Interventions

Discussions générales

Certification européenne du sel biologique

L’action continue de groupes de pression, au niveau européen, s’efforce de mettre à mal la crédibilité de la certification européenne biologique. Le cas qui nous occupe aujourd’hui est celui du sel, élément précieux dont nous savons ce qu’il requiert de travail, de savoir-faire et de respect, depuis la presqu’île de Guérande jusqu’aux étangs de Camargue.

Il est inconcevable qu’un groupe d’experts de la Commission européenne, en l’occurrence le groupe d’experts appelé à formuler des avis techniques sur la production biologique (EGTOP – Expert Group for Technical Advice on Organic Production ), ait pu considérer comme légitime l’extension du bénéfice de la certification biologique aux méthodes de productions de sel gemme. Celles-ci sont non seulement incompatibles avec la philosophie et les standards de la production biologique, mais soulèvent aussi, plus largement, des interrogations quant à leurs conséquences écologiques. L’extraction du sel gemme nécessite en effet l’utilisation de grandes quantités d’eau de source – cela a été dit – et d’énergie.

Nous partageons donc le souci, exprimé par les auteurs de la proposition, de réserver le label bio aux productions les plus respectueuses de l’environnement et de la santé, en particulier celle des sauniers, appelés aussi saliniers ou paludiers, qui exploitent les marais salants de nos côtes. Si l’on élargissait au-delà ce label biologique, il perdrait toute sa raison d’être. L’enjeu est simplement de mieux protéger une activité, celle que pratiquent actuellement quelque six cents petits producteurs, pour lesquels le label bio représente à la fois une reconnaissance et un enjeu économique.

Les conclusions de l’EGTOP qui se trouvent à l’origine des incertitudes actuelles soulèvent une question plus fondamentale, celle de la perméabilité de la Commission européenne à l’égard des lobbyistes des multinationales, que les dysfonctionnements de l’Autorité européenne de sécurité des aliments ( European Food Safety Authority – EFSA) ont à nouveau illustrée. Nous n’avons toujours pas donné à cette dernière les moyens d’une indépendance totale par rapport aux lobbies, puisqu’elle semble compter en son sein des scientifiques ayant des conflits d’intérêts avec les grandes entreprises du secteur agro-alimentaire.

Selon un rapport publié en juin dernier par le réseau d’ONG Pesticide Action Network (PAN), l’EFSA a, au cours des quinze dernières années, donné son feu vert à douze pesticides soupçonnés d’être génotoxiques, c’est-à-dire capables d’endommager l’ADN, et donc d’entraîner des cancers.

De telles autorisations reflètent les limites des procédures d’évaluation conduites à l’échelle européenne. Aujourd’hui même, la commission des affaires européennes de l’Assemblée examinait le texte d’une proposition de résolution visant à sauvegarder la lavandiculture française. Les huiles essentielles sont considérées par la Commission européenne comme des produits chimiques, ce qui conduit à une mécompréhension de leur nature et de la manière dont elles doivent être réglementées. La catégorisation des huiles essentielles de lavande comme produits chimiques nous paraît donc obsolète ; elle souligne, là encore, la difficulté rencontrée par l’Europe à faire reposer son cadre réglementaire sur des analyses étayées, s’appuyant sur les réalités du terrain.

Il est indispensable que nous disposions de groupes d’experts indépendants, afin d’améliorer la transparence des évaluations et de garantir plus de démocratie dans les procédures. En l’espèce, les pressions exercées par certains industriels, qui cherchent à bénéficier des avantages du label bio sans en assumer les contraintes, appellent naturellement une réaction forte.

Cependant, en qualité d’élu du territoire camarguais, je m’interroge. Il ne faudrait pas, en effet, que la proposition de résolution conduise à priver la production de fleur de sel des salins d’Aigues-Mortes du bénéfice du label bio.

En effet, si le sel n’y est pas récolté avec les mêmes techniques que celles utilisées dans l’ouest de la France, il reste néanmoins un produit naturel répondant aux exigences des productions biologiques. Pouvez-vous nous rassurer sur ce point, qui sera déterminant pour notre vote ? Sous réserve que cette inquiétude soit levée, nous voterons en faveur de la proposition de résolution, car la France doit impérativement se protéger des logiques de profit qui portent atteinte à la préservation d’un patrimoine essentiel.

Imprimer cet article

Pierre
Dharreville

Député des Bouches-du-Rhône (13ème circonscription)

A la Une

Thématiques :

Affaires économiques Lois Finances Développement durable Affaires sociales Défense nationale Affaires étrangères Culture et éducation Voir toutes les thématiques