PLF 2017 Action extérieure de l'Etat (séance)

par Asensi François

Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, la France a toujours eu la volonté de jouer un rôle majeur dans le concert des nations. Cependant, une décennie de coupes budgétaires, limitant considérablement les moyens de notre diplomatie, a eu raison de cette ambition.

La vingt et unième conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques – la COP21 – terminée, le projet de loi de finances pour 2017 voit les crédits de la mission « Action extérieure de l’État » diminuer de nouveau,…

M. François Rochebloine. Eh oui !

M. François Asensi. …notamment ceux des programmes « Action de la France en Europe et dans le monde » et « Diplomatie culturelle et d’influence ». On reste dans le cadre d’une baisse continue de la dépense publique, avec un plan triennal qui affaiblit notre action extérieure : baisse de 1 % des crédits et suppression depuis 2012 de 600 emplois en équivalent temps plein, dont 115 en 2017.

L’universalité de notre réseau est mise à mal par la transformation de vingt-six ambassades en postes de présence diplomatique, ainsi que par l’exercice dit « des grands postes ». Certes, l’expérimentation de « bureaux de France » en 2017 devrait permettre d’étendre notre réseau à de nouvelles métropoles dans les pays émergents, mais je me joins à M. le rapporteur spécial pour dire que pour que notre diplomatie puisse faire face aux nouveaux enjeux qui secouent le monde, à terme des créations d’emplois seront indispensables : la diplomatie française doit disposer des moyens nécessaires pour tenir son rang sur la scène internationale.

J’observe enfin que la culture continue de payer le prix fort, avec une chute de 1,2 % des crédits. Une vision marchande de la culture progresse, alors que la mondialisation effrénée exigerait de promouvoir la culture comme dialogue entre les nations.

Au-delà des questions budgétaires, et bien que ce ne soit pas l’ordre du jour, permettez-moi, monsieur le ministre, de faire quelques observations sur notre diplomatie.

Le quinquennat de Nicolas Sarkozy avait été marqué par le retour de la France dans le commandement intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, l’OTAN ; celui de François Hollande a été marqué par la réintégration totale de notre pays dans l’organisation, signe de l’abandon de notre libre arbitre et d’un alignement atlantiste. Notre suivisme a conduit notre pays à s’isoler progressivement sur la scène internationale. Membre permanent du Conseil de sécurité, ancienne puissance mandataire, la France, malgré ses tentatives de médiation, a ainsi été tenue constamment à l’écart des discussions sur l’avenir de la Syrie.

Notre diplomatie s’inscrit aujourd’hui plus que jamais dans une logique d’affrontement de blocs, quitte à nous éloigner de nos objectifs premiers : promouvoir la paix et la stabilité. L’imbroglio autour de la visite à Paris du président russe Vladimir Poutine l’illustre ; au Proche-Orient, la mise à l’écart du partenaire russe, tout comme celle des Iraniens auparavant, hypothèque nos chances de parvenir à des accords de paix.

La France a vocation à défendre un monde multipolaire. À l’heure de l’élection de Donald Trump, qui promeut une politique extérieure isolationniste et une refonte de l’OTAN, il serait temps pour la France de retrouver sa voix dans le concert des nations.

Par ailleurs, je m’interroge sur la cohérence de la position française au Moyen-Orient.

Le gouvernement turc, après une tentative de coup d’État avortée, s’est lancé dans une vaste opération de répression de tous les opposants politiques. L’opposition kurde, organisée autour du parti démocratique des peuples, en est la dernière victime. En ne condamnant pas cette situation avec fermeté, ne prenons-nous pas le risque d’affaiblir notre seul allié laïc dans la région ?

L’industrie française de l’armement se porte bien, tirée par des exportations en hausse. Cependant, en équipant des pays comme l’Arabie saoudite, engagée au Yémen et accusée de crimes de guerre, la France ne participe-t-elle pas, d’une certaine manière, à la déstabilisation de la région ? En ne préparant pas le renouveau des institutions politiques en complément de l’action militaire au Moyen-Orient, ne préparons-nous pas des lendemains chaotiques, comme l’illustre la situation en Afghanistan et en Libye ?

Un mot enfin sur l’impasse et l’absence d’horizon politique en Israël et en Palestine.

Nous avons la responsabilité d’œuvrer pour sortir d’un tête-à-tête stérile depuis tant d’années ; cela passe par la reconnaissance officielle de l’État palestinien par la France, et ce dès maintenant.

M. Meyer Habib. Quel rapport ?

M. François Asensi. Nous ne pouvons pas prendre le risque d’attendre plus encore, alors que la colonisation et le mur ont déjà tant grignoté les territoires palestiniens occupés, rendant de plus en plus illusoire une solution à deux États.

Monsieur le ministre, les parlementaires avaient pourtant voté il y a un an la reconnaissance de l’État de Palestine, geste fort de la représentation nationale. Allez-vous respecter la décision de l’Assemblée et du Sénat avant la fin de la législature ? Le Moyen-Orient aurait tout à gagner d’une telle décision, qui renforcerait la sécurité d’Israël. La France ne doit pas manquer une nouvelle occasion de jouer un rôle progressiste et central au sein de la communauté internationale.

Pour revenir au budget, compte tenu de ces divers problèmes et de la baisse régulière des crédits depuis cinq ans, nous ne voterons pas, monsieur le ministre, les crédits de la mission « Action extérieure de l’État ».