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Financement de la lutte contre le VIH (PPRE)

« Mon souci principal, dans cette histoire, est de mourir à l’abri du regard de mes parents. » Ces mots sont ceux d’Hervé Guibert, dans À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie. Ils disent avec justesse ce qu’a été le VIH à ses débuts : une maladie mortelle, bien sûr, mais aussi une expérience de la honte, de la peur, de l’isolement, du silence. À la fin des années 1980, le taux de mortalité de ceux chez qui était diagnostiqué le syndrome d’immunodéficience acquise atteignait 60 % en deux ans.
Le sida était alors majoritairement une condamnation à mort. Mais il était aussi une condamnation à la mort sociale : licenciement, exclusion, contrôle discriminatoire aux frontières –⁠ jusqu’à l’interdiction d’entrée sur le territoire de certains pays. Car le VIH n’a jamais été une simple question de santé : il a été instrumentalisé comme un outil de stigmatisation et de domination. Des groupes déjà discriminés ont été montrés du doigt, désignés comme responsables, transformés en boucs émissaires.
L’extrême droite, en France comme ailleurs, s’est engouffrée dans cette peur pour proposer l’exclusion, la mise à l’écart, parfois même l’enfermement. Cette violence symbolique et politique a fait des ravages et entrave encore l’accès au dépistage, à la prévention et aux soins.
Les chiffres nous rappellent l’ampleur du drame : plus de 42 millions de morts dans le monde ! Pourtant, il a fallu attendre plus de deux ans après l’identification de la maladie pour qu’une première réunion de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ait lieu. Deux années d’inaction qui ont coûté des centaines de milliers de vies.
Si des progrès immenses ont depuis été accomplis, ils ne sont ni le fruit du hasard ni celui du marché. Ils sont le résultat de décennies de luttes, de la mobilisation de personnes séropositives, d’associations, de soignants, de chercheurs, d’artistes qui ont refusé l’abandon et l’invisibilisation. Ils sont aussi le produit d’une coopération internationale organisée, solidaire, incarnée notamment par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.
Aujourd’hui, grâce aux traitements, il est possible de vivre avec le VIH. Il est même possible d’envisager la fin de la létalité du sida. Mais rien n’est garanti car la solidarité internationale –⁠ qui figure dans notre devise française sous le nom de fraternité – est remise en cause par l’extrême droite. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. –⁠ M. le rapporteur applaudit également.) Dans cet hémicycle même, l’extrême droite organise des débats contre cette solidarité en la stigmatisant et cherche sans cesse à vider les enveloppes budgétaires de l’aide publique au développement (APD). Cette aide n’est pas de la charité mais une action de santé publique et de sécurité collective ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. –⁠ Mme Ségolène Amiot et M. Guillaume Gouffier Valente applaudissent également.)
L’audition du ministre Barrot en commission des affaires étrangères l’a encore démontré cet après-midi. Les budgets alloués à l’aide publique au développement ne doivent jamais être une variable d’ajustement des crédits alloués au ministère des affaires étrangères. C’est notre humanité qui est remise en cause lorsque la haine préside à l’affectation des crédits budgétaires.
J’ai souvenir d’avoir évoqué dans cet hémicycle il y a presque un an, comme d’autres de mes collègues, le danger que représenterait la suspension de l’activité de l’Agence des États-Unis pour le développement international. À l’époque, l’ONU avait estimé que l’arrêt définitif de l’aide américaine pourrait entraîner la mort de 6,3 millions de personnes du seul fait du sida entre 2025 et 2029.
Alors je demande à ceux qui veulent appliquer une logique d’austérité à l’aide publique au développement : que direz-vous lorsque la maladie l’emportera ? Qu’allez-vous dire aux familles des victimes ? Aux malades ? Qu’on a préféré financer la bombe atomique ?
Au lieu de jouer un rôle moteur, d’entraîner ses partenaires européens, d’envoyer un signal clair aux financeurs publics et privés, la France recule, madame la ministre. La santé n’est pas une variable d’ajustement budgétaire et votre collègue, le ministre des affaires étrangères, ne nous a pas rassurés cet après-midi quant au maintien du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.
Face au VIH, l’histoire nous a appris que l’indifférence tue. Chaque euro retiré, chaque programme suspendu, chaque engagement repoussé se traduit concrètement par des vies brisées, des contaminations évitables, des morts que l’on aurait pu empêcher.
Pour toutes ces raisons, avec la conviction que ce combat dépasse les clivages partisans, les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine voteront cette résolution. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur ceux des commissions. –⁠ Mmes Ségolène Amiot, Nicole Dubré-Chirat, Maud Petit et Dominique Voynet applaudissent également.)

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