PLF pour 2019 (MRC)

par Dufrègne Jean-Paul

Madame la présidente, monsieur le ministre, monsieur le président de la commission des finances, monsieur le rapporteur général, mes chers collègues, l’examen du projet de loi de finances est sans doute l’un des moments les plus importants de l’année, puisqu’il traduit les différents moyens alloués aux politiques nationales au travers des crédits mis à la disposition des ministères.

Le projet de loi de finances, ce sont donc des dépenses, mais aussi des recettes. Il est vrai qu’aujourd’hui, on entend parler davantage de dépenses que de recettes, avec ce message sans cesse ressassé et relayé qu’il faudrait diminuer les dépenses publiques. Pour quoi faire ? Pour baisser les impôts. Le gros mot est lâché : les Français payent trop d’impôts !

Diaboliser l’impôt, combattre l’impôt… Pourquoi tant d’acharnement ? Une société digne de ce nom doit appeler chacun et chacune d’entre nous à participer en fonction de ses capacités contributives, et sans doute aussi en fonction des enjeux de société.

L’impôt, c’est notre sécurité. Personne ne veut transiger avec la sécurité. Beaucoup, ici ou là, réclament des policiers ou des gendarmes supplémentaires – mais comment sont payés les gendarmes et les policiers, comment sont financés les hôtels de police et les gendarmeries ? Par les impôts, bien sûr !

Beaucoup dénoncent, avec juste raison, des suppressions de classes, des fermetures d’écoles, des classes surchargées, des absences non remplacées ou encore des étudiants sans université. Mais comment est financée l’école de la République dans notre pays ? Avec l’impôt, bien entendu ! La santé, la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, la recherche publique, les infrastructures et tant d’autres choses sont financées par l’impôt. Et on n’arrête pas de mettre dans la tête des Français qu’ils paient trop d’impôts !

A-t-on trop de sécurité, d’éducation, de moyens pour la santé ? On nous rabâche à longueur de journée qu’il faut baisser les dépenses publiques pour baisser les impôts ; mais, baisser les dépenses publiques, c’est diminuer l’offre de services publics ! Faire mieux avec moins, c’est formidable ! Faisons avec moins, nous ferons sans doute encore mieux !

Mutualiser serait la solution à tous les problèmes. Une dose de mutualisation, un zeste de numérique, et l’affaire est réglée ! Franchement, il faut vraiment être de l’ancien monde pour ne pas comprendre ça ! Et tant pis si une partie de la population est « larguée » ! Oui, l’impôt est plus que jamais nécessaire, mais il doit être juste. C’est le sentiment d’injustice qui fait réagir nombre de Français.

À ce propos, je veux revenir brièvement sur la campagne ignoble lancée vendredi dernier sur le thème : « Balance ton maire ». Eh bien oui, le Gouvernement a décidé de supprimer la taxe d’habitation d’ici à trois ans, communiquant énormément sur cette mesure. Et patatras ! Les avis d’imposition qui arrivent depuis quelques jours dans les boîtes aux lettres ne ressemblent pas toujours à ceux de l’an dernier diminués d’un tiers, et ce pour différentes raisons, d’ailleurs tout à fait recevables. Il est vrai que, dans sa précipitation à communiquer, le Gouvernement avait fait l’impasse sur différents scénarios totalement prévisibles. Et parmi ceux-là, le fait que certaines communes augmenteraient les taux d’imposition, non pour le plaisir, bien sûr, mais parce qu’elles l’avaient prévu au regard, par exemple, d’investissements réalisés. Les nouveaux taux, d’ailleurs, ne sont pas forcément supérieurs à ceux d’autres communes qui n’ont pas augmenté les leurs. Et voilà que ces communes – de 5 000 à 6 000, sur un total de 35 000 – sont jetées à la vindicte populaire et leur maires accusés de trahison, le ministre allant même jusqu’à remercier les 30 000 maires qui n’ont pas augmenté leurs taux !

Il est indigne, et même scandaleux, de faire porter le chapeau à ces élus qui donnent du temps sans compter, obligés qu’ils sont de jongler avec les baisses de dotations, lesquelles, en dépit des promesses, ont concerné beaucoup de communes en 2018. J’espère que, au lieu de désigner des coupables, le Gouvernement apportera rapidement son soutien à ces élus accusés injustement, et qu’il clarifiera sa position en levant toute ambiguïté. On s’étonnera, après de tels propos, de la crise des vocations !

Revenons à ce projet de loi de finances. Est-ce un bon projet ? Plutôt que de me borner à une critique de fait, plutôt que de dire qu’il ne peut être un bon budget, je poserai plusieurs questions pour l’apprécier. Premièrement, l’effort demandé aux Français est-il bien proportionné ? La contribution de chacun pour que l’intérêt général soit préservé est-elle équilibrée ? Est-ce un budget de justice ? Malheureusement, à cette première question, je dois répondre non. Pour la deuxième année consécutive, le budget de la France sera privé de ressources indispensables pour conduire des politiques ambitieuses au service de tous et dans l’intérêt de tous. C’est le sentiment d’injustice, disais-je à l’instant, qui fait réagir les Français, car beaucoup d’entre eux ne comprennent pas qu’il y ait deux poids, deux mesures.

Le récent rapport sur le plafonnement de l’ISF révélait qu’en 2017, les 358 000 contribuables qui s’étaient acquittés de cet impôt cumulaient 1 028 milliards d’euros de patrimoine. Oui, mille milliards, c’est à dire la moitié de notre produit intérieur brut ! Et c’est à cette toute petite minorité de premiers de cordée, pour paraphraser quelqu’un, qu’on déroule le tapis rouge et à laquelle on fait des cadeaux somptueux, en l’occurrence un chèque de plus de 3 milliards d’euros. Voilà qui fait du pognon ! Un « pognon de dingue » !

Quand on pense que le Gouvernement a bloqué la proposition de loi de notre collègue André Chassaigne sur la revalorisation des retraites des anciens chefs d’exploitation agricole, avec un minimum garanti qui serait passé de 75 % à 85 % du SMIC, c’est-à-dire de 871 à 987 euros ! Mais qui, ici, accepterait une telle retraite ? Savez-vous combien coûterait cette mesure ? Réponse : 350 millions d’euros, c’est-à-dire trois fois moins que la perte de recettes engendrée par la flat tax, cette fameuse mesure qui a permis de bloquer à 30 % l’imposition des revenus financiers et des dividendes perçus par les grands actionnaires, leur faisant ainsi gagner 1 milliard d’euros. Pensez-vous que, sans cet argent, ils se seraient retrouvés sur la paille ?

Sortez de votre bulle, mes chers collègues, sortez de vos certitudes. Regardez la vérité en face. En tout cas, je puis vous dire que, dans mon département de l’Allier, la pilule n’est pas passée, et elle n’est pas près de passer ! Dans notre ruralité, comme en milieu urbain, certains retraités ne chauffent qu’une seule pièce l’hiver, et parfois seulement une partie de la journée. Alors vous qui avez le doigt sur la couture du pantalon face à la grande finance, vous qui voulez « libérer les énergies », ouvrez enfin les yeux !

Les retraités sont les mal-aimés de votre majorité, même si vous n’aimez pas qu’on le dise. Au demeurant, ce n’est pas moi qui le dis mais eux, et de façon unanime. Et ils ont dû vous le dire aussi, mes chers collègues, quand vous les avez reçus, comme c’est sans doute le cas de certains d’entre vous – et comme je l’ai fait moi-même –, dans vos permanences.

Après l’augmentation de la CSG de 1,7 point pour 60 % d’entre eux, voici que l’on annonce une revalorisation des pensions de seulement 0,3 % pour les deux ans à venir, alors que l’inflation, qui repart, atteindra 1,7 %. Cela représente encore une perte de pouvoir d’achat pour cette catégorie de Français, pour cette génération qui, très souvent, a travaillé dur toute sa vie, et ce depuis le très jeune âge.

Les retraités ne doivent pas simplement être traités sous l’angle comptable, comme une charge, conformément au message que vous leur envoyez. Les retraités font société, ils sont actifs, ils s’engagent auprès de leurs enfants et de leurs petits-enfants pour pallier les difficultés qu’un certain nombre d’entre eux rencontrent avant d’entrer dans la vie active ou face à des situations précaires pour financer leurs études, par exemple.

Les retraités sont très actifs aussi dans le milieu associatif, qu’il soit social, sportif, culturel ou humanitaire, entre autres. Cet engagement constitue un bien précieux ; il permet le vivre ensemble autour de bénévoles dévoués, sans lesquels ce « vivre ensemble » serait une expression bien creuse. Or, ce vivre ensemble, il faut le préserver ; mieux, le renforcer face à la tentation du repli sur soi qui nourrit les populismes les plus dangereux, les plus extrêmes, et pour lesquels l’étranger n’est pas le bienvenu.

Les retraités ne sont pas les seuls dans le viseur. Les familles paieront aussi puisque les prestations familiales subiront le même régime sec en 2019 et en 2020. Le point d’indice dans la fonction publique, lui, est bloqué.

Messieurs les ministres, mes chers collègues de la majorité, vous faites le choix de la finance plutôt que celui de l’humain, l’humain d’abord que nous aimons, nous, communistes, mettre en avant. Vous faites le choix d’une minorité de privilégiés au détriment du plus grand nombre et de l’intérêt général.

Emmanuel Macron confirme bien, comme nous l’avions affirmé l’an dernier, qu’il est le Président des riches. Et vous, chères et chers collègues de la majorité, vous êtes, en permettant et en soutenant les orientations politiques que j’ai décrites, devenus aussi les députés des riches, et même des très riches. Ce budget est donc un budget d’injustice, et il aggravera encore les inégalités dans ce pays.

Vendredi soir, j’étais à Moulins pour l’inauguration des nouveaux locaux du Secours populaire français. Heureusement qu’il y a dans notre pays des gens qui raisonnent en termes de solidarité plutôt que de profit ! Les besoins sont immenses et, malgré le travail formidable que font ces organisations, des citoyens sont exclus de la société. Ils expriment une grosse inquiétude, messieurs les ministres, sur le devenir du fonds d’aide européen aux plus démunis. Ce fonds est indispensable pour faire face aux besoins alimentaires. Sera-t-il reconduit dans les années à venir ou, comme certains le craignent, fondu dans d’autres dispositifs pour disparaître tranquillement ? Sur ce dossier, nous vous demandons la plus grande vigilance et un engagement sans faille pour que toutes celles et tous ceux qui sont concernés ne soient pas assujettis à la double peine.

M. Bruno Le Maire, ministre. J’ai, dans le passé, fait la preuve de mon engagement sur le sujet, monsieur le député !

M. Jean-Paul Dufrègne. Le journal La Montagne revenait, dans son édition de samedi, sur la question de la pauvreté. Hasard du calendrier, la publication du premier rapport sur ce sujet coïncide avec l’examen du présent projet de loi de finances. Si ce rapport indique que la France est, et tant mieux, l’un des pays d’Europe qui présente le taux de grande pauvreté le plus bas, et que la pauvreté n’y a pas explosé au cours de la dernière décennie, elle n’a pas pour autant reculé. De ce point de vue, l’Observatoire des inégalités s’inquiète de pauvres toujours plus jeunes, ou qui élèvent seuls leurs enfants.

Si ce n’est pas une explosion de la misère, c’est tout de même une augmentation significative et un retournement de la tendance des dernières décennies, qui révélait plutôt une réduction des inégalités, analyse d’ailleurs Anne Brunner, cheffe de projet de ce premier rapport. Entre 2006 et 2016, le nombre de personnes pauvres vivant sous un seuil établi à 50 % du revenu médian – soit 855 euros par mois pour une personne seule – est passé de 4,4 millions à 5 millions. Les familles monoparentales, majoritairement des femmes, ont aussi été fortement touchées par la pauvreté au cours des dernières années. Elles représentent près d’un quart de la population pauvre, proportion très supérieure à la part de ces familles dans la population générale.

Selon Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, le plan pauvreté présenté mi-septembre par Emmanuel Macron fait « peu pour aider ces familles » ; de plus, il « fait semblant d’agir à la racine en voulant donner la priorité aux enfants. […] Il faut agir pour les enfants, mais la racine de la pauvreté », tacle le même Louis Maurin, « c’est la précarité de leurs parents, les bas salaires, le chômage ». Ce n’est pas nous qui le disons, mais nous, communistes, le disons aussi, et depuis longtemps, avec d’autres.

Selon les calculs de l’Institut des politiques publiques, les classes défavorisées sont désavantagées par les deux derniers projets de loi de finances, tandis que le 1 % des Français les plus riches voient leur niveau de vie grimper. C’est un comble ! Mais cela correspond tout à fait à votre philosophie économique libérale. C’est ce que vous appelez la politique du « ruissellement ». Elle consiste à donner encore un peu plus à ceux qui ont beaucoup pour que, dans leur grande bonté, dans leur grande générosité, ils en laissent tomber quelques gouttes. Loin du ruissellement, c’est plutôt une politique du goutte à goutte !

Où sont passés, en effet, ces milliards qui devaient faire redémarrer l’économie ? Ceux de l’ISF, ceux de la flat tax, ceux du CICE ? C’était tellement simple que personne avant vous n’y avait pensé : il fallait « libérer les énergies ». Et on allait voir ce que qu’on allait voir ! Or on n’a rien vu. Enfin, si : on a vu le fossé se creuser encore entre ceux qui ont tout, et qui en veulent encore plus, et ceux qui n’ont pas grand-chose.

En fait, il y a une différence fondamentale entre ce projet de loi de finances et celui de l’an dernier. Cette différence ne tient pas à la construction du présent texte ou à la philosophie qui l’inspire. Elle réside seulement dans le temps écoulé depuis le dernier projet budgétaire. Il y a un an, vous marchiez sur l’eau et ce n’était pas le moment de la ramener. Nous étions entrés dans le nouveau monde et, enfin, notre siècle s’ouvrait sur de nouvelles perspectives. Et puis, peu à peu, la vérité s’est révélée, le nouveau monde jupitérien n’avait rien de nouveau et les vieilles recettes n’avaient pas été remisées au placard.

Les malades s’empilent encore dans les couloirs des urgences ; dans les hôpitaux et les EHPAD, les personnels sont à bout de souffle : ils ont eu l’occasion de nous le dire et de nous le répéter à maintes reprises lors de notre tour de France des hôpitaux. Ils et elles n’en peuvent plus. Et quelle réponse apportez-vous ? Que dit le professeur Macron sur cette question ? « Notre système de santé ne souffre pas d’abord d’un problème de sous-financement. Il pèche par un vrai handicap d’organisation. Il n’est pas question de faire moins » – encore heureux : on l’a échappé belle ! « Il n’est pas question non plus, par facilité » – par facilité : certains apprécieront ! –, « de dire qu’il suffit de dépenser plus pour que cela aille mieux. »

On voit bien, au travers de cet exemple, que l’objectif premier est effectivement la diminution des dépenses publiques. Et les Français, en une année, l’ont compris, si bien qu’après l’espoir s’est installée la défiance. Quand vous balayez d’un revers de manche nos amendements, parfois avec ironie ou mépris, ce n’est pas qu’à nous que vous répondez, c’est aussi aux Français et, parmi eux, aux électeurs qui ont cru à vos promesses.

Une deuxième question m’est particulièrement chère. Ce budget prend-il véritablement en compte l’aménagement du territoire ? L’avenir des territoires ruraux est essentiel. Il ne s’agit pas, d’ailleurs, d’opposer le monde urbain et le monde rural, mais de veiller à ce que l’un et l’autre disposent des moyens nécessaires pour offrir aux Français le choix de vie auquel ils aspirent. Dans un contexte de métropolisation croissante, la place des territoires en dehors des grands espaces urbains constitue un enjeu important pour l’avenir de notre pays.

Déclin, abandon, fermeture des services publics, mais aussi et surtout, dirai-je, qualité de vie, dynamisme et renouveau : les représentations collectives liées aux ruralités sont nombreuses et complexes. Si les problématiques sont réelles, la campagne jouit, dans le même temps, d’une attractivité indéniable, chez les urbains comme chez les ruraux. J’ai emprunté ce paragraphe à l’introduction de l’excellente étude réalisée par l’IFOP pour Familles rurales, tant elle me semble bien poser l’enjeu de l’aménagement du territoire.

En effet, les ruralités sont un atout pour le pays ; elles méritent des politiques ambitieuses, respectueuses de leurs spécificités, des politiques qui font confiance à l’intelligence des territoires pour reconnaître et mettre en valeur leurs potentialités. Il nous faut une grande loi d’orientation sur les territoires ruraux. J’ai interpellé tous les ministères pour les sensibiliser. Tous ou presque m’ont renvoyé vers le ministère de la cohésion des territoires alors que chacun est directement concerné. Et c’est bien là le problème : plutôt que chacun tente de régler des questions spécifiques à son ministère, il est urgent d’agréger l’ensemble de ces problématiques dans une grande loi d’orientation afin de nourrir un véritable projet, une vision pour les territoires ruraux – en complémentarité, bien sûr, et non en opposition avec les territoires urbains, où les questions de politique de la ville sont prégnantes.

Les questions relatives au logement et au travail sur un territoire doivent constituer la colonne vertébrale de ce grand chantier urgent à mettre en place. Il s’agira dès lors d’aborder l’habitat, les services – santé, éducation… –, les mobilités, mais aussi l’économie, les métiers de demain, l’innovation, la localisation des activités… pour ne pas céder au fantasme de la concentration ou à cette tendance du big is beautiful, qui nient les réalités de proximité. C’est aussi aborder le sujet du vivre ensemble autour du tissu associatif ou encore l’offre culturelle. Or on ne trouve rien de cela dans ce projet de loi de finances, au contraire : une baisse du budget de la cohésion des territoires et une baisse incompréhensible de celui de l’emploi dans le contexte que nous connaissons, sans parler de l’agriculture dont le budget, lui aussi en diminution, est un bien mauvais signal aux agriculteurs en proie au doute et qui sont pour beaucoup confrontés à une sécheresse sans précédent – comme c’est le cas dans mon département de l’Allier.

Après avoir constaté qu’il s’agissait d’un budget d’injustices, on peut donc aussi le qualifier de budget de renoncement et d’abandon – abandon aussi des territoires ultramarins pour lesquels de nombreuses particularités, sur le plan fiscal, sont aujourd’hui remises en cause, faisant dire à de nombreux élus d’outre-mer de diverses tendances qu’on les oblige à financer leur développement par leurs propres moyens.

Il est intéressant, sur ce point, de s’attarder quelques instants sur le dernier rapport de la Cour des comptes concernant les finances publiques locales. La Cour note que l’impact de la baisse de la dotation globale de fonctionnement a été rapide et marqué sur les dépenses d’investissement qui ont reculé de 11 % entre 2013 et 2017. La Cour pointe également la persistance de grandes disparités locales, y compris au sein de chaque catégorie de collectivités. Ainsi, au sein du bloc communal, les divergences d’évolution constatées par strate de population suggèrent que la maîtrise des charges est plus délicate à obtenir dans les petites collectivités que dans les ensembles intercommunaux de grande taille, notamment les métropoles et leurs communes membres, qui présentent plus de capacités de mutualisation et un degré d’intégration plus élevé.

Toujours selon la Cour, la baisse programmée de ces concours financiers de l’État devrait tenir davantage compte des niveaux de ressources et de charges des collectivités, afin d’individualiser les efforts de gestion. Ce rapport, au demeurant très intéressant, revient sur l’article 13 de la loi de programmation des finances publiques, qui soumet dès 2018 les dépenses des collectivités locales à un objectif national d’évolution de 1,2 % par an au maximum en valeur. La Cour juge que cet objectif est ambitieux si l’on tient compte de l’inflation qui connaît une reprise depuis 2017. Pour l’atteindre, les dépenses de fonctionnement devraient baisser à partir de 2020 en termes réels, c’est-à-dire déduction faite de la hausse des prix. Est-ce bien raisonnable ? Est-ce surtout tenable ? Il faut réparer cette saignée faite aux collectivités.

La troisième question importante pour moi, pour nous, concerne la transition écologique. Nicolas Hulot a claqué la porte du Gouvernement en dénonçant une politique des petits pas et le fait que les grands enjeux n’étaient pas pris en compte. Pouvez-vous nous dire, monsieur le ministre, en quoi ce budget change la donne par rapport au constat alarmiste de l’ancien ministre de l’écologie, à part une fiscalité écologique qui dépasse le niveau acceptable pour des citoyens qui n’ont pas le choix, obligés qu’ils sont de passer à la pompe où le prix des carburants va de 1,60 à 1,70 euro ? Samedi, lors d’une inauguration, dans un petit village de ma circonscription, le maire, avec un brin d’humour mêlé de colère déclarait : « Avant, j’avais peur du vide, maintenant, j’ai peur du plein. » (Sourires.)

Quand on propose d’ajouter ne serait-ce qu’une seule tranche d’imposition au barème de l’impôt, c’est tout de suite un tollé. On parle alors, en effet, de fiscalité confiscatoire. Et là, ce n’est pas confiscatoire, des taxes aussi importantes pour ceux qui les paient ? Avec tout ce qu’on a entendu pendant les débats sur le projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable – EGALIM –, on pouvait s’attendre à des mesures fortes pour l’agriculture sous sigle de qualité – eh bien, non, rien ! Rien non plus concernant un grand service public de l’énergie, rien de contraignant dans ce domaine pour les entreprises dont les pratiques ne sont pas toujours très vertueuses. Ce budget n’est donc pas non plus un budget d’anticipation : il ne prépare en rien l’avenir face aux grands défis du monde.

Les sondages ne sont pas favorables au Président de la République dont la cote de popularité s’effrite au fil des semaines depuis le début de l’été et encore plus depuis la rentrée. Malgré ces nombreux signes de mécontentement, le chef de l’État campe sur ses certitudes et déclare qu’il ne changera pas de cap. Le suspense insoutenable du remaniement ministériel a alimenté la chronique tout au long de la semaine après le départ du ministre de l’intérieur retourné à la vie lyonnaise. On tente de nous faire croire que tout ira bien avec quelques têtes nouvelles, mais cela me rappelle ce que me disait, avec son accent bourbonnais bien trempé, après un changement de ministre de l’agriculture, un agriculteur pour lequel je travaillais : « Je vais vous y dire moi, monsieur Dufrègne, on a changé le flacon, mais on n’a pas changé ce qu’il y avait dedans ! »

Eh bien, oui, peu importe qu’on change de ministre si on ne change pas de politique ! Et pourtant, et c’est bien ce qui motive notre motion de renvoi en commission : si d’autres choix sont bien sûr possibles, ils sont avant tout nécessaires. Nous vous avons fait des propositions, vous les avez toutes repoussées. Alors je vous mets en garde : quand on est trop sûr de soi-même, on n’est pas loin d’en faire une, si elle n’est pas déjà faite… Un renvoi en commission permettrait de corriger cette trajectoire qui, nous le voyons bien, n’apporte rien au pays ni aux Français, si ce n’est à une petite minorité de privilégiés qui peuvent dormir sur leurs deux oreilles – la maison est bien gardée.

Nous pouvons récupérer des moyens importants qui nous permettront de mettre en place des politiques plus vertueuses sur les plan social, économique ou environnemental.

J’ai abordé la question des impôts. Parlons de l’impôt sur le revenu des personnes physiques. Nous vous avons une nouvelle fois proposé d’en revoir la progressivité en augmentant le nombre des tranches et en modifiant les taux, comme cela été fait il n’y a pas si longtemps – niet ! Et pourtant l’impôt sur le revenu est le plus juste car progressif, précisément. Il permet à chacun de contribuer en fonction de ses ressources, même si de nombreux dispositifs pour les réduire existent et favorisent plutôt ceux qui en paient le plus.

L’impôt sur le revenu permet aussi de réduire les disparités salariales mais son produit est trop faible par rapport à celui de la TVA qui est, lui, l’impôt le plus injuste puisqu’il frappe la consommation. C’est pourquoi nous proposons de supprimer la TVA sur des produits de première nécessité et de ramener son taux normal à 19 %, comme en Allemagne, pays que vous prenez souvent en exemple. Nous proposons d’arrêter de faire les poches aux chambres consulaires, comme les chambres de commerce et d’industrie – CCI –, que vous obligez à licencier des personnels dont les fonctions sont utiles au développement des territoires.

Nous proposons en outre de revenir sur la suppression de plus de 4 000 postes de fonctionnaires et donc sur l’assèchement progressif de nos services publics. Nous proposons de faire de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, qui nous privent aujourd’hui de 60 à 80 milliards d’euros, une grande cause nationale. Nous proposons de revenir sur les questions de pouvoir d’achat des actifs et des retraités. Nous proposons de conditionner les réductions de cotisations sociales à des engagements sociaux et environnementaux. Nous proposons de revenir sur la privatisation de plusieurs entreprises stratégiques comme Aéroports de Paris, la Française des jeux ou encore Engie.

J’arrête là cet inventaire à la Prévert car c’est en fait l’ensemble de vos politiques qu’il faut aujourd’hui revoir. Vous conduisez en effet le pays dans une impasse en renforçant le sentiment de colère et de relégation. Ne vous étonnez pas alors que ce sentiment d’abandon, voire de trahison, nous conduise sur des chemins que nous pensions pourtant fermés à jamais. À celles et ceux que le doute envahit, nous disons qu’il ne faut jamais perdre espoir car un combat n’est jamais perdu par avance.

J’ai fait référence à plusieurs études ou articles de presse. Je conclus en citant le Nouveau magazine littéraire du mois d’octobre, dont je vous recommande la lecture, en particulier celle du dossier très intéressant intitulé : « Le capitalisme ne répond plus ». En préambule, ce dossier pose le décor : le système capitaliste est- il devenu incontrôlable ? Sa dérive financière semble l’avoir porté hors d’atteinte des mises en garde d’experts comme de la régulation d’États dépassés par la surpuissance des GAFA – Google, Amazon, Facebook, Apple. L’enrichissement frénétique des plus riches au détriment des salariés creuse un fossé qui pourrait être sa tombe, surtout si persiste sa quête effrénée du profit contre l’écologie. Pour stopper cette course folle à l’abîme, il reste la force des réflexions, des opinions, des mouvements qui s’esquissent contre le capitalisme aveugle et sourd.

Je voudrais en terminant avoir une pensée particulière pour les victimes des inondations dans l’Aude.