PLF 2018 - Enseignement scolaire (Question)

par Peu Stéphane

Monsieur le ministre, la Seine-Saint-Denis est le département de métropole le plus jeune mais aussi celui où le revenu médian est le plus faible, où la proportion d’enfants vivant dans une famille monoparentale est la plus importante et où le taux d’enfants vivant en dessous du seuil de pauvreté est le plus élevé.

Cette situation explique sans nul doute le profond attachement des parents à l’école comme creuset d’intégration et de promotion sociale car c’est dans les milieux modestes et au sein des familles populaires que les attentes en matière d’éducation sont les plus fortes.

Or c’est précisément en Seine-Saint-Denis que la République manque le plus à sa promesse. Comme nous le confiait un expert auditionné la semaine dernière par la mission d’évaluation de l’action de l’État dans l’exercice de ses missions régaliennes en Seine-Saint-Denis, « l’établissement le moins bien doté de Paris l’est toujours plus que l’établissement le mieux doté de la Seine-Saint-Denis. »

Ce constat est malheureusement ancien et confirmé par les données transmises par le ministère de l’éducation nationale lui-même. Ainsi la Seine-Saint-Denis a le plus faible taux de scolarisation des enfants de deux ans. C’est le département où l’ancienneté des enseignants est la plus faible ; celui qui compte le nombre le plus élevé d’enseignants contractuels – 400 pour le seul enseignement élémentaire en ce début d’année scolaire.

Le concours supplémentaire de l’académie de Créteil sera-t-il reconduit en 2018 afin de limiter le recours aux contractuels ? Vous qui êtes attaché à la formation des maîtres, que comptez-vous faire pour combler le manque de formateurs à l’École supérieure du professorat et de l’éducation de Livry-Gargan ?

Presque vingt ans après le plan de rattrapage de l’éducation nationale en Seine-Saint-Denis, tous les clignotants sont au rouge. Comptez-vous élaborer avec les acteurs de ce département un plan d’avenir ? Nous sommes le département le plus jeune et aussi un des plus peuplés de France. On ne pourra pas construire l’avenir de ce pays en faisant une croix sur ce département prometteur. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.)

Réponse du ministre de l'éducation nationale, M. Jean-Michel Blanquer. Merci pour cette question qui me permet d’évoquer la situation de la Seine-Saint-Denis, département que je connais assez bien comme vous le savez.

Cette situation montre que nous sommes obligés d’agir de façon différenciée selon les départements. C’est une nouvelle preuve que l’uniformité n’est pas le chemin vers l’égalité. C’est notre capacité à regarder les difficultés spécifiques de chaque territoire qui nous permet de nous adapter. C’est ainsi que la liberté peut mener vers plus d’égalité.

La Seine-Saint-Denis a besoin de mesures spécifiques. Vous l’avez rappelé à propos du second concours créé par l’académie de Créteil qui s’est révélé être plutôt une réussite. Il n’y a donc pas de raison de ne pas le maintenir l’an prochain.

Il faut bien entendu lutter contre les causes qui ont conduit à mettre en place ce second concours. Nous en avons besoin dans l’immédiat mais j’espère bien qu’à moyen terme, ce ne sera plus le cas.

De même nous devons limiter le recours aux contractuels dans cette académie mais là aussi cela prendra plusieurs années. Dans l’immédiat, il reste indispensable.

Je ne souhaite pas qu’on présente la Seine-Saint-Denis comme étant particulièrement défavorisée par les politiques publiques. Au volontarisme des collectivités locales, à commencer par celui du département, s’ajoute le volontarisme de l’État vis-à-vis de la Seine-Saint-Denis. C’est le département qui bénéficie le plus du dédoublement des classes de CP. C’est le département qui bénéficiera le plus de l’ensemble des mesures que nous allons prendre en faveur de l’éducation prioritaire.

Il faut cultiver une sorte de volontarisme et d’optimisme pour ce territoire. J’en ai parlé avec le président du conseil départemental. Nous sommes prêts à expérimenter des approches spécifiques qui favorisent l’aspect qualitatif. Je signale que le plan d’urgence de 1998 auquel vous faites référence n’a pas eu d’impact particulier sur les résultats scolaires en Seine-Saint-Denis. On doit donc tirer la leçon de ce qui s’est passé alors et préconiser de nouvelles approches qualitatives plutôt qu’un saupoudrage des moyens.

Ces nouvelles approches qualitatives, j’y suis tout à fait prêt. S’agissant par exemple de l’école supérieure du professorat et de l’éducation que vous citez, on pourrait en faire l’avant-garde de l’approche qualitative à l’avenir dans l’académie de Créteil.