nous demandons à la France de résister fermement à ces pressions et de dire clairement : non à la guerre ! Un premier soutien « limité », une première participation « technique », et nous serons emportés dans une spirale dont nous ne mesurons aucunement les conséquences.
Dire non, ce n’est pas se taire. Dire non à la guerre, c’est proposer une autre voie : celle de la diplomatie, celle du droit, celle du multilatéralisme. Il faut revenir pleinement au cadre des Nations unies pour obtenir un cessez-le-feu rapide, soutenir la saisine de la Cour internationale de justice et traiter dans le cadre de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) la question du nucléaire iranien. Il faut mettre un terme aux coopérations militaires et aux exportations d’armes qui alimentent l’escalade dans la région. Enfin, nous devons placer au cœur de notre politique étrangère le soutien aux sociétés civiles.
La France doit être une puissance d’équilibre, une voix pour le droit, une voix pour la paix, une voix pour les peuples, et entraîner avec elles tous les États qui refusent la loi du plus fort. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)