PLF 2018 - Action extérieure de l'Etat (commission élargie)

par Lecoq Jean-Paul

Alors que le Président de la République assure vouloir refaire de la France une grande puissance, nous constatons une fois de plus que le discours est en opposition avec la réalité.

Les faits sont têtus. Le Président souhaite orienter la France vers ce qu’il a appelé les trois D : diplomatie, défense et développement. Si la défense nationale s’en tire bien, les deux autres D sont à la traîne : les crédits pour le développement diminuent et le budget de l’action extérieure de l’État est anémique. J’en veux pour preuve la suppression d’un tiers des effectifs ces dernières années.

D’autre part, tous les efforts financiers du Quai sont captés par Bercy qui n’a laissé aucune marge de manœuvre au ministère des affaires étrangères pour redistribuer les bienfaits de sa réorganisation comme il l’entend, excepté l’immobilier.

À quoi servent donc ces efforts s’ils ne peuvent être réinvestis ? Sans jamais remettre en cause les efforts certains des services publics diplomatiques, se posent au moins deux questions. L’obsession française de la diplomatie économique n’est-elle pas dommageable pour le rayonnement de la France ? Cette obsession n’éloigne-t-elle pas la France du véritable objectif légitime de la diplomatie : agir pour préserver ou pour rétablir la paix et préserver notre planète ?

Nous, communistes, nous prônons depuis toujours la paix entre les peuples. Et aujourd’hui, il est évident que la gestion comptable du budget nous éloigne de ce but ultime, car moins de diplomatie, c’est moins de discussion ; et lorsque l’on ne discute plus, ce sont les armes qui prennent parfois le relais.

Ce budget est donc aberrant. La majorité se félicite des efforts financiers mortifères pour la grandeur de la France sur la scène internationale, et se félicite que ceux qui restent soient occupés à faire un travail d’exportateur. Mais il nous semble très dangereux de s’éloigner ainsi du cœur de métier de la diplomatie qui reste et restera toujours la recherche de la paix par le dialogue.

En deux minutes, je ne peux guère développer davantage les positions du groupe de la Gauche démocrate et républicaine. Mais nous partageons une grande partie des positions développées par les rapporteurs de la commission des affaires étrangères.

Réponse du ministre M. Jean-Yves Le Drian :
Monsieur Le Coq, je n’ai vraiment pas le sentiment de proposer un budget aberrant. Je passe par ailleurs l’essentiel de mon temps, je dirais 80 % ou 90 %, à me consacrer à des efforts diplomatiques pour faire la paix ou sortir de la guerre.

Je présiderai lundi le Conseil de sécurité, pour la paix. Il n’y a donc pas de détournement de diplomatie, puisque c’est ce que vous sembliez suggérer. Oui, jusqu’à preuve du contraire, je suis à la tête de ce ministère et ce sont mes orientations qui prédominent. Que l’on puisse par ailleurs avoir une diplomatie économique et faire en sorte que les intérêts de la France soient préservés et offensifs, cela n’a rien de contradictoire. En tout cas, je n’envisage pas ainsi ma mission, ni celle de mes collaborateurs, ni celle de l’ensemble de la diplomatie française