PLF 2018 - Défense (commission élargie)

par Chassaigne André

Mon intervention portera sur l’avenir de la force nucléaire française et la perspective d’un désarmement nucléaire multilatéral et général.

L’attribution du prix Nobel de la paix à Ican (International campaign to abolish nuclear weapons – Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires) est une récompense considérable pour toutes celles et ceux qui luttent pour un monde de paix bâti sur la solidarité entre les peuples et les nations. Les députés du groupe de La Gauche démocrate et républicaine se réjouissent fortement du choix du jury, qui encourage toutes les organisations partenaires de cette campagne, à poursuivre leur engagement en faveur de la sécurité mondiale. Face à la montée des tensions ces derniers mois en Asie et aux propos belliqueux qui font renaître le risque d’un conflit nucléaire, ce choix traduit l’aspiration à un monde de paix, à un monde délivré des armes de destruction massive.

Dans ce contexte, madame la ministre, ne pensez-vous pas qu’il est grand temps que la France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, ratifie le traité international d’interdiction des armes nucléaires adopté le 7 juillet dernier par 122 pays à l’initiative de l’ONU. La France doit également s’engager, avec les 115 pays déclarés « zones exemptes d’armes nucléaires », dans un processus mondial de destruction des armes nucléaires.

C’est l’action conjointe d’associations, d’institutions internationales et de certains États qui a permis l’adoption du traité d’interdiction des armes nucléaires, avancée considérable sur le chemin de leur élimination.

Les puissances dotées de l’arme nucléaire, signataires du traité sur la non-prolifération, se sont jusqu’à présent tenues à l’écart des négociations. Mais, elles ne pourront pas indéfiniment ignorer l’aspiration des peuples au désarmement et à la paix. Et la France doit s’investir sur la scène internationale en déployant une nouvelle politique étrangère et de sécurité au service de la paix et du désarmement.

Aujourd’hui la force nucléaire indépendante française représente une dépense de l’ordre de 4 milliards d’euros, soit 10 % du budget de la défense hors pensions. Cette somme ne devrait-elle pas plutôt bénéficier à nos armées conventionnelles ?

Réponse de Madame la Ministre des armées Mme Florence Parly :
M. Chassaigne m’a interrogée sur l’adhésion éventuelle de la France au traité d’interdiction des armes nucléaires. Nous en sommes tous d'accord, le désarmement nucléaire est une préoccupation absolument majeure et nous avons tous pour perspective, à un horizon que nul ne saurait définir, d’aboutir à un monde sans armes. Je crois qu’il n’y a pas de débat sur l’objectif mais plutôt sur la bonne façon d’y parvenir. C’est dans le cadre du traité de non-prolifération que la question du désarmement nucléaire est aujourd’hui traitée. On peut souhaiter une interdiction, mais elle ne me paraît pas tenir compte de la réalité de notre environnement stratégique actuel – nous voyons chaque jour la menace que représente la Corée du Nord, acteur de la prolifération nucléaire. J’ajoute que la France a été exemplaire en matière de non-prolifération et qu’elle le demeure. Au cours des vingt dernières années, la réduction de l’arsenal nucléaire français a été extrêmement forte, notamment avec la fermeture du plateau d’Albion et le démantèlement de la composante sol-sol.