Reconnaissance de l'Etat palestinien

par Asensi François

Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, c’est avec une grande émotion et avec beaucoup de solennité que les membres du groupe GDR – députés communistes, Front de gauche et ultramarins – apporteront, tous ensemble, leurs voix à la reconnaissance de l’État palestinien. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, SRC et écologiste.)

M. Christian Jacob. Et Valls ?

M. Marc Le Fur. Courage, fuyons !

M. François Asensi. À vingt-quatre reprises, notre groupe a en effet, dans cet hémicycle, réclamé cette reconnaissance. Il s’agit, pour les députés communistes, d’un combat historique que nous sommes heureux de voir enfin avancer.

Comme l’a affirmé le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, reconnaître l’État de Palestine n’est ni une faveur ni un instrument.

M. Hervé Mariton. Où est-il ?

M. Claude Goasguen. Il a refusé de venir !

M. François Asensi. C’est un droit – le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. En 1947, le plan de partage de l’ONU prévoyait une partition du territoire sous mandat britannique.

M. Meyer Habib. Qui a refusé le partage à l’époque ?

M. François Asensi. Il prévoyait également la coexistence pacifique de deux États. L’un, Israël, a vu le jour immédiatement. L’autre, la Palestine, n’en peut plus d’attendre sa reconnaissance. Le moment est venu de mettre fin au calvaire du peuple palestinien.

Le moment est également venu de signifier au gouvernement de M. Netanyahou que la France dit non à la colonisation, qu’elle rejette le « mur de la honte » et qu’elle refuse l’arbitraire ainsi que les humiliations propre à tout système colonial.

M. Hervé Mariton. Ben voyons !

M. François Asensi. Depuis longtemps, les Palestiniens ont fait le choix de compromis courageux. Ils ont en effet consenti, contre l’engagement d’obtenir un État, des concessions douloureuses.

Je pense à la reconnaissance de l’État d’Israël par l’Organisation de libération de la Palestine, alors que la réciproque n’est toujours pas intervenue.

Mme Marie-Françoise Bechtel. C’est juste !

M. François Asensi. Je pense également à la reconnaissance des frontières de 1967, par laquelle les Palestiniens ont accepté de d’abandonner la moitié du territoire qui leur avait été accordé en 1947.

M. André Chassaigne. C’est vrai !

M. François Asensi. Les concessions faites par le peuple palestinien n’ont valu à ce dernier que toujours plus de souffrance : le blocus de Gaza, la poursuite de la colonisation et la restriction des libertés.

Le processus d’Oslo, pourtant porteur de promesses, a éloigné la paix.

M. Hervé Mariton. Et les mouvements terroristes ?

M. François Asensi. Il a en effet souffert d’un vice originel, celui d’avoir renvoyé les parties dos-à-dos, alors qu’il n’existe entre elles, fondamentalement, aucune égalité. Car nous nous trouvons en présence d’un côté d’un pays occupé, la Palestine, et de l’autre d’une puissance occupante, Israël.

Entre le fort et le faible, la loi seule – en l’occurrence, le droit international – affranchit. Lors de nos débats, j’ai entendu plusieurs objections, que je peux comprendre, à cette proposition de résolution.

Il a été dit qu’il serait trop tôt, mais peut-être est-il déjà trop tard. En effet, la colonisation israélienne morcelle chaque jour davantage le futur État et sape sa viabilité.

Il a également été dit que l’adoption de cette proposition de résolution ne relevait pas de la compétence du Parlement. Cette position est intenable : notre Parlement vote la guerre et la paix et ratifie les traités internationaux. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes UDI et UMP.)

M. Meyer Habib. Cela n’a rien à voir !

M. le président. S’il vous plaît, écoutons l’orateur !

M. François Asensi. Il a toute la légitimité requise : celle de la nation et du peuple qu’il représente.

Au fond, le vote d’aujourd’hui consiste simplement à confirmer le droit international, le plan de partage de 1947, ainsi que la décision prise par les vainqueurs du nazisme. Refuser de voter cette proposition de résolution reviendrait donc à renier les résolutions de l’ONU.

Aujourd’hui, chaque député est responsable de son vote devant l’histoire. Il s’agit de dire oui au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, oui à la paix, oui à des négociations fondées sur le droit international et oui à une Palestine souveraine et démocratique qui constitue pour la sécurité d’Israël la meilleure des garanties.

Quelle discipline de parti pourrait s’opposer au vote de cette proposition de résolution ?

J’ai une conviction profonde : seule la création d’un État palestinien, dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, permettra d’asseoir une paix durable. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et SRC.)

Mme Marie-George Buffet. Très bien !

M. François Asensi. Si une telle création n’y conduit pas seule, elle constituera un levier inestimable. Elle confortera en effet l’Autorité palestinienne et les hommes de paix. Elle renforcera, de plus, la sécurité des Israéliens, en isolant les partisans de la terreur et en désarmant les tenants du choc des civilisations, lesquels instrumentalisent la cause palestinienne. Elle redonnera, enfin, espoir à toute une jeunesse palestinienne, qui rêve de vivre libre.

Rassemblons-nous par-delà nos sensibilités. Offrons ce vote de justice et de paix à nos amis palestiniens ainsi qu’à nos amis israéliens. Car le moment est venu de remplacer les murs par des ponts…

M. Claude Goasguen. C’est le mur de Berlin ?

M. François Asensi. …pour ces deux peuples que tout rapproche : une histoire mêlée, une culture partagée, une même terre et, surtout, une soif de paix.

Je dis donc au Gouvernement : ne tardez plus à reconnaître l’État de Palestine.

Aujourd’hui, mes chers collègues, le monde nous regarde et attend de la France qu’elle se hisse à la hauteur de son histoire et de son message universel. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, SRC et écologiste.)