Modernisation du système de santé (Profession de physicien médical et qualifications professionnelles dans le domaine de la santé, Fonctionnement des ordres des professions de santé)

par Faucillon Elsa

Monsieur le président, madame la ministre, madame la présidente de la commission, mesdames et monsieur les rapporteurs, je commencerai par le volet des ordonnances en discussion qui nous propose de réintroduire dans le code de la santé publique la notion de « service public hospitalier », supprimée en 2009 par la loi hôpital, patients, santé, territoires.

Pour nous, cette date marquait assurément un jour sombre pour la santé publique, et réaffirmer l’existence d’un service public hospitalier, nécessaire à des soins de qualité partout et pour tous, nous paraît non seulement de bon sens, mais vital. En même temps, l’absence de moyens nouveaux mis à la disposition de notre système de santé nous conduit à dire que cette affirmation restera incantatoire et sans effet.

Or il y a urgence, urgence à trouver des solutions, car notre système public de santé est à l’agonie. Vous avez parlé du contexte, madame la ministre : le voici. Dans tout le pays, on souffre d’un grave défaut de financement public et de sous-effectifs insupportables pour les personnels comme pour les usagers. La suppression de 16 000 lits est toujours programmée. L’austérité budgétaire, la réduction permanente des dépenses publiques mettent nos hôpitaux et notre santé en péril. Pourtant, mes chers collègues, que peut-il y avoir de plus précieux et de plus ambitieux que l’accès aux soins pour toutes et tous ?

La ratification de ces ordonnances nous fournit l’occasion de faire résonner dans cette assemblée et, je l’espère, au-delà le cri d’alarme des personnels de santé, des patients et de leur famille. Les personnels soignants n’en peuvent plus de la diminution des effectifs et de la tarification à l’acte qui les obligent à soigner à une cadence incompatible avec la qualité des soins. Outre que la tarification à l’acte creuse les déficits, ces cadences infernales privent souvent d’un rapport humain. Pourtant – Caroline Fiat l’a rappelé –, soigner, c’est aussi informer, rassurer, expliquer. Certes, cela ne se tarifie pas, mais c’est l’un des signes qu’une société est en bonne santé.

Alors que l’hôpital doit faire face à une explosion de la demande de soins, les conditions de travail ne cessent de se dégrader. La mise en œuvre des groupements hospitaliers de territoire, imposée par la loi santé, a également conduit à concentrer les services et les moyens hospitaliers, au détriment des besoins de santé de nos concitoyens.

Contrairement à l’objectif ici affiché de revaloriser le service public hospitalier, les premières annonces gouvernementales, loin de rompre avec les logiques de la précédente majorité, persistent dans une vision purement comptable et financière. Les 15 milliards d’euros de coupes budgétaires annoncés dans le domaine de la santé ne peuvent que nous faire douter de la sincérité de votre attachement au service public de santé. Car les hôpitaux, assurément, seront une fois de plus attaqués.

M. Jean-Paul Dufrègne. C’est vrai !

Mme Elsa Faucillon. Vous déclarez en même temps vouloir donner plus d’autonomie aux établissements hospitaliers. Mais quelle liberté leur laisse-t-on quand l’encadrement budgétaire est aussi serré ? C’est la promesse d’un abandon chaque jour un peu plus grand. Loin d’innover, ces choix continueront d’aggraver la fracture sanitaire dans le pays.

Car les défis auxquels nous avons collectivement à faire face sont immenses : le vieillissement de la population, la progression des affections de longue durée et des maladies chroniques – qui concernent aujourd’hui dix millions de nos concitoyens –, ou encore l’aggravation des déserts médicaux, qui nécessite l’implantation d’hôpitaux de proximité.

M. Jean-Paul Dufrègne. Très bien !

Mme Elsa Faucillon. De tels enjeux appellent des moyens financiers et humains supplémentaires pour traduire en actes bien réels l’affirmation d’un service de santé public de qualité et disponible pour toutes et tous dans nos territoires. Madame la ministre, vous avez pu mesurer en visitant le centre municipal de santé de Gennevilliers, dans ma circonscription, il y a quelques jours, que cette ambition peut être satisfaite lorsque la volonté politique trouve les moyens de son accomplissement.

De si grands défis exigent également un vrai renforcement des politiques de prévention. Or, dans ce domaine aussi, nous entendons des injonctions pour le moins paradoxales. Chaque nouveau gouvernement nous a annoncé faire de la prévention sa priorité ; c’est bien ; mais, chaque année, nous constatons la baisse répétée des moyens affectés à ce domaine. Ici même, pas plus tard que la semaine dernière, vous avez fait une première entorse à ce discours en choisissant de supprimer quatre critères de pénibilité qui permettent de prévenir des affections dues à des conditions de travail difficiles.

M. Sébastien Jumel, M. Alain Bruneel et Mme Caroline Fiat. Très bien !

Mme Elsa Faucillon. La belle promesse présidentielle de campagne, « prévenir plutôt que guérir », s’éloigne déjà.

J’en viens à la reconnaissance de la profession de physicien médical, proposée dans le deuxième texte qui nous est soumis.

Nous considérons d’abord qu’une meilleure prise en considération de cette profession, jusqu’à présent mal encadrée, est une bonne chose. Elle était nécessaire. La reconnaissance de ce métier comme profession de santé, grâce à une définition précise de son rôle et de ses missions, permettra de sécuriser et d’améliorer les pratiques dans le domaine de l’utilisation des rayonnements ionisants, et aux jeunes diplômés d’y accéder plus facilement.

En revanche, nous sommes plus que réservés sur l’ordonnance qui vise à transcrire en droit français des dispositions européennes destinées à faciliter la mobilité des professionnels de santé en Europe grâce à une meilleure reconnaissance des qualifications.

Une mesure, en particulier, appelle notre vigilance : le fait de permettre l’accès partiel de praticiens européens à certaines professions de santé, en les autorisant à utiliser le titre professionnel de leur État d’origine. Il y a lieu d’être très sceptique quant à sa mise en œuvre. Le Haut Conseil des professions paramédicales s’est d’ailleurs prononcé contre cette disposition le 28 septembre dernier.

Dans la mesure où la formation initiale et les compétences des métiers de santé sont différentes d’un pays à l’autre, l’ordonnance pourrait avoir des conséquences importantes en termes de clarté, mais aussi sur la qualité des soins dispensés aux patients, compte tenu de la rigueur demandée aux professionnels de santé français. Quelles seront les conditions encadrant l’accès partiel de praticiens européens aux professions de santé ? Faute d’un encadrement strict, nous craignons que l’adoption de cette mesure ne favorise un système de santé au rabais et des soins à la découpe. Après la tarification à l’acte, est-ce à la professionnalisation à l’acte que nous voulons passer ?

Nous ne voterons donc pas, en l’état, ces dispositions qui, sous couvert de favoriser la libre circulation des professionnels de santé, semblent marquer une étape supplémentaire dans le projet européen de démantèlement des professions réglementées.

Surtout, ce texte ne fait pas oublier les lacunes de notre système de formation – j’espère que nous y reviendrons –, lequel mène aujourd’hui à une pénurie de médecins, le plus souvent généralistes, dans de trop nombreux territoires. Rappelons qu’un Français sur dix vit aujourd’hui, en 2017, dans un désert médical. Il est plus qu’urgent de défendre par des actes cette cause, cette véritable priorité nationale. Nous ne pouvons dresser qu’un constat d’échec des mesures incitatives destinées à attirer les médecins dans les régions sous-dotées ; vous prévoyez pourtant de les prolonger. Nous proposons, nous, depuis longtemps, de déplafonner le numerus clausus, pour redonner du souffle aux études de médecine et garantir à nouveau un nombre suffisant de médecins à nos concitoyens.

J’en viens au dernier texte proposé : le projet de loi de ratification qui propose d’améliorer l’encadrement du fonctionnement des ordres des personnels de santé. Le dernier rapport annuel de la Cour des comptes – à laquelle vous prêtez souvent une oreille si attentive – a démontré l’existence d’abus touchant l’ordre des chirurgiens-dentistes : gestion opaque, soupçons de favoritisme, cumul de mandats et d’indemnités… Ces pratiques ne peuvent plus durer. Nous soutenons évidemment toutes les mesures qui exigent plus de transparence dans la gestion des ordres.

Je profite par ailleurs de l’examen de ce texte pour dire que nous soutenons la demande de non-obligation d’inscription à l’ordre des infirmiers et infirmières pour les membres de cette profession. Le corps, majoritairement hospitalier, rejette cette obligation ; vous le savez. Nous y voyons d’ailleurs un danger pour le statut de la fonction publique, et le débat sur les ordonnances de la semaine dernière n’est pas pour nous rassurer.

Notre santé est un droit fondamental, une nécessité vitale. Pourtant, vous continuez de supprimer des postes, des budgets, des hôpitaux. À celles et ceux – mais je suis sûre qu’ils sont peu nombreux ici – qui pensent que l’hôpital public n’est pas mis en danger par les politiques d’austérité, je souhaite de ne jamais être malades, comme à celles et ceux qui pensent pouvoir se passer de l’hôpital public. Car si la santé relève de la sphère intime, elle est aussi un enjeu collectif. De la création de la Sécurité sociale à celle de la protection maternelle et infantile et de la médecine du travail, notre système de santé s’est toujours construit comme un modèle d’innovation et de modernité aux yeux du monde.

En 2017, cette modernité correspond pour nous à l’ambition d’une santé accessible et de qualité pour toutes et tous, innovante, moderne, respectueuse de chacun, au progrès d’une Sécurité sociale qui rembourse les soins à 100 % et à la nécessité de redonner à l’hôpital des moyens humains et financiers. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.)