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Déclaration du Gouvernement relative à la politique de l’immigration, suivie d’un débat

Dans quelques semaines, nous aurons de longs débats sur l’immigration, à la défaveur d’un nouveau texte dont nous n’avons pas encore connaissance ; le vingt-neuvième en quarante ans. Monsieur le ministre de l’intérieur, vous avez présenté les premières lignes de ce texte dans la presse ; plus vous en dites à son propos, plus nous craignons que les premières annonces relatives à la possible régularisation de travailleurs sans-papiers – que nous appelons de nos vœux –, soient réduites à la portion congrue au profit de mesures qui ne provoqueront qu’un seul appel d’air, celui des idées d’extrême droite. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES, LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES. – Murmures sur les bancs du groupe RN.)

Vous entendre citer Jacques Bainville dans votre intervention est plutôt de mauvais augure. Ce débat se tient dans une période où l’immigration est devenue un sujet traité avec une grande irrationalité et beaucoup d’inhumanité. Aucun chiffre n’atteste d’une submersion migratoire ; le solde migratoire est d’ailleurs stable. Les grandes phases de régularisation qui ont eu lieu dans le passé n’ont suscité aucun appel d’air et les nombreuses et diverses études réalisées démontrent combien les migrants contribuent à la richesse du pays d’accueil. (Mme Stella Dupont applaudit.) Ils ne menacent ni l’emploi ni les régimes de protection sociale, car ils sont aussi des producteurs et des productrices, des contribuables, des cotisants, des créateurs et des créatrices.

Leur régularisation massive entraînerait une élévation des normes salariales et non l’inverse ; c’est peut-être le problème d’ailleurs. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe Écolo-NUPES.) Répondre à un défi nécessite de poser d’abord le bon diagnostic : nous ne traversons pas une crise migratoire, mais une crise de l’accueil (Applaudissements sur quelques bancs des groupes GDR-NUPES, LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES) , en particulier quand les personnes exilées viennent d’Afrique, du Proche-Orient ou du Moyen-Orient. Le contraste avec l’accueil – nécessaire et solidaire – des Ukrainiens nous interloque.

L’immigration est largement le produit des incursions de pays européens dans les pays du Sud. Ceux qui migrent réagissent aussi au système mondial des inégalités, dont nous ne pouvons nous exempter. Tous les murs dressés n’empêcheront pas de partir ceux qui n’ont pas d’autre choix. L’immigration est une partie de l’histoire de notre monde. Elle est profondément humaine et exige de nous de la responsabilité, et non de se renvoyer la balle en cherchant à savoir qui sera le plus ferme ou la plus molle. (MM. Davy Rimane et Benjamin Lucas applaudissent.)

Présenter ce sujet comme un problème grandissant ou tirer un trait d’égalité entre immigration et délinquance est un jeu dangereux, qui contribue à légitimer une vision dont l’histoire est profondément xénophobe. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes GDR-NUPES, LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.)

Il est bien pratique, le discours qui repose sur l’idée du trop-plein d’immigrés, tant il permet un récit alternatif aux conséquences de choix politiques dressés contre le peuple, contre le plus grand nombre. Mais quand on s’annonce rempart, on ne passe pas les plats !

Ce discours est dangereux aussi pour celles et ceux qui arrivent sur notre territoire, comme pour notre cohésion sociale. (Mêmes mouvements.) Quand on accole en permanence les termes d’étrangers, d’expulsion, de délinquance et parfois même de terrorisme, on met en danger notre cohésion sociale, parce que cela jette la suspicion et provoque le rejet. (Mêmes mouvements.)

Visiblement, il sera beaucoup question d’OQTF ; c’est le cas lors de la discussion d’à peu près tous les textes sur l’immigration ces dernières années. De nombreuses lois ont porté sur l’immigration : croyez-vous vraiment que la vingt-neuvième parviendra à régler ce problème, sachant que l’obstacle majeur reste l’absence de laissez-passer consulaires et de titres de voyage ? Non, mais pendant ce temps, c’est le silence autour de celles et ceux qui sont abandonnés à l’enfer en Libye, pays mandaté par l’Europe pour gérer nos frontières, dont le régime prend l’argent d’une main et monnaye des passages mortels de l’autre ; c’est le silence sur les refoulements et la corruption dont est accusée Frontex (Mêmes mouvements) ; c’est le silence autour du sauvetage maritime abandonné à des associations financées par des dons privés ; c’est le silence autour de l’attribution à la Libye de la coordination des sauvetages – ce même silence qui règne lorsqu’elle reçoit les appels de détresse en mer.

Nous ne pouvons pas d’une part dénoncer la violence et l’instabilité de certaines régions en crise et d’autre part en nourrir la source ; d’une main, vendre des armes et de l’autre, flécher l’aide publique au développement vers le renforcement des frontières. Alors nous continuerons à œuvrer et à essayer de convaincre que le monde de demain oblige dès maintenant à préparer un accueil digne. Cela passe par une régularisation, par un titre de séjour de plein droit accordé à celles et ceux qui vivent ici, qui travaillent ici et qui, vous le savez, resteront ici.

Cela passe aussi par la fin du pouvoir de l’employeur dans la délivrance du titre de séjour par le travail. Cela passe enfin par un accueil digne en préfecture, par un accès immédiat à la protection universelle maladie et par un investissement pour l’apprentissage du français. Vous nous avez déjà fait le coup de la fermeté et de l’humanité. On se demande tous les jours où est passée l’humanité, si ce n’est au fond de la mer Méditerranée. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES, LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.)

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Elsa
Faucillon

Députée des Hauts-de-Seine (1ère circonscription)

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