PLF 2018 - Action extérieure de l'Etat (séance)

par Lecoq Jean-Paul

La parole est à M. Jean-Paul Lecoq, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.

M. Jean-Paul Lecoq. Nous nous associons aussi aux conclusions des rapporteurs pour avis de la commission des affaires étrangères.

Comment la France peut-elle se positionner pour rester crédible et forte au niveau international ? Le budget du ministère de l’Europe et des affaires étrangères est censé répondre à cette question. Or nous avons beau lire et relire vos documents budgétaires, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, nous n’y trouvons pas la bonne réponse.

Le budget de l’action extérieure de l’État n’est pas à la hauteur des ambitions. Le Quai d’Orsay, cela a été dit, est considérablement affaibli depuis des années, notamment à cause de la suppression de la moitié de ses effectifs en trente ans. Et, monsieur le ministre, vous nous vendez cette année un budget soi-disant stable. C’est un trompe-l’œil ! Avec cette stabilisation, vous masquez en fait les 160 millions d’euros gelés au mois de juillet. Le budget pour 2018 sera donc inférieur à celui de 2017, tout simplement. Sans compter que les budgets pour 2019 et 2020 seront aussi en baisse, de 176 millions d’euros. Il y aura un moment où notre diplomatie ne pourra plus absorber de tels chocs.

A contrario, à voir l’augmentation du budget du ministère des armées et sachant que l’arsenal de dissuasion nucléaire français sera une priorité budgétaire en 2018, il y a de quoi être surpris. Et cela, l’année même où la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires se voit décerner le prix Nobel de la Paix, après avoir œuvré à la signature par 122 États de l’ONU d’un traité qui déclare illégales les armes nucléaires. Au regard du droit international, cela relève presque de la provocation !

Nous ferions quand même mieux d’investir dans la diplomatie que dans la guerre. Parler, négocier, tel est le métier des diplomates ; sans eux, ce sont les armes qui parlent. Il est donc temps de rendre à la diplomatie sa juste valeur dans le budget de l’État français.

La diplomatie culturelle patine. Les moyens disponibles pour mettre en avant la francophonie et les instituts français sont dérisoires. Les différentes politiques de partenariat scientifiques, universitaires ou culturels ne sont pas suffisamment valorisées.

Les nombreuses ventes des bâtiments d’ambassade dégradent l’image de la représentation française et le manque de personnel dans les ambassades ralentit toutes les procédures administratives pour les étrangers souhaitant se rendre en France, comme pour les expatriés.

Toutes ces actions sont dommageables pour l’image de la France. N’est-ce pas un mauvais calcul ? Si l’on rajoute à cela le grand nombre de résolutions de l’ONU que la France ne respecte pas, notamment à propos du nucléaire militaire, mais aussi du Sahara occidental, des Comores et de Mayotte, ou encore de la Polynésie française, on constate que la grandeur de la France ne tient qu’à un fil. L’extraordinaire densité et la force de notre réseau diplomatique ne doit pas péricliter au simple motif qu’il est déjà bien structuré.

Ce budget est donc à contre-courant de ce qui se passe partout dans le monde. Vous l’avez dit, monsieur le rapporteur, et vous aussi, monsieur le ministre. Partout, les grandes puissances mondiales valorisent leur identité – le rapporteur parlait à ce propos du soft power.

Évidemment, la France véhicule déjà une image positive dans le monde, mais ce n’est pas une raison pour se reposer sur ses acquis. La réflexion sur l’influence culturelle doit être prioritaire pour la France : les attachés culturels devraient à nouveau peupler les ambassades.

Aujourd’hui, alors que la francophonie souffre pour attirer de nouveaux locuteurs, la Russie investit massivement les espaces médiatiques ; le Qatar n’hésite pas à dépenser des sommes folles pour le sport et sa médiatisation ; la Chine investit lourdement en Afrique ; et que dire des États-Unis ou de la Grande-Bretagne ? Ce budget ne semble pas prendre la mesure de cet enjeu, et fait prendre le risque que la France ne perde de son influence dans les années à venir.

Alors que le Président a imprimé sa vision des relations internationales, en insistant sur une action internationale de la France qui repose sur la défense, la diplomatie et le développement, on remarque que seule la défense tire son épingle du jeu. Cette asymétrie entre les paroles du Président et les actes du Gouvernement est profondément regrettable pour la crédibilité de la France sur la scène internationale.

Ce qui est très gênant dans la politique que vous menez, monsieur le ministre, c’est qu’il n’y a jamais une seule seconde à perdre lorsqu’il s’agit de découdre le droit du travail ou de faire des cadeaux aux plus riches, mais vous repoussez toujours à plus tard ces dépenses-là, pourtant nécessaires parce qu’utiles au plus grand nombre.

Vous l’aurez compris, nous voterons contre ce budget, car nous pensons que vous ne faites pas les bons choix pour faire de la France un grand pays porteur de paix et de liberté. Qui veut la paix prépare la paix : concentrons-nous sur la diplomatie et sur le développement. Ce sont ces valeurs-là qui nous animent. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)