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Discussions générales

Déclaration du gouvernement, suivie d’un débat, portant sur le rôle de la France dans la prévention et la résolution des crises politiques internationales, notamment au Venezuela (article 50-1)

Au lendemain de la déclaration du président Emmanuel Macron saluant la capture du président Maduro dans le cadre de l’opération américaine au Venezuela, organiser ce débat s’imposait. Nous l’avions demandé parce qu’une fois de plus, la Charte des Nations unies était violée, et qu’une fois de plus, la réaction de la France était en deçà de ce qu’exigeait cette nouvelle consécration de la loi du plus fort.
Une telle situation nous oblige à interroger le rôle de la France sur la scène internationale. Dans un mouvement de déstabilisation globale où le droit international est devenu optionnel, la perte de crédibilité de notre diplomatie dans la prévention et dans la résolution des crises internationales est en effet manifeste. Cela nous oblige à la lucidité et appelle un sursaut à la hauteur des risques et des dangers qui pèsent sur les peuples.
Ce qui s’est passé au Venezuela est la parfaite illustration du nouvel ordre mondial que prône le président Trump. Si l’on commente beaucoup ses sautes d’humeur, on minimise souvent le caractère pensé, cohérent, d’une doctrine élaborée et qu’illustre notamment le document dit stratégie de sécurité nationale. Or, face à cet impérialisme débridé, la voix de la France reste faible. André Malraux avait raison quand il écrivait : « La France n’a jamais été plus grande que lorsqu’elle parlait pour tous les peuples, et c’est pourquoi son silence s’entend de façon aussi poignante. »
Il s’agit non pas de mythifier le passé, mais de rappeler une exigence. La France n’est en effet écoutée que lorsqu’elle assume de dire non, y compris à ses alliés, au nom d’un principe supérieur. Elle a su le faire en 2003, quand au nom du droit international, elle refusait la guerre en Irak menée par les Américains et leur « coalition des volontaires » –⁠ ainsi était-elle appelée. De même, notre pays a eu raison de dénoncer l’agression russe contre l’Ukraine au nom de l’article 2 de la Charte des Nations unies. Mais pourquoi cette incapacité à appliquer le même standard lorsque l’auteur de la violation est, non plus Moscou, mais Washington à Caracas ou Israël à Gaza ?
C’est ce double standard qui ruine notre crédibilité. Votre politique est déséquilibrée. Certains pays s’exonèrent de leurs obligations internationales, piétinent l’ONU, insultent son administration et d’autres organismes internationaux –⁠ et, souvent, vous regardez ailleurs.
Au moment où le peuple iranien affronte, avec courage et héroïsme, la répression d’un régime sanguinaire, il serait politiquement et moralement fautif de laisser, une fois encore, la main aux seuls États-Unis, qui n’agissent, on le sait, qu’au regard de leurs seuls intérêts. La France doit prendre toute la place qui lui revient, en s’appuyant sur les Nations unies, pour ne pas abandonner le courageux peuple iranien et pour empêcher toute aventure militaire américaine qui plongerait la région dans un nouveau cycle de chaos. Vous n’en prenez pas le chemin et nous, au groupe GDR, le déplorons.
Face à l’impérialisme débridé de l’administration Trump, il faut au contraire se montrer intransigeant, qu’il vise l’Amérique du Sud, le Groenland ou le Moyen-Orient, en sachant que l’intransigeance ne se mesure ni à la mise en scène de la peur ni à la fuite en avant dans l’investissement guerrier. Le président français ne cesse pourtant de répéter qu’il faut être craint pour être respecté… Une vision de la puissance en contradiction totale avec l’esprit de la Charte des Nations unies, qui fonde au contraire la sécurité collective sur le droit et sur la coopération. Pour être puissant, il faut être crédible et, pour être crédible, il faut être juste ! Le respect ne se fonde pas sur la peur ; il se fonde sur la capacité à être juste et cohérent, d’autant plus lorsque ce sont des alliés qui violent les résolutions des Nations unies et qui bombardent des civils. Le respect ne se décrète pas ; il se mérite par la constance dans la défense du droit, même si cela doit contrarier les puissants.
En tant que membre permanent du Conseil de sécurité, seul pays à la fois membre de l’Union européenne et puissance nucléaire, la France doit rester inflexible sur le respect du droit international et des principes de base du droit humanitaire. Son statut l’oblige : elle doit prendre des initiatives structurantes chaque fois qu’un État, quel qu’il soit, franchit les lignes rouges du droit, et à conditionner ses exportations d’armes et ses partenariats stratégiques au respect du droit international. Tant que la France se montrera ferme avec certains et minimisera les actes d’autres, elle contribuera à la déstabilisation d’un ordre international devenu trop fragile. Au nom de tous les peuples du monde, nous l’appelons à défendre de manière rigoureuse et universelle la Charte des Nations unies afin de lui rendre sa force et de ne pas précipiter le monde dans le chaos de la guerre. Notre pays doit porter ce flambeau et prendre la tête des gouvernements –⁠ qui sont majoritaires – attachés à la résolution pacifique des conflits et au dialogue multilatéral pour lutter contre l’ultranationalisme porteur de conflits sanglants qui gangrène de nombreux pays.
Pour conclure, je nous invite à méditer cette phrase de Nelson Mandela : « Le respect du droit international est le seul rempart des faibles contre l’arbitraire des puissants. » (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS ainsi que sur plusieurs bancs du groupe SOC.)

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