PLF 2018 - Engagements financiers de l'Etat (commission élargie)

par Roussel Fabien

Au nom de la dette et des intérêts acquittés à ce titre, que de sacrifices il nous faudrait encore accepter ! En tant que député du Nord, département où l’on connaît les sacrifices, je trouve que cette situation n’est plus acceptable. Entre 2008 et 2011, les États membres de l’Union européenne ont versé plus de 1 600 milliards d’euros aux banques pour les sortir de la crise des subprimes. Sur la même période, l’endettement de la France est passé de 70 % à 100 % du PIB, en seulement trois ans donc. Aujourd’hui, loin de contribuer à l’effort de redressement des comptes de la nation, les banques nous étranglent en réclamant des intérêts scandaleux sur notre dette : 41,2 milliards d’euros pour 2018 ! Et 1 % de hausse de ces taux nous coûterait 2 milliards d’euros l’année prochaine. C’est absolument insupportable.

En Grèce, la dette reste le premier problème. La cure d’austérité qui a été imposée à ce pays est loin d’avoir diminué cette dette : elle l’a au contraire augmentée, puisqu’elle est passée de 150 % à 185 % du PIB. Comme toujours avec la dette, les banques centrales se sont enrichies. Mario Draghi a dû admettre que la Grèce a ainsi versé 7,8 milliards d’euros d’intérêts entre 2012 et 2016. Nous ne les avons pas rendus. La France, qui a perçu plus d’un milliard d’euros d’intérêts sur la dette grecque, va-t-elle montrer l’exemple en rendant cette somme ?

Quelles initiatives la France peut-elle prendre pour se financer à taux zéro, comme elle le faisait autrefois ? Compte tenu des taux d’intérêt que les collectivités territoriales doivent verser pour investir, il me paraît indispensable qu’elles puissent se financer à taux zéro. Quand va-t-on se libérer de ces taux d’intérêt qui nous plongent dans un état de surendettement permanent ?

Comme Eric Coquerel, je crois qu’il faut mettre en regard notre déficit, soit 76,5 milliards d’euros, avec les 80 milliards d’euros d’évasion fiscale. Si on les récupérait, ce n’est plus de déficit que l’on parlerait, mais d’investissement.

Réponse de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’État :
J’ai répondu à votre interrogation, monsieur Roussel. Je respecte pleinement les convictions et la démarche qui sont les vôtres sur la gestion de la dette, mais ce n’est pas notre approche. Nous considérons que la dette, au fond, est l’ennemi de l’État. Plus ce dernier est endetté, moins il a de marges de manœuvre et moins il peut se comporter comme un stratège. Les vrais ultralibéraux ne sont pas ceux qui combattent la dette de l’État mais ceux qui l’encouragent, car un État endetté n’a pas de marges de manœuvre. Je crois profondément à sa capacité à organiser, à réguler, à prendre ses responsabilités, à mettre en place des politiques publiques et à corriger. Pour qu’il puisse le faire, nous devons en finir avec la spirale infernale de la dette. Plus l’État est endetté, plus nous faisons le bonheur des ultralibéraux et ma conception de l’État ne consiste pas à leur faire plaisir. La réduction de la dette est pour nous un moyen d’améliorer son action.