PLF 2018 - Sport Jeunesse et Vie associative (séance)

par Faucillon Elsa

Monsieur le président, madame la ministre, monsieur le ministre, chers collègues, à l’annonce de l’obtention de l’accueil des Jeux olympiques et paralympiques de 2024 par la France, le Président de la République a déclaré que cette victoire était une opportunité formidable pour accompagner la transformation du pays, en accroître le dynamisme et y renforcer partout la place du sport. Quelques semaines après, l’exécutif décide de réduire le budget de l’État dédié au sport de 7 %, avec pour principale victime le Centre national pour le développement du sport, dont le budget est réduit de moitié, passant de 260 à seulement 133 millions d’euros. Le Gouvernement invoque le recentrage des crédits du CNDS sur la promotion du sport pour toutes et tous plutôt que sur la construction des grandes structures ; mais quand bien même, le compte n’y est pas. Dans le budget précédent, 181,5 millions d’euros étaient fléchés en direction de la promotion du sport pour toutes et tous, soit 48 millions de plus que l’enveloppe totale du CNDS dans ce projet de loi de finances. Celui-ci signe donc une baisse massive des crédits dédiés à la promotion du sport et au soutien aux clubs et aux territoires sous-dotés.
Le Gouvernement dit vouloir faire beaucoup mieux avec beaucoup moins dans ce domaine – comme dans tous les autres. Cette marotte «austéritaire» ne construira ni les stades, ni les piscines, ni les dojos dont on a partout besoin. Ce budget des sports est en totale opposition avec l’idée d’opportunité qu’offre l’organisation des Jeux. Cela fait des années qu’il est réduit à sa portion congrue, si bien que l’on se demande quelles sont encore les marges d’action de l’État dans ce domaine. Vous ouvrez 48 millions d’euros de crédits pour commencer la préparation des Jeux olympiques et paralympiques, notamment pour financer les études menées par la société de livraison des ouvrages olympiques. C’est en effet un passage nécessaire. Mais – on peut tous le dire, quel que soit notre bord politique – la réussite des Jeux passera d’abord par le développement de la pratique sportive pour toutes et tous. Comme le rappelait Marie-George Buffet en commission, la semaine dernière, l’héritage des Jeux ne se réduit pas aux quelques infrastructures supplémentaires construites à cette occasion ; leur héritage réel, c’est l’ensemble des équipements réalisés ou réhabilités pendant les sept années qui nous en séparent, et surtout le nombre de licenciés, garçons et filles, gagné durant cette période.
Oui, cet objectif exige des moyens. Le groupe GDR ne votera pas un budget qui va complètement à rebours de cette visée, qui ne permettra pas de développer les infrastructures, qui ne soutiendra pas les associations sportives – piliers du monde associatif –, en tout cas pas à la hauteur de l’opportunité. Le monde associatif est globalement précarisé, et à l’étude des crédits dédiés au programme «Jeunesse et vie associative», nous ne pouvons qu’être inquiets. Environ 80 % du budget du programme est absorbé par le service civique. L’action en faveur de la jeunesse et de l’éducation populaire diminue de pratiquement 2 millions d’euros, et même si je salue l’amendement de dernière minute – et de bon sens ! – du Gouvernement compensant la fin de la réserve parlementaire à hauteur de 25 millions d’euros, la situation reste préoccupante. Le tissu associatif de notre pays est mis en danger par la fin brutale de dizaines de milliers de contrats aidés, qui précarise d’innombrables structures, et la baisse des dotations aux collectivités territoriales que l’on connaît depuis dix ans.
Si le monde associatif, si les structures d’éducation populaire s’écroulent, c’est la cohésion sociale qui se trouvera menacée, en quartier urbain comme en zone rurale. Faut-il rappeler que les associations comptent en France 20 millions d’adhérents, 15 millions de bénévoles et 1,8 million de salariés ? Il est plus que jamais nécessaire de leur assurer une pérennité financière en revenant par exemple sur le recours de plus en plus systématique aux appels à projet, alors qu’elles ont besoin de stabilité. Cherchons à privilégier les plans de subventions pluriannuels afin de leur donner les moyens d’agir !
Enfin, j’alerte sur le développement du service civique qui, je l’ai dit, absorbe environ 80 % des crédits du programme «Jeunesse et vie associative». Ce dispositif présente un intérêt certain pour des jeunes ayant peu ou pas de formation, auxquels il permet de s’engager au service des autres. Il ne s’agit pas de le remettre en cause, mais il ne peut pas être généralisé à l’infini. Beaucoup trop de missions de service civique représentent des emplois déguisés ou des alternatives aux stages : l’année dernière, 35 % des jeunes en service civique avaient un diplôme du supérieur et seulement 25 %, un diplôme inférieur au bac. «Aux jeunes, ne traçons pas un seul chemin ; ouvrons-leur toutes les routes», disait Léo Lagrange. Ce budget est malheureusement loin de répondre à cet impératif ; c’est pour toutes ces raisons que le groupe GDR votera contre. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.)