PLF 2018 - Enseignement scolaire (commission élargie)

par Faucillon Elsa

Je tiens avant tout à remercier Bertrand Sorre pour son rapport. Il y aborde la pratique des tests osseux pour les mineurs isolés étrangers. Je saisis l’occasion qui m’est offerte pour redire notre volonté de mettre fin à ce procédé non seulement indigne mais totalement inefficace, et qui, dans certains départements, est utilisé pour retarder la scolarisation de jeunes enfants.

Ma question, monsieur le ministre, porte sur la partie du budget qui prévoit la suppression d’un peu plus de 2 000 postes d’enseignants stagiaires. Cette décision vaut presque prise en compte officielle de la crise de recrutement chez les enseignants. Cela aura pour effet de multiplier les recrutements de contractuels de plus en plus précaires. À l’origine, ces derniers étaient recrutés en cas de force majeure, or ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ils le sont très souvent à l’année et dans les zones d’éducation prioritaire. Embaucher ces personnels en lieu et place d’agents titulaires, c’est, bien sûr, introduire dans l’éducation nationale une logique d’abaissement du coût du travail, et c’est aussi un risque – j’espère que ce n’est pas une volonté – de « défonctionnarisation » de l’éducation nationale. Enfin, cette baisse du nombre de postes offerts aux concours est forcément un mauvais signal envoyé aux étudiants et peut de ce fait aggraver la crise de recrutement.

Je crois que le milieu enseignant, mais pas seulement lui, demande une revalorisation. Aussi, quelles mesures entendez-vous prendre à cet effet ? Dans le même ordre d’idées, pensez-vous expérimenter, dans des facultés pilotes, un pré-recrutement des professeurs au niveau du baccalauréat ou de la licence avec un premier concours, puis prévoir une formation continue en tant que fonctionnaires stagiaires ?

Réponse du ministre de l'éducation nationale M. Jean-Michel Blanquer :
Pour moi, le premier outil, mais non le seul, c’est le pré-recrutement. Nous devons prévoir des bourses pour des élèves qui ont une vocation pour le professorat, éventuellement dès le secondaire, et en tout cas au début du supérieur. Les assistants d’éducation, dont je parlais tout à l’heure, est déjà un important début de réponse, et je réponds ainsi à cet aspect de la question de Mme Faucillon.

Ce que nous devons viser, bien entendu, c’est la robustesse du système, sa qualité. Recruter des contractuels ne saurait être un but, même si l’on peut imaginer que l’accès à l’emploi se fasse par la voie contractuelle. C’est ce que nous allons faire, par exemple en Guyane, d’où je reviens et où nous avons besoin de procéder de cette façon-là pour être pragmatique et efficace.

Notre but, naturellement, est d’avoir une immense majorité de professeurs qui soient des titulaires bien recrutés, bien formés, heureux dans leur travail, avec des perspectives de carrière et de mobilité. Tout est lié : l’attractivité, la question salariale, celle de la formation continue, mais aussi celle des perspectives de carrière. C’est pourquoi la politique générale de ressources humaines prévoira des prises de responsabilité plus importantes qu’aujourd’hui, correspondant à des rémunérations supplémentaires, donc à des améliorations du pouvoir d’achat. Nous ouvrirons aussi les carrières, en prévoyant les formations nécessaires.