Pouvoir d'achat des salariés

par Roussel Fabien

Monsieur le Premier ministre, le problème de la vie chère et des salaires très bas se pose de plus en plus dans notre pays, alors que la France est devenue championne du monde de distribution des dividendes. Julie, Graziella, Thérèse, salariées de ma région, travaillent dans de grands groupes, à la chaîne, et font entre 35 et 40 heures par semaine. Après vingt ans et quarante ans d’ancienneté, elles ne gagnent respectivement qu’entre 1 200 et 1 430 euros net par mois ! C’est le tarif légal : près de 11 millions de salariés touchent le SMIC, ou à peine plus, après une vie passée au travail.
Ces salariées, me répondrez-vous, bénéficient d’une hausse de salaire avec la suppression des cotisations salariales que vous avez mise en place. Mais elles en ont déjà perdu le bénéfice avec la hausse des mutuelles d’entreprise, mais aussi du gaz, de l’électricité ou encore de l’essence. Depuis le 1er janvier, ces salariées ont perdu de l’argent ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur plusieurs bancs du groupe FI.)
En plus de cela, les entreprises n’ont aucun intérêt à augmenter les salaires : plus ils sont bas, plus elles reçoivent d’aides de l’État, sous la forme d’exonérations de cotisations ou encore avec le RSA – revenu de solidarité active – ou la prime d’activité versée aux salariés pour compenser le faible niveau de leur rémunération.
Or c’est l’inverse qu’il faut faire : si vous versez des aides publiques aux entreprises, versez-les à celles qui s’engagent à augmenter les salaires, à ne pas délocaliser et à produire français, comme le font beaucoup de nos PME ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur quelques bancs des groupe FI et NG.)
Monsieur le Premier ministre, les richesses n’ont jamais été aussi mal partagées dans notre pays, au bénéfice des plus riches mais pas des salariés de nos services publics. Ce sujet mérite plus que deux minutes. C’est pourquoi nous l’avons mis au cœur de la Marche pour la dignité que les parlementaires communistes des Hauts-de-France organisent jusqu’à samedi à Paris. Alors que les dividendes coulent à flots et que la reprise se confirme, avez-vous prévu d’augmenter significativement le SMIC ? (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur quelques bancs du groupe FI.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de l’économie et des finances.
M. Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances. Monsieur le député, je partage une partie de votre analyse, et reconnais bien volontiers que beaucoup de salariés modestes, en France, mériteraient d’être mieux récompensés de leurs efforts et de leur travail.
Je reconnais bien volontiers aussi que nous devons aider nos PME et nos TPE à grandir pour créer des emplois. Mais, une fois que l’on a fait ce constat partagé, celui que les salariés les plus modestes méritent d’être mieux récompensés de leurs efforts (« On les paie mieux ! » sur plusieurs bancs du groupe GDR), il y a une mauvaise façon de procéder : celle qui a été mise en œuvre depuis dix, quinze ou vingt ans.
Elle consiste à donner des coups de pouce systématiques au SMIC, à affaiblir la compétitivité de nos entreprises et à détruire des emplois en France.
Et puis il y a une bonne manière : celle que nous mettons en place avec le Premier ministre et l’ensemble du Gouvernement. Elle permet de conjuguer réussite économique et reconnaissance du travail des salariés. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe FI.)
Vous l’avez dit vous-même, nous avons supprimé les cotisations sociales sur l’assurance maladie et l’assurance chômage : pour les salariés, cela représente une hausse du salaire net à la fin du mois. (« Non ! » sur plusieurs bancs des groupes GDR et FI.)
Avec le projet de loi que je présenterai à partir de la rentrée prochaine, nous supprimerons le forfait social sur l’intéressement de toutes les entreprises de moins de 250 salariés. L’intéressement, demain, grâce à vous, ce sera pour tous les salariés français, pas seulement pour une partie d’entre eux ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – « Et les salaires ? » sur plusieurs bancs des groupes GDR et FI.) Cette mesure, c’est la reconnaissance de leurs efforts, de leur travail, de leur engagement pour l’entreprise.
Enfin, pour tous les salariés qui effectuent des heures supplémentaires et travaillent davantage pour que leur entreprise réussisse encore mieux, nous travaillons avec Gérald Darmanin, sous l’autorité du Premier ministre, à un allégement des charges sur les heures supplémentaires.
Nous n’avons qu’un seul cap : le travail, en France, doit payer !