Organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2024 - CMP

par Buffet Marie-George

La parole est à Mme Marie-George Buffet.

M. Pierre Cordier. …qui a été une très bonne ministre des sports.

Mme Marie-George Buffet. Monsieur le président, madame la ministre, monsieur le vice-président de la commission mixte paritaire, madame la rapporteure, mes chers collègues, les Jeux olympiques et les Jeux paralympiques qui ont lieu en ce moment en Corée du Sud nous montrent, une nouvelle fois, combien le sport fait naître des moments magiques, grâce aux performances des athlètes de haut niveau. Il y a des sensations et des émotions propres au sport, et ce, à tous les niveaux de pratique. Plus encore, le sport est porteur de valeurs ; il constitue un élément indispensable à l’éducation des enfants et à l’épanouissement des individus.

Les Jeux olympiques et les Jeux paralympiques, événements sportifs les plus suivis au monde, sont à ce titre un moment particulièrement important pour la promotion du sport et pour la rencontre d’athlètes du monde entier.

Dire cela, ce n’est pas être naïf, ce n’est pas occulter tout le cortège d’enjeux financiers et de consumérisme qui accompagne les Jeux olympiques et paralympiques. Aimer les Jeux, ce n’est pas oublier que le rôle premier de l’État est d’assurer à toutes les filles et à tous les garçons un accès égal et de qualité à la pratique sportive ; vouloir les Jeux, c’est vouloir profiter de cette opportunité pour renouer avec une politique d’investissement public en matière sportive, une politique ambitieuse et cohérente avec les besoins de la population et des territoires.

Les Jeux olympiques et paralympiques – et non pas seulement les quelques semaines d’épreuves, mais aussi les six années qui les précèdent – peuvent être des moments extraordinaires si, et seulement si, nous nous en donnons les moyens. Il ne tient qu’à nous d’en faire une réussite, au service de la population, au service du sport dans les écoles et dans les clubs amateurs.

C’est pour cela qu’il est vain d’opposer sport du quotidien et sport de haut niveau.

M. Bruno Studer, vice-président de la commission mixte paritaire. Exactement !

Mme Marie-George Buffet. L’un ne peut pas fonctionner sans l’autre, on le sait. Les Jeux sont autant un moyen qu’une fin. Sans les petits clubs de proximité, pas de champions et de championnes. Mais sans la performance, le beau geste sportif, les envies de sport stagnent et la pratique s’essouffle.

Mme Aude Amadou, rapporteure et M. Bruno Studer, vice-président de la commission mixte paritaire. Très bien !

Mme Marie-George Buffet. Je l’ai dit, cette loi olympique et paralympique n’est pas parfaite. Elle traduit encore de manière trop forte les exigences du CIO, imposant aux États ses propres règles, en matière de publicité, de sponsoring, de garanties financières. Mais l’engagement de Mme la ministre, le remarquable travail des membres du COJOP et le travail parlementaire ont permis des avancées, sur le plan social, sur la parité, sur les bénévoles, sur l’éthique et la transparence.

Le plan de financement doit être encore consolidé, comme nous y appelle le rapport des inspections, sans bien sûr revenir sur les engagements pris, notamment envers la Seine-Saint-Denis – je pense en particulier au bassin olympique.

La difficulté du CIO à trouver des villes candidates l’amène progressivement à réduire ses exigences ; les États ont ainsi l’opportunité de renégocier les conditions d’attributions. C’est le bon moment pour que la France prenne une initiative internationale – je sais, madame la ministre, que vous y travaillez – afin de créer une Agence mondiale d’attribution des grands événements sportifs, sur le modèle de l’Agence mondiale antidopage, qui réunirait le mouvement sportif et les États.

M. Pierre-Alain Raphan. Très bien !

Mme Marie-George Buffet. Plus de transparence, fin des exceptions au droit commun, redistribution juste des richesses produites, voilà les enjeux de demain pour le mouvement sportif international.

La loi olympique et paralympique, si elle est un passage obligé, ne fera pas la réussite des Jeux. Beaucoup de questions restent en suspens, par exemple celle des droits de diffusion. Pour l’instant, France Télévision semble dans l’incapacité d’acheter l’intégralité des droits de retransmission ; on parle de vente à la découpe, de partage de coûts devenus exorbitants.

J’insiste particulièrement sur la diffusion des Jeux paralympiques. Nous devons être extrêmement vigilants sur ce point, et garantir au service des sports de France Télévisions un budget de qualité – et non en diminution comme cette année – pour que le service public puisse remplir ses missions. Je profite d’ailleurs de cette tribune pour féliciter les équipes de France Télévisions qui travaillent actuellement en Corée du Sud.

Parce qu’il refuse d’opposer sport pour tous et toutes et sport de haut niveau, le groupe GDR votera le texte proposé aujourd’hui, à l’issue des travaux de la commission mixte paritaire.

Mais j’y insiste : pas de loi olympique et paralympique sans une loi de programmation pour le sport et les équipements sportifs. Travaillons, tous ensemble, dès maintenant, à l’élaboration de cette dernière, pour promouvoir le sport partout et pour tout le monde.

À la fin de l’année 2024, quand l’euphorie de l’événement retombera, il faut que nous puissions être fiers : fiers d’avoir construit des centaines d’équipements de proximité, fiers d’avoir amélioré les transports publics, fiers d’avoir pérennisé les financements des clubs amateur, ; fiers d’avoir donné toute sa place à l’éducation physique et sportive à l’école, fiers d’avoir multiplié le nombre de licenciées et de licenciés, fiers que six ans de travail au service du sport pour toutes et tous se soient concrétisés par un bel événement donnant une image positive de la France, celle d’une nation sportive soucieuse de l’intérêt général – une France qui s’honorera de dire au monde que les pays qui restreignent la pratique sportive des femmes ont, s’ils veulent être les bienvenus, six ans pour agir en cohérence avec les valeurs de l’olympisme.

Voilà les Jeux auxquels nous devons travailler. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM, LR, MODEM, UDI-Agir, NG et GDR.)