PLF 2018 - Défense (séance)

par Chassaigne André

La parole est à M. André Chassaigne, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.

M. André Chassaigne. Madame la présidente, madame la ministre, monsieur le président de la commission de la défense, madame et messieurs les rapporteurs, chers collègues, mon intervention en commission élargie portait sur l’exigence de s’inscrire dans une politique de désarmement nucléaire. Pour les députés du groupe de la Gauche démocratique et républicaine, il est grand temps que la France ratifie le traité international d’interdiction des armes nucléaires adopté le 7 juillet dernier par 122 pays à l’initiative de l’ONU.

La France doit s’investir sur la scène internationale en déployant une nouvelle politique étrangère et de sécurité au service de la paix et du désarmement. C’est la paix qui doit être la première de nos visions, d’autant plus que la force nucléaire indépendante française représente une dépense de 4 milliards d’euros, en augmentation de 4,5 % en 2018, soit 10 % du budget de la défense hors pensions, 21,9 % des crédits d’équipement.

Dans votre réponse vous avez botté en touche. « On peut souhaiter une interdiction, avez-vous dit, mais elle ne me paraît pas tenir compte de la réalité de notre environnement stratégique actuel. Nous voyons chaque jour la menace que représente la Corée du Nord, acteur de la prolifération nucléaire. » Vous me faites penser au mot du général Colin Powell, chef d’état-major américain qui disait après la chute de l’Union soviétique être à court de démons et devoir se contenter de Castro et de Kim Il Sung.

Votre déclaration s’inscrit dans la posture offensive et agressive de l’OTAN. Elle est inquiétante en ce qu’elle ouvre la voie à la banalisation de l’usage du nucléaire et à la relance de la course aux armements dans ce domaine. Gardons à l’esprit, chers collègues, les propos d’Albert Camus au lendemain d’Hiroshima : « La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. »

Avec l’OTAN, les États-Unis contrôlent les politiques de défense des États membres. Ils maintiennent sur le territoire européen une présence militaire qui n’a plus lieu d’être depuis la fin de la guerre froide. L’OTAN plombe l’ensemble des budgets de défense européens au profit du complexe militaro-industriel anglo-américain. Depuis la fin de la guerre froide, les budgets de défense des pays de l’OTAN seraient suffisants pour assurer la sécurité de chaque pays s’ils n’étaient pas captés au profit des programmes d’armement surdimensionnés imposés par les États-Unis. L’appétence de l’OTAN pour des stratégies de guerre préventive, pour l’usage du nucléaire tactique et l’implantation d’un bouclier antimissile en Europe en fait un facteur d’insécurité et de danger pour la paix dans le monde.

Les principes d’une défense nationale indépendante et progressiste impliquent que notre pays prenne la décision de quitter l’OTAN et appelle au démantèlement de cette organisation, c’est-à-dire à sortir à la fois du traité de l’Atlantique nord et du commandement militaire intégré. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.)Une telle décision politique produirait un choc salvateur qui permettrait d’ouvrir le débat sur la mise en œuvre d’une politique de défense européenne et méditerranéenne fondée sur la paix, la sécurité collective, la coopération et l’indépendance de chaque peuple en liaison avec l’ONU.

Le 6 juillet dernier, madame la ministre, devant la commission de la défense, vous avez dit vouloir « engager une profonde transformation visant à trouver des modes de financement innovant pour accélérer le renouvellement des matériels ». Ne sachant plus comment sortir du programme d’austérité et de rigueur financière, vous préparez en fait la mise en place de sociétés de leasing de matériel militaire. Ces « Kiloutou de l’armement » achèteraient du matériel neuf ou déjà en dotation dans les forces, puis le reloueraient aux forces.

Nous nous opposons à cette transformation des systèmes d’achat de matériels et à ses conséquences sur le maintien en condition opérationnelle. Les armes ne sont pas des marchandises comme les autres : elles doivent relever de l’État, pas des marchands du temple.

M. Bastien Lachaud. Il a raison !

M. André Chassaigne. J’en veux pour exemple le MCO de nos matériels de défense aéronautiques. Nous le savons, ceux-ci sont particulièrement sollicités par nos opérations extérieures. Ils nécessitent donc que soient confortés à la fois nos outils de maintenance industrielle que sont les ateliers industriels de l’aéronautique, AIA, tout comme le statut et les conditions de travail des personnels ouvriers d’État. Il s’agit bien de garantir une maîtrise technique et une sécurité garantes de notre indépendance nationale et de la protection de nos troupes, que ne peuvent pas nous assurer les montages aujourd’hui prônés par la si libérale Cour des comptes. Nous réaffirmons l’exigence d’un budget du ministère capable d’assurer pleinement le MCO de nos matériels, notamment aéronautiques.

Pour les députés du groupe GDR, ces trois points – désarmement nucléaire, sortie de l’OTAN, maîtrise de nos matériels – sont autant de raisons, parmi beaucoup d’autres, de voter contre ce projet de budget de la défense. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.)