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Augmentation du salaire minimum et ouverture d’une conférence nationale sur les salaires

Jamais les inégalités n’ont été aussi flagrantes dans notre pays. Le dernier rapport d’Oxfam, publié cette semaine, montre que la fortune des milliardaires a augmenté plus rapidement en dix-neuf mois de pandémie que sur les dix dernières années. Les performances financières des entreprises du CAC 40 ont atteint des sommets avec une envolée des valeurs boursières de 29 % en 2021. Parallèlement, la majorité des salariés de notre pays subit une modération salariale, entamée depuis de trop longues années, conjuguée à une inflation galopante et au poids croissant des dépenses contraintes. De nombreux ménages ont le sentiment que le travail ne paye plus suffisamment. Dans de telles conditions, il n’est pas étonnant de constater que le pouvoir d’achat figure parmi les premières préoccupations de nos concitoyens.

La crise sanitaire a révélé le caractère indécent et insoutenable de l’explosion de la rémunération du capital et du creusement des inégalités salariales. Elle a rappelé que nos sociétés s’appuient sur des millions de travailleurs indispensables mais mal payés, principalement dans le secteur des services. Ce sont des livreurs, des agents d’entretien, des caissières, des aides à domicile, des ouvriers du bâtiment. À une écrasante majorité, ces travailleurs « essentiels », ces salariés de la seconde ligne, sont payés 30 % de moins que la moyenne des Français. Ils sont précarisés par les contrats courts et le temps partiel subi et beaucoup plus souvent exposés aux accidents du travail.

Tous ces constats appellent indéniablement à des revalorisations salariales massives à l’heure de la reprise économique et de l’envolée des prix. L’inflation a atteint 2,8 % en 2021 et elle devrait suivre la même évolution en 2022. Plusieurs secteurs, à l’instar de l’hôtellerie-restauration, connaissent des difficultés de recrutement, lesquelles s’expliquent en grande partie par des salaires insuffisants et des conditions d’emploi difficiles.

Le débat sur la hausse du SMIC et des bas salaires doit être inscrit parmi les priorités politiques, comme le prévoit la présente proposition de loi. Il n’est plus possible, comme le fait le Gouvernement, de se contenter du minimum en matière de politique salariale avec les revalorisations automatiques du SMIC prévues par la loi, qui ne font que compenser, et encore en partie seulement, la progression du coût de la vie.

Suivant scrupuleusement les recommandations du groupe d’experts sur le SMIC composé principalement d’économistes libéraux, vous avez toujours refusé de donner un coup de pouce en faveur des 2 millions de salariés concernés. Au plus fort de la crise des gilets jaunes, vous avez concédé une hausse de 100 euros de la prime d’activité au niveau du SMIC sans mettre à contribution les employeurs. À la différence du salaire, qui lui est socialisé, cette prestation n’implique pas de versement de cotisations sociales et n’engendre aucun droit à la retraite ou à l’assurance chômage.

La survenue de la pandémie ne vous a pas fait dévier de votre ligne. Vous vous êtes limités à des déclarations de bonnes intentions depuis deux ans, en renvoyant aux branches professionnelles et aux employeurs la nécessité d’augmenter les rémunérations, sans les contraindre pour autant. Aujourd’hui, les négociations restent embourbées dans de nombreux secteurs ou semblent insuffisantes, ce qui alimente la colère des salariés.

Vous voulez que « le travail paye » pour reprendre vos mots. Eh bien, faisons en sorte que ce soit réellement le cas en portant dès aujourd’hui le SMIC à 1828 euros brut, soit 1425 euros nets.

Les exemples de nos voisins européens montrent que cette solution est possible et souhaitable. Le salaire minimum britannique a ainsi augmenté de près d’un tiers depuis 2015 et le taux de chômage n’a jamais été aussi faible au Royaume-Uni. De même, les gouvernements allemand et espagnol se sont engagés dans cette voie sans qu’il y ait de destructions d’emplois. Nous constatons même que ces orientations permettent d’enclencher un nouveau cycle bénéfique pour l’ensemble de l’économie puisque les travailleurs payés au salaire minimum dépensent le surcroît de salaire ainsi dégagé plutôt que de l’épargner.

Alors que le Président de la République s’est prononcé en faveur d’un SMIC européen cette semaine au Parlement européen, il est urgent de mettre à l’ordre du jour une relance du partage des richesses dans notre pays, urgent de redonner du pouvoir d’achat à nos concitoyens qui subissent les hausses de prix, urgent de reconnaître l’utilité sociale de ces millions de travailleurs essentiels à travers de meilleurs salaires. C’est pourquoi notre groupe votera en faveur de cette proposition de loi. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)

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Stéphane
Peu

Député de Seine-Saint-Denis (2ème circonscription)

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