Transport maritime à propulsion vélique (PPL)
Publié le 12 mai 2026Je vois que M. le ministre des transports n’est pas parmi nous.
Dès l’examen de la loi d’orientation des mobilités, en 2019, mon groupe avait déposé un amendement demandant la remise d’un rapport sur le développement d’une filière industrielle de fret maritime à voile. La ministre des transports de l’époque, Élisabeth Borne, avait permis le vote de cet amendement. Cela avait marqué la première étape dans la prise en compte législative du sujet.
Plusieurs pays, dont le Royaume-Uni et les pays nordiques, se distinguent déjà par leur capacité à articuler innovation technologique, financement public et incitation économique, en favorisant le déploiement à grande échelle des solutions véliques. Il devient urgent que la France leur emboîte le pas, d’autant que notre pays dispose d’atouts significatifs et d’une base solide pour faire de cette filière un atout stratégique.
Plus de quatorze équipementiers développent des systèmes véliques innovants, largement soutenus par l’État dans les phases de recherche et développement. Au total, la France compte seize compagnies maritimes spécialisées. En trois ans, trois usines et plus de 1 100 emplois ont été créés. La filière se fixe l’objectif de créer 4 000 emplois d’ici 2030 et de générer 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires.
Cependant, nous sommes également en situation de fragilité. La France peine encore à transformer ses capacités d’innovation en un déploiement massif. Le segment du rétrofit des grands navires, pourtant le principal levier de réduction rapide des émissions, reste encore insuffisamment développé au regard de son potentiel.
Je parle de fragilité des entreprises innovantes, mais la situation est même plus grave que cela. Il y a un mois, alors que cette proposition de loi était examinée en commission, l’entreprise havraise Towt, acteur précurseur et prometteur, était placée en liquidation judiciaire. Depuis, une offre de reprise a été validée, actant la reprise de trente-sept de ses quarante-huit salariés, de ses quatre voiliers-cargos et de la commande de deux voiliers. Mais il a fallu – passez-moi l’expression – réduire la voilure (Sourires), en abandonnant la ligne Fécamp-New York et en annulant la production de deux autres voiliers en commande. J’ai une pensée émue pour les onze salariés qui font les frais de cette reprise.
C’est dire si les mesures contenues dans cette proposition de loi sont attendues.
Grâce à des armateurs comme Towt et son PDG visionnaire et passionné Guillaume Le Grand, des marins français disposent du savoir-faire nécessaire à la navigation vélique. Ce serait un gâchis que ce savoir-faire parte servir des compagnies étrangères plutôt qu’une filière française éthique et innovante.
Cette proposition de loi est cruciale. Elle vise à franchir une étape supplémentaire en passant de la reconnaissance à une véritable structuration économique de la filière de la marine marchande à voile. Elle repose sur des dispositions d’incitation économique qui vont globalement dans le bon sens en amorçant enfin un soutien public à des acteurs en grande difficulté. Elle propose des outils indispensables pour aider la filière à vivre et à se développer. Si nous ne l’aidons pas à se donner un avenir, elle n’en aura pas.
Alors que nous voulons tous réindustrialiser notre pays dans le respect de nos engagements climatiques et faire de la transition écologique le levier de notre développement économique et de notre souveraineté, je vous invite, comme en commission, à voter en faveur de cette proposition de loi. Elle est attendue et répond à un objectif d’intérêt général que nous pouvons tous partager. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR ainsi que sur les bancs des commissions. – M. Jimmy Pahun applaudit également.)